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24 juin 2023

CARTON ROUGE - Quand les jeunes n'ont plus rien à perdre !

Pour les jeunes d'aujourd'hui et de demain, leur avenir s'annonce incertain ! Pourquoi et à qui la faute ? Au laxisme de la justice française et les parents des enfants qui baissent les bras ainsi que les réseaux sociaux qui s'emballent, favorisant explosion et flambée de violences avec fusillades en rapport avec le narcotrafic et gangs qui cherchent à déstabiliser la France en attaquent bâtiments publics tel que les mairies et prisons mais aussi, les établissements scolaires ainsi que leurs domiciles en les incendiant et en mitraillant à coups d'AK47 selon la presse et la télé.

Voici quelques faits qui font froid dans le dos... Des policiers encerclés par les jeunes prêts à en découdre mais un d'entre eux sort son arme de service et tire en l'air pour faire reculer la foule. En Gironde, un élu se fait péter la gueule pour faire arrêter un rodéo sauvage. La police découvre une cache d'armes avec munitions de forte puissance et une grande quantité de drogue dans un appartement. La honte pour le foot français, ça a pété à Paris après la victoire du PSG et plusieurs personnes ont été arrêtés par la police. En Haute-Savoie, un pompier renversé et sérieusement blessé lors d'un "run" sauvage entre deux voitures sur un parking. A Marseille, une voiture-bélier pilotée par un complice éclate un véhicule de police qui coursait une moto après un strike. La honte !

Tapages nocturnes, nuisances sonores, fusillades, trafic de drogue ou narcotrafic, rodéos ou courses sauvages, refus d’obtempérer (= Strike dans le jargon flic), pièges tendus par les jeunes,.... un cocktail explosif pour mettre la police sous tension. A quand le déploiement militaire avant que ça pète vraiment et que ça s'embrase ? La situation est inflammable et explosive, 4 Français sur 10 redoutent la guerre civile en France !

Intimidations, menaces,... Les jeunes qui ne pensent qu'à leurs gueules sont désormais considérés comme des parasites pour des riverains parfois excédés (et tentés de se faire justice eux-mêmes) vu qu'ils n'ont aucun respect et pourrissent la vie des quartiers. A quand des brigades de sécurité qui patrouillent dans le secteur ?

Dans les établissements scolaires, des professeurs sont menacés de mort et des élèves viennent armés en semant la terreur. Des élus et civils qui en ont fait les frais dont certains ont préféré de déménager par sécurité et ça été le cas pour une école maternelle qui a été contraint de mettre les voiles ailleurs selon une tribune au vitriol du Figaro. En 2027, attention à la surprise dans les urnes !


24 mai 2023

FLASH - La France prise dans l'engrenage de la violence : les vraies causes de cette contagion

Policiers tués par un chauffard, infirmière tué au CHU de Reims, attaques contre les élus, explosion des fusillades à Marseille, génération AK 47,.... Faut-il s'attendre à ce que la France - un pays violent - soit de plus en plus confrontée à des graves problèmes de sécurité ? Quand est-ce que l'Etat, méritant le carton rouge, va se réveiller avant que ça pète de tous les côtés et que le pays entier sombre dans le chaos voire la guerre civile ?

ANALYSE - L'explosion des actes de violence, cet été, a fait éclater au grand jour une réalité déjà ancienne : plus aucun territoire en France n'est épargné. Face à cette banalisation, des policiers, des magistrats et des élus proposent des solutions aux défaillances de l'État.

En ce dernier week-end du mois d'août, le quartier de la gare du Nord ne désemplit pas. Les touristes sont encore nombreux et les voleurs de bagages toujours à l'affût des voyageurs les plus vulnérables ou les plus distraits. « Ce quartier de la capitale est un concentré de délinquance, confie un policier qui patrouille dans le secteur. C'est une véritable cour des Miracles. Nous sommes cernés par la consommation de crack, les trafics de drogue, les pickpockets, les vols en tout genre. »

Un homme visiblement choqué arrive. Il décrit aux policiers un individu qui vient de lui arracher sa chaîne en or. Le suspect, qui ne se ­cachait pas, est rapidement interpellé. Il n'exprime aucune émotion et se laisse menotter sans résistance. Détaché, presque flegmatique, c'est un jeune Afghan, en situation irrégulière. Il ne répond pas aux questions des policiers. « La situation sur le terrain se dégrade, affirme l'un d'eux. Les vols et les agressions augmentent, mais ce qui nous frappe le plus, c'est cette désinhibition. Les délinquants ont bien compris qu'en France, ils ne risquaient pas grand-chose, à part un rappel à la loi. »

Vérification faite par l'équipage, l'individu est « connu pour une trentaine de faits délictueux, il est en situation irrégulière et, pourtant, il continue à sévir dans la rue » : « Aujourd'hui, il sera mis en garde à vue et probablement libéré très vite, pour recommencer aussitôt, soupire le policier. On aura préservé la société de ce prédateur pour quelques heures ­seulement et il y en a beaucoup d'autres. On a vraiment l'impression que notre boulot revient à vider le tonneau des Danaïdes… c'est sans fin. Et la victime n'obtiendra certainement jamais réparation. »

La réputation de la gare du Nord n'est plus à faire, mais la notion de « quartier chaud » a-t-elle encore un sens, alors que c'est précisément la diffusion de la délinquance sur la ­totalité du territoire qui frappe les ­esprits ? À Paris, le Trocadéro n'a plus rien à envier à la Goutte-d'Or. En province, des villes autrefois réputées tranquilles comme Nantes connaissent désormais cet « ensauvagement » admis, fin juillet, par Gérald Darmanin dans son ­interview au Figaro. Agression de pompiers et de policiers à Limoges le 2 août ; à Boulogne-sur-Mer, le 10 ; attaque au couteau à Grenoble, le 11 ; à Niort, le 28 ; multiplication des vols et des rodéos urbains à Lyon, tout l'été… le phénomène se propage à tous les territoires, même si, quantitativement, la capitale et les grandes métropoles restent les plus touchées.

Conscient des effets ravageurs de cette généralisation, le ministre de l'Intérieur a passé une grande partie de son été sur le terrain aux côtés des forces de l'ordre, avec des annonces conçues pour frapper l'opinion, comme cette obligation faite à chaque commissariat d'opérer au moins trois contrôles par jour pour faire cesser les rodéos urbains. Dans ce cas, la politique du chiffre ne marche pas toujours, selon Matthieu Valet, commissaire et porte-parole du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP) « Les interpellations à répétition sans poursuite où, quelques heures après, l'auteur du rodéo est dehors, c'est le meilleur moyen de démotiver les policiers, tempête-t-il. Cela tue le sens de notre travail. Faire des opérations à la chaîne pour faire du chiffre, mais sans suite judiciaire, c'est contre-productif. Plutôt que demander plus de contrôles, il faudrait d'abord arrêter de nous noyer sous la paperasse dès qu'on procède à une ­interpellation, et surtout nous donner un cadre juridique qui protège les policiers lors de leurs interventions. Tout en apportant une réponse plus ferme de la justice. L'explosion de la délinquance est le résultat d'une lâcheté collective. Dès qu'il s'agit de violences physiques, il faudrait des condamnations d'un an au minimum. »

Policier en Seine-Saint-Denis depuis 2009, Karim partage cette analyse. Affecté aux quartiers sensibles, l'homme se dit lassé de ce sentiment d'impunité, mais surtout de cette ­banalisation des faits de délinquance et de violence : « Aujourd'hui, tout est filmé, partagé sur les réseaux sociaux avec légèreté, et rien n'est jamais grave. J'ai récemment interpellé un proxénète qui prostituait une­ adolescente, de sa cité, âgée de 14 ans. Il ne comprenait pas ce qu'on pouvait lui reprocher. » Défaillance des ­parents, communautarisme, ­influence néfaste des grands frères, laxisme de la justice, manque de soutien de la hiérarchie…

Karim n'a que des mots très durs contre ce qui constitue, selon lui, une chaîne de responsabilités qui accentuent les difficultés sur le terrain. « Je suis toujours très motivé, précise le gardien de la paix, mais je ne fais plus rien. J'interpelle quand je n'ai pas le choix. Pourquoi se démener alors que la justice ne condamne pas ? On arrête des délinquants et on les retrouve libres quelques heures après. Ça n'a pas de sens. Si j'en fais plus et que cela se passe mal lors d'une intervention, je risque de perdre mon travail. Aujourd'hui, les policiers sont en première ligne de tous les risques, y compris ceux de la ­machine à broyer administrative. »

Démotivation

Policier dans la métropole lilloise, Mourad tient le même discours. Ce trentenaire connaît bien les quartiers difficiles de l'agglomération pour y avoir grandi. Il constate avec amertume la dégradation de la situation et la banalisation de la délinquance. Toujours aussi motivé par sa mission de service public, le policier plaide pour plus de bon sens et de fermeté. « Il ne s'agit pas de jouer les cow-boys et d'embraser les quartiers, tempère-t-il, mais il est absolument nécessaire de reprendre du terrain, pour cela il faut nous donner les moyens de faire correctement notre travail, mais aussi être appuyé par la justice avec une ­réponse pénale ferme. »

Cette impression de laisser-aller et cette démotivation des forces de l'ordre, Christiane les constate de plus en plus chaque jour. Cette aide-soignante à la retraite vit depuis près de 38 ans à Bobigny dans la cité de l'Abreuvoir. Dans ce quartier sensible, les rodéos urbains sont légion et les dealers de drogue ne se cachent pas. « Ce qui a changé, raconte Christiane, c'est l'âge des délinquants. Ils sont de plus en plus jeunes, ils ont entre 10 et 16 ans, installent des canapés dans les halls d'immeubles, fument, boivent, prennent du gaz hilarant font du rodéo avec des motos ou des quads, ils embarquent même avec eux des ­bébés de 2 ou 3 ans, c'est de la folie ! Où sont les parents ? On n'appelle plus la police, car on nous répond toujours la même chose : on ne peut rien faire. Et nous subissons des représailles. Les jeunes urinent sur nos paillassons ou défoncent nos portes pour nous intimider. »

Habitante d'un quartier sen­sible, Christiane a le sentiment d'être abandonnée par les pouvoirs publics. Comme beaucoup de ses voisins, elle réclame « plus de sévérité envers ces délinquants. »

« On parle du laxisme de la justice, mais on devrait plutôt parler du laxisme de l'État, et même d'un bilan de faillite de l'État dans le domaine de la justice », s'insurge Béatrice Brugère, présidente d'Unité magistrats FO. Selon elle, « c'est l'exécution des peines, prison, amendes ou TIG, qui n'est absolument pas à la hauteur des attentes ». En matière de violences contre les forces de l'ordre, par exemple.

En 2020, le garde des Sceaux a adressé une directive aux procureurs leur enjoignant de privilégier la procédure accélérée de la comparution immédiate. « Ce qui revient à leur demander de s'en tenir à une qualification délictuelle des faits y compris en cas de guet-apens, explique l'ancienne juge. Pourtant, les circonstances aggravantes de bande organisée, de guet-apens, d'usage ou menace d'une arme de l'article 222-14-1 du code ­pénal, qui prévoit dix à quinze ans de réclusion criminelle, répondent parfaitement aux actes de violences les plus graves subis par les forces de l'ordre quotidiennement. »

Le facteur culturel

Une autre magistrate, pénaliste, conteste elle aussi le manque de sévérité de sa corporation. Selon elle, c'est la population délinquante qui a changé. Ancienne juge d'instruction et avocat général, la « perte de repères » chez les jeunes n'est pas pour elle un sujet de thèse, mais une réalité concrète. Elle se retrouve « tous les jours ou presque, face à des auteurs d'agression qui revendiquent leur geste » : « Ils sont persuadés qu'ils ont eu raison, qu'ils ne pouvaient pas faire autrement. Qu'il s'agisse du coup de couteau donné pour un mauvais ­regard, du passage à tabac du petit ami de la sœur s'il n'appartient pas à la “bande” ou d'une “jambisation”, autrement dit d'un règlement de comptes à coups de tir dans les jambes ».

Le mot et la méthode étaient principalement utilisés par les dealers en Seine-Saint-Denis il y a une dizaine d'années, aujourd'hui, ils sont connus dans tous les quartiers où ­sévissent les trafiquants de drogue. « Jambisation » est la traduction des « gambizzazioni » de la mafia italienne. Comme elle, beaucoup de ­délinquants, surtout parmi les jeunes, vivent dans un monde qui a ses propres codes. « Ils n'en connaissent pas d'autre, soupire la magistrate, qui décrit « un modèle familial qui n'a plus rien à voir avec celui qui prévalait il y a trente ans, avec des mères seules mais aussi d'autres, d'origine africaine, où la mère et la ou les belles-mères cohabitent avec un père qui ne s'occupe pas des enfants. Cette polygamie de fait est plus fréquente à Bobigny qu'en Lozère et notre ­interlocutrice ne veut pas généraliser les causes de la délinquance, mais elle constate un schéma récurrent ».

« Je pensais que les phénomènes de bandes de plus en plus en plus violentes étaient une question sociale, mais ce n'est pas que cela, confirme Najwa el-Haïté, adjointe au maire d'Évry-Courcouronnes et, par ailleurs, avocate. Il y a aussi un facteur psychologique et un facteur culturel, et ce n'est pas être facho de le dire ! Nous sommes face à des comportements claniques, régis par les codes du groupe qui l'emportent sur les lois de la République. Ce sont des sociétés parallèles ».

À Orléans, Serge Grouard, maire depuis 2001, a mis en place un groupe de traitement de la délinquance dès le début de son premier mandat. « On a eu la chance d'avoir un procureur de la République extrêmement volontaire », souligne-t-il. Ce groupe ne se contente pas d'examiner la situation générale : il se penche sur des cas précis – tel individu, telle famille – et examine les mesures possibles.

Et ça marche. Élu avec son étiquette Les Républicains sur le thème de la lutte contre l'insécurité, Serge Grouard a obtenu des résultats qu'il met volontiers en avant. Il en a même fait un livre l'an dernier. « Quand je suis arrivé à la mairie, raconte-t-il, il y avait des meurtres en pleine ville et presque autant de voitures brûlées qu'à Strasbourg, sans parler des ­rodéos. On a pris l'ensemble du problème à bras-le-corps. Aujourd'hui, la délinquance dite de proximité a baissé dans tous les quartiers sans exception et pour toutes les rubriques, agressions et dégradations de biens comprises. » Son plus grand motif de fierté : la part des mineurs dans la délinquance a elle aussi diminué.

Le discours des maires socialistes ou écologistes qui se défaussent des problèmes d'insécurité sur l'État – Anne Hidalgo à Paris et Éric Piolle à Grenoble en tête – l'horripile. Selon lui, « le principe de compétence général des maires leur permet de se saisir de tout ce qui ne leur est pas interdit ». Cette conception de ses attributions lui a valu plusieurs conflits juridiques. « L'un des premiers arrêtés que j'ai pris en 2001 et qui a fait beaucoup parler c'est un couvre-feu entre 23 heures et 6 heures du matin pour les moins de 13 ans. Le préfet nous a déférés en justice pour atteinte aux libertés fondamentales. Il a perdu. Ensuite, l'État a fait appel devant le Conseil d'État, qui nous a aussi donné raison. »

Rétablir des peines courtes

Rebelote en 2014, quand Serge Grouard, réélu dès le premier tour, crée une délégation chargée de lutter contre l'immigration clandestine. « Face aux pressions de l'État, j'ai ­modifié l'intitulé de la délégation mais pas sa mission », raconte le maire, qui rappelle que comme tous ses collègues, il lui revient de délivrer les attestations de séjour aux étrangers et de vérifier leur statut en cas de mariage avec un Français. « On va bien sûr me faire des procès d'intention, soupire-t-il, mais j'assume d'affirmer qu'entre 70 et 80 % des personnes interpellées pour des actes de délinquance sont issues de l'immigration au sens de l'Insee (née en France d'au moins un parent immigré, soit 21,6 % de la population en 2020, selon les travaux réalisés par la démographe Michèle Tribalat à partir des données de l'Insee, NDLR). La défaillance de l'autorité parentale est en particulier l'une des premières causes de la délinquance des jeunes et elle est plus fréquente dans les familles issues de l'immigration. »

Autre caractéristique remarquable dans l'explosion de la délinquance : dans la majorité des cas, les auteurs sont connus des services de police et/ou de justice. « Quand j'ai commencé à exercer il y a plus de trente ans, témoigne un juge, un casier long portait 10 condamnations. Aujourd'hui, j'en vois fréquemment qui en comportent entre 20 et 30. »« L'idée qu'il faut laisser une deuxième, une troisième, une énième chance à un délinquant est très présente non seulement chez une partie des magistrats, mais dans certaines élites et chez la plupart des journalistes, dénonce Thibault de Montbrial, président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure. C'est une manière de penser le droit pénal qui date des années 1970, et que les délinquants d'aujourd'hui interprètent en général comme un signe de faiblesse. La dernière réforme du code pénal des mineurs, initiée par Nicole Belloubet et mise en place par Éric Dupond-Moretti, illustre parfaitement ce contresens. Désormais, le jeune délinquant est déféré très rapidement devant un juge, mais la sanction est reportée de plusieurs mois, le temps de voir comment le jeune se comporte. C'est un mécanisme qui est intellectuellement séduisant, mais beaucoup trop subtil pour ce type de délinquants. Un jeune qui ressort libre d'un tribunal se dit : “génial, je n'ai rien eu.” Il faut inverser le paradigme : il faut une sanction pénale significative dès la première condamnation – qui, en général, n'est d'ailleurs pas le premier délit ! »

« Significative ne veut pas dire excessive, précise-t-il. Les pays du Nord ont des prisons dédiées aux mineurs pour des détentions très courtes. Ils peuvent y être placés cinq jours seulement, avec un accompagnement, bien sûr. Il faut que le jeune se dise j'ai touché, ça brûle, pour que ça constitue un avertissement tangible et pas abstrait, sans qu'il risque d'être viré de ses études, de perdre son boulot, sa copine ou son logement. »

Entre les démarches administratives, les recours et les travaux proprement dits, construire une prison prend quasiment dix ans. Des établissements pénitentiaires dédiés aux peines courtes, sans système de sécurité lourd, pourraient sans doute être construits plus vite, à moindres frais et sans soulever la même opposition du voisinage. Ce serait une façon de répondre à ce qu'un magistrat appelle les « injonctions contradictoires » auxquelles sont soumis les juges : « L'opinion publique veut des peines lourdes, mais l'État lui demande de vider les prisons. » Rappelons que les peines courtes – inférieures ou égales à un mois – n'existent plus. Les peines de moins de six mois doivent être aménagées, sauf motivation particulière, par exemple quand les alternatives à la prison ont déjà été utilisées et qu'elles ont échoué. Les peines de moins de deux ans sont soumises à peu près au même régime, sauf quand le condamné est en récidive. 

  • Alors que les maires français sont la cible d'attaques violentes, beaucoup se sentent abandonnés et certains démissionnent !

MAYOR BASHING - Moins de deux mois après avoir perdu sa maison dans un incendie criminel, le maire d'une ville de l'ouest de la France a démissionné cette semaine, invoquant notamment un "manque de soutien de la part de l'État". Dans un contexte politique de plus en plus tendu, les attaques contre les maires se multiplient en France. Et certains disent qu'ils ont été abandonnés à leur sort.  

Le 22 mars, à l'aube, Yannick Morez, maire de Saint-Brevin-les-Pins, dans l'ouest de la France, s'est réveillé et a trouvé sa maison en flammes.

"Nous aurions pu mourir", a écrit M. Morez dans la lettre de démission qu'il a présentée mardi. Ni lui ni sa famille n'ont été blessés, mais l'incendie a détruit sa maison et deux voitures garées à l'extérieur. L'incendie était une attaque délibérée et ciblée.

Près de deux mois plus tard, l'enquête est toujours en cours. Mais M. Morez a déjà décidé de prendre un nouveau départ et prévoit de quitter la ville où il vit depuis 32 ans d'ici à la fin du mois de juin.

Le président Emmanuel Macron a exprimé sa solidarité avec le maire dans un tweet au lendemain de sa démission, qualifiant les attaques de "honteuses".

    Les attaques contre Yannick Morez, maire de Saint-Brevin-les-Pins, et contre sa famille, sont indignes. À cet élu de la République, à son épouse et ses enfants, je redis ma solidarité et celle de la Nation.
    - Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) 11 mai 2023
Ancien médecin, M. Morez était maire de Saint-Brevin, qui compte environ 14 000 habitants, depuis 2017. Dans les mois précédant l'attentat, la ville avait été secouée par des manifestations d'extrême droite contre le projet de déplacer un centre local d'hébergement pour demandeurs d'asile à proximité d'une école primaire.

Saint-Brevin accueille des migrants depuis le démantèlement, en 2016, du camp de la "Jungle" près de Calais, sur la côte nord de la France.

"Nous n'avons jamais eu le moindre problème" avec les migrants, a déclaré M. Morez lors d'un entretien avec un journaliste quelques jours après l'attaque.

Mais les manifestations organisées par des groupes d'extrême droite ont été accompagnées de menaces répétées à l'encontre de M. Morez, qui avait déposé de nombreuses plaintes depuis janvier de l'année dernière.

Dans un contexte politique de plus en plus tendu, avec un soutien croissant aux idéologies d'extrême droite et une méfiance grandissante à l'égard des institutions, les maires français commencent à se sentir en danger.

Manque de soutien

M. Morez a expliqué les raisons de sa démission dans un communiqué de presse. Après une longue période de réflexion, il a pris la décision de démissionner en invoquant non seulement des "raisons personnelles" liées à l'incendie criminel, mais aussi un "manque de soutien de la part de l'État". L'ancien maire affirme que peu ou pas de mesures de sécurité ont été mises en place pour le protéger, lui et sa famille, malgré des demandes d'aide répétées.

"Son sentiment d'abandon peut être compris de différentes manières", explique Bruno Cautrès, chercheur en sciences politiques au Centre national français de la recherche scientifique (CNRS). Bien que des élus locaux se soient manifestés pour exprimer leur soutien, le maire estime qu'aucune mesure visible et concrète n'a été prise pour l'aider.

"Il est vrai que la population nationale n'a appris que le maire était menacé qu'après sa démission", a déclaré M. Cautrès.

Le gouvernement n'est pas d'accord. La secrétaire d'État chargée de la ruralité, Dominique Faure, a insisté sur le fait que l'État français avait pris des mesures concrètes pour soutenir M. Morez.

"Je ne peux pas laisser passer ça", a-t-elle tweeté, avant d'énumérer les moyens mis en œuvre par l'État pour le soutenir. "Nous avons mis en place des contrôles de police réguliers devant sa maison, enregistré son domicile pour que les autorités puissent intervenir [en cas d'incident] et assuré la sécurité lors des manifestations contre le centre d'asile."

Mais selon un article du quotidien "Libération", "la plupart des mesures de sécurité n'ont été prises qu'après l'incendie de la maison de M. Morez. Après avoir tiré la sonnette d'alarme auprès des autorités locales en janvier 2022 au sujet des actes d'intimidation quotidiens auxquels il était confronté, M. Morez a finalement porté la question à l'attention du procureur de Nantes en février 2023, demandant une équipe de sécurité personnelle pour le protéger, lui et sa famille. Il a reçu une réponse indiquant que les autorités étaient encore en train d'évaluer les risques pour déterminer si une équipe de sécurité était nécessaire. Moins de deux semaines plus tard, M. Morez avait démissionné."

La création de centres d'accueil pour les migrants fait partie d'une politique gouvernementale nationale supervisée par le premier ministre et le ministre de l'intérieur. Mais M. Morez "s'est senti livré à lui-même lorsque se sont posées les questions liées à l'hébergement des demandeurs d'asile", explique M. Cautrès.

"Il aurait sans doute souhaité que le gouvernement lui explique mieux [la politique] et le guide tout au long du processus", a déclaré M. Cautrès. "Ils auraient pu travailler avec lui pour sensibiliser la population locale à cette question et apaiser les inquiétudes des habitants.

La menace que représentent les opposants au centre d'asile aurait également pu être signalée plus tôt. Après les manifestations répétées organisées à Saint-Brevin par le parti d'extrême droite Reconquête, dirigé par l'ancien candidat à la présidence Éric Zemmour, "j'ai du mal à imaginer que la police n'ait pas su qui était une menace potentielle", a déclaré M. Cautrès. "Le maire a probablement estimé que la gendarmerie aurait pu intervenir avant que les choses ne dégénèrent."

Le manque de soutien dont a souffert M. Morez est un sentiment partagé par de nombreux maires en France, qui sont de plus en plus souvent la cible d'agressions et d'attaques.

Un métier dangereux

Selon une enquête publiée en novembre 2022 par le Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris et l'Association des maires de France, 53 % des maires avaient subi des "incivilités" (impolitesse ou agression) en 2020 ; en 2022, 63 % d'entre eux avaient été victimes d'un tel harcèlement.

Dans un pays où plus de la moitié des communes comptent moins de 500 habitants, il est facile de savoir où vit le maire. Ils sont très souvent en contact étroit avec leurs communautés. Si les attaques contre d'autres élus, comme les députés, sont également devenues plus fréquentes, les maires sont "les plus exposés", selon M. Cautrès.

Mais contrairement à l'incendie criminel dont a été victime M. Morez à Saint-Brevin, les maires sont surtout préoccupés par la violence qui n'a pas d'idéologie. Les "cas liés à la vie quotidienne" sont plus préoccupants, explique M. Cautrès. "Comme recevoir une lettre de menace parce qu'un habitant a été sanctionné pour avoir fait du feu dans son jardin."

Le maire de Firminy (Loire), Julien Luya, a été agressé en janvier par un groupe de jeunes habitants qui vendaient de la drogue. Après qu'ils ont allumé un feu pour se réchauffer, le maire est intervenu et leur a dit que c'était contraire à la loi. Il a été violemment frappé à coups de pierres et de barres de fer et s'en est sorti avec une blessure au coude.

"À Saint-Brevin, les habitants n'étaient pas les seuls à manifester contre le centre d'asile," a déclaré M. Cautrès. "Les manifestants d'extrême droite venaient des quatre coins de la France. C'est une distinction importante à faire".

L'association des maires a déclaré au journal français "Le Parisien" qu'environ "1 500 agressions contre des fonctionnaires municipaux avaient été signalées en 2022, soit une augmentation de 15 % par rapport à l'année précédente. La moitié de ces agressions étaient des insultes, 40 % des menaces et 10 % des violences volontaires".

Selon l'association, 150 maires ont été physiquement visés en raison de tensions locales ou idéologiques.

Le bas de la chaîne alimentaire

M. Cautrès et l'association des maires expliquent la hausse des agressions par les tensions persistantes dans la société française, qui a connu ces dernières années de multiples crises, notamment le mouvement des Gilets jaunes, Covid-19, l'inflation et la réforme très contestée des retraites.

"Il y a un déclin général de la confiance et du respect envers les institutions, tout ce qui représente une autorité hiérarchique"
, a expliqué M. Cautrès. Par rapport à d'autres pays européens, "la vision qu'ont les Français de la politique en général est l'une des plus négatives".

Les maires sont également confrontés à une population "de plus en plus exigeante et de plus en plus frustrée de ne pas obtenir ce qu'elle a demandé", a ajouté M. Cautrès.

Du côté des élus, le consensus général semble être qu'il faut durcir les conséquences pour les auteurs d'attentats. Le Premier ministre Élisabeth Borne a soutenu cette idée à la suite de l'incendie criminel du domicile de M. Morez.

"Ce qui s'est passé est très choquant", a-t-elle déclaré jeudi, lors d'une visite à La Réunion, territoire français de l'océan Indien. Elle a ajouté qu'elle souhaitait "mieux protéger les maires (...) intervenir plus tôt pour les soutenir, identifier leurs difficultés et mieux les accompagner".

Des mesures visant à mieux protéger les maires sont déjà en cours d'élaboration. En janvier 2023, une loi visant "à mieux soutenir les élus pour rompre leur isolement juridique est entrée en vigueur. Elle permet à des groupes nationaux tels que l'association des maires, ainsi qu'aux assemblées législatives, de se porter partie civile en cas d'agression d'un élu. La loi facilitera l'accès au dossier de la victime et permettra aux associations et aux assemblées législatives de désigner des avocats."

Pendant ce temps, dans le sud de la France, les élus prennent les rênes. Quelque 2 000 maires de la région Occitanie se sont réunis mardi à Montpellier pour faire part de leurs inquiétudes face à la violence croissante dont ils sont victimes.

"Les maires ont l'impression qu'on leur demande de tout résoudre eux-mêmes", a déclaré M. Cautrès à propos de la réunion. "Mais ils ne peuvent pas."

Sources : Le Figaro et F24

15 mai 2023

CARTON ROUGE - Pourquoi les parents ne sont-ils pas pénalement responsables des crimes et délits commis par leurs enfants ?

C'est l'histoire des parents défaillants reconnus coupables pour la fusillade commis par leur fils qui a fait 4 morts au sein d'un établissement scolaire. La France devrait faire pareil que nos voisins outre-Atlantique au niveau pénal quand les enfants dérapent !

Pour les parents défaillants : TENEZ VOS ENFANTS et modérez l'utilisation des réseaux sociaux qui sont susceptibles de déraper autrement vous aller le payer cher !

Nombreux sont ceux qui ont été surpris lorsque James et Jennifer Crumbley, les parents d'Ethan Crumbley, le garçon de 15 ans accusé d'avoir abattu quatre camarades de classe au lycée d'Oxford, dans le comté d'Oakland (Michigan), ont été inculpés pour leur rôle présumé dans la tragédie.

Le droit pénal, contrairement au droit civil, est moins susceptible de tenir les défendeurs pour responsables des actes d'un tiers, même si ce tiers est l'enfant du défendeur. En effet, en droit pénal, les défendeurs risquent l'incarcération et la stigmatisation associée à une condamnation.

Les deux parents Crumbley ont plaidé non coupable de quatre chefs d'accusation d'homicide involontaire. S'ils sont reconnus coupables de tous les chefs d'accusation, ils risquent chacun une peine d'emprisonnement maximale de 60 ans et des amendes maximales de 30 000 dollars. Incapables de verser la caution d'un million de dollars, ils ont comparu devant un juge le 3 décembre 2021, vêtus d'uniformes de prison et portant des chaînes.

Dans les rares cas où les parents de ces tireurs sont poursuivis, ils sont généralement accusés de crimes tels que la maltraitance ou la négligence d'enfants et le défaut de sécurisation d'une arme à feu. L'accusation portée contre les Crumbley, l'homicide involontaire, également connu sous le nom d'homicide par négligence grave, est encore plus rare.

Mais elle n'est pas sans précédent.

La mort d'un élève de première année

En 2000, Jamelle James, un habitant du Michigan, a plaidé non coupable d'homicide involontaire pour avoir laissé son arme de poing dans une boîte à chaussures dans sa chambre. À l'époque, James vivait dans un appartement que les procureurs ont qualifié de "maison de passe" et qu'il partageait avec plusieurs personnes, dont deux jeunes enfants.

Un garçon de 6 ans - le neveu de James - vivait temporairement dans l'appartement. Il a découvert l'arme, l'a apportée à l'école et a tué Kayla Rolland, une camarade de classe de première année. James a passé plus de deux ans en prison avant d'être mis en liberté surveillée.

Les procureurs ont affirmé que la conduite de James était "une négligence grave" et "une insouciance telle qu'elle démontrait une absence substantielle d'inquiétude quant à l'éventualité d'une blessure". On peut soutenir que le fait de laisser une arme à feu non sécurisée à proximité de très jeunes enfants témoigne de la négligence grave de James.

La fusillade d'Oxford est la plus meurtrière survenue sur un campus américain depuis 2018 et a coûté la vie à Madisyn Baldwin, 17 ans, Tate Myre, 16 ans, Hana St. Juliana, 14 ans, et Justin Shilling, 17 ans. Sept autres personnes ont été blessées.

Le procureur du comté d'Oakland, Karen McDonald, s'en est pris directement aux parents de Crumbley. Leur comportement, a expliqué Mme McDonald, était "flagrant".

"Je tiens à préciser que ces inculpations visent à responsabiliser les personnes qui ont contribué à cette tragédie et à faire passer le message que les propriétaires d'armes à feu ont une responsabilité", a déclaré Mme McDonald lors d'une conférence de presse. "Lorsqu'ils ne s'acquittent pas de cette responsabilité, les conséquences sont graves et criminelles."

L'une des questions clés pour les jurés, à supposer qu'aucun accord ne soit conclu, est de savoir si les parents savaient qu'une fusillade se produirait dans l'école ou s'ils ont fait preuve d'une insouciance téméraire à cet égard. Pour prouver la négligence grave des parents, l'accusation s'appuiera très probablement sur une série de faits allégués.

Un comportement "flagrant"

L'un des faits les plus importants est que les Crumbley ont acheté l'arme de poing à leur fils comme cadeau de Noël et qu'ils l'ont ensuite emmené s'entraîner au tir.

Aucun des parents n'a informé l'école qu'ils avaient acheté l'arme et que leur fils y avait accès.

Après avoir appris que son fils cherchait des munitions sur son téléphone à l'école, Jennifer Crumbley lui a dit par SMS de ne pas se faire prendre : "LOL Je ne suis pas fâchée. Tu dois apprendre à ne pas te faire prendre".

Aucun des parents n'a choisi de retirer son fils de l'école après avoir appris qu'un enseignant avait trouvé un dessin inquiétant d'une figure ensanglantée dans son bureau.

Enfin, l'arme n'était pas sécurisée.

Bien que le dossier de l'accusation semble convaincant, l'équipe de défense des Crumbley a de très solides contre-arguments.

Tout d'abord, la possession de l'arme était légale et le Michigan ne dispose d'aucune loi exigeant que l'arme soit correctement rangée hors de portée des mineurs. Pour ce qui est d'informer l'école de l'accès de leur fils à des armes, la défense fera probablement valoir que les Crumbley n'avaient pas l'obligation de le faire et qu'ils n'étaient pas tenus de retirer leur fils de l'école.

Enfin, en ce qui concerne le texte, Jennifer Crumbley affirmera probablement que son texte sur les munitions a été envoyé en plaisantant et qu'elle pensait que son fils avait l'intention de tirer sur des cibles, et non sur d'autres enfants.

Modifier les lois

Dans l'affaire James, l'enfant de 6 ans qui a tiré sur son camarade de classe n'a jamais été inculpé car la plupart des juridictions considèrent que les enfants de moins de 7 ans sont incapables de formuler une intention criminelle.

Il n'en va pas de même pour Ethan Crumbley. Il a été inculpé de quatre chefs d'accusation de meurtre au premier degré, d'un chef d'accusation de terrorisme ayant entraîné la mort, de sept chefs d'accusation d'agression avec intention de meurtre et de 12 chefs d'accusation de possession d'une arme à feu lors de la perpétration d'un crime.

Malgré les difficultés rencontrées par l'accusation, de nombreuses personnes des deux côtés du débat sur la sécurité des armes à feu applaudissent les efforts du procureur du comté d'Oakland, Karen McDonald.

Cela peut s'expliquer par le fait que la plupart des tireurs dans les écoles n'ont guère de difficultés à se procurer leurs armes. Selon une étude réalisée en 2019 par le ministère américain de la sécurité intérieure, 76 % des armes utilisées lors de fusillades dans des écoles provenaient d'un parent ou d'un proche, et environ la moitié des armes étaient facilement accessibles.

Les poursuites engagées contre les époux Crumbley pourraient inverser cette tendance, tout comme la législation récemment proposée par les États et le gouvernement fédéral. Deux semaines après la fusillade d'Oxford, la représentante américaine Elissa Slotkin (D-Mich) a proposé une nouvelle loi qui rendrait les parents ou d'autres adultes responsables de l'absence de sécurisation de leurs armes à feu. Le Michigan, comme la majorité des autres États, n'a pas de loi sur le stockage sécurisé des armes à feu. Une nouvelle loi fédérale pourrait pallier l'absence de législation au niveau de l'État et créer des sanctions en cas d'absence de stockage sécurisé des armes à feu.

Les événements tragiques survenus au lycée d'Oxford - et l'affaire contre les Crumbley - pourraient être le catalyseur de l'adoption de cette législation et rendre les parents pénalement responsables du comportement de leurs enfants. Cette affaire pourrait également démontrer que le débat sur la sécurité des armes à feu s'est déplacé du palais de l'État au palais de justice.

  • Le problème de la pénalisation des parents pour les crimes et délits commis par leurs enfants

DEFAILLANCE PARENTALE - Le 6 février, Jennifer Crumbley a été reconnue coupable de quatre chefs d'accusation d'homicide involontaire, un pour chacun des lycéens du Michigan que son fils a assassinés en 2021. Les procureurs l'ont présentée comme une mère négligente, tellement distraite par ses chevaux et une liaison extraconjugale qu'elle avait ignoré les signes flagrants de détresse mentale de son adolescente. Le fait qu'elle l'ait emmené dans un stand de tir quelques jours seulement avant qu'il ne braque son nouveau pistolet sur ses camarades de classe n'a pas aidé son cas. "Jennifer Crumbley n'a pas appuyé sur la gâchette ce jour-là", a déclaré le procureur Marc Keast. "Mais elle est responsable de ces morts."

Le cas de Crumbley n'est que l'un des nombreux cas qui, ces dernières années, ont donné lieu à des condamnations de parents après que leurs enfants ont menacé ou commis des violences armées. Compte tenu de la prévalence des fusillades massives perpétrées par des jeunes – deux des suspects dans la fusillade qui a entaché le défilé du Super Bowl des Chiefs de Kansas City sont des mineurs, a déclaré la police – la police et les procureurs, désespérés d'empêcher un nouveau carnage, seront tentés de faire pression pour de nouvelles mesures. tenir les parents responsables des péchés de leurs enfants. Mais l’histoire montre que de telles lois réalisent rarement ce que les législateurs espèrent. Punir les parents n’a aucun effet dissuasif sur la délinquance juvénile.

Les Américains tentent depuis longtemps de tenir les parents responsables des méfaits de leurs enfants. Les Coloradans ont adopté la première loi « pour sanctionner les parents » en 1903, estimant que les parents avaient l'obligation de protéger leurs enfants des ennuis. « Quoi de plus simple que de faire de ce devoir moral des parents une responsabilité légale, passible d’amende ou d’emprisonnement ? » a demandé le juge du tribunal pour mineurs du Colorado, Ben Lindsey, en 1906.

Lorsque les inquiétudes concernant la délinquance juvénile ont atteint un sommet à la fin des années 1940 et dans les années 1950, le soutien aux lois sur la responsabilité parentale a véritablement pris son essor. Lors des réunions de la PTA, des procédures judiciaires pour mineurs et des audiences du Congrès, des experts ont témoigné qu'« il n'y a pas d'enfants délinquants, seulement des parents délinquants ». Les policiers ont fait campagne en faveur de lois sur la responsabilité parentale, faisant même pression sur les villes pour qu'elles établissent des tribunaux pour parents délinquants. En 1956, le directeur du FBI, J. Edgar Hoover, avait promis dans Newsweek que de telles lois réduiraient considérablement la délinquance juvénile. Les décideurs politiques en ont pris note.

À la fin des années 1940 et dans les années 1950, les communautés de tout le pays ont régulièrement adopté des lois punissant les parents pour les méfaits de leurs enfants. Les sanctions variaient aussi largement que les crimes, allant d'une amende de 25 dollars à des années de prison. Les lois elles-mêmes pourraient être d’une portée choquante : une loi de Louisiane de 1948 pénalisait les parents pour avoir incité, aidé ou permis à un mineur d’accomplir un « acte immoral ».

Ces lois ont suscité un débat presque immédiatement. En 1947, après des semaines passées à dormir dehors, Frankie Rivera, 14 ans, a volé une arme à feu et a tiré sur trois passants. Un juge a condamné sa mère, visiblement en difficulté, à un an de prison pour avoir manqué au « privilège sacré d’être mère et avoir développé en lui un comportement délinquant ».

Une tempête de controverses s’ensuit. Le Welfare Council de la ville de New York et l'Armée du Salut ont dénoncé la peine comme disproportionnée au crime. La Société pour la prévention de la cruauté envers les enfants a qualifié l'affaire de « scandaleuse » et a organisé un appel. Pendant ce temps, les juges et les policiers applaudissaient. « J'espère que la police arrêtera davantage de parents de ce type », a déclaré le chef du tribunal des relations familiales, John Warren. Le commissaire de police Arthur W. Wallander a décrit l'affaire comme une « lueur d'espoir et a prédit un effet salutaire sur les parents et les tuteurs ».

Les débats autour des lois « pour sanctionner les parents » se sont étendus au-delà de l’incident de Rivera. Une enquête de 1957 a demandé à des adultes de Chicago, issus d'un large éventail de revenus et de niveaux d'éducation, si les parents devraient être responsables des crimes de leurs enfants. Neuf personnes sur dix estiment que les parents devraient être tenus au moins partiellement responsables. Le soutien aux lois sur la punition parentale sillonnait également les frontières raciales et géographiques.

Mais les travailleurs sociaux et les défenseurs de la protection de l'enfance ont rétorqué que les lois déséquilibreraient davantage les familles instables, aggravant, au lieu de prévenir, la criminalité chez les jeunes. Comme l'écrivait Harriet Goldberg, avocate et psychologue du tribunal pour enfants de New York en 1948, les parents d'enfants en difficulté étaient généralement eux-mêmes troublés, « plus coupables que coupables ». Goldberg et d’autres réformateurs ont fait valoir qu’ils avaient besoin de conseils, de cours d’éducation parentale et d’autres formes de soutien, et non d’amendes et de peines de prison. Néanmoins, en 1961, 48 États sur 50 disposaient de lois sur la responsabilité parentale.

Pourtant, les lois n’ont pas réellement dissuadé le crime. Le vandalisme juvénile a atteint son apogée après l’adoption à grande échelle de lois sur la responsabilité parentale en matière de vandalisme dans les années 1950 et au début des années 1960. En 1965, les mineurs constituaient la majorité des personnes arrêtées pour des délits majeurs contre la propriété. Les procureurs n’étaient pas non plus désireux d’appliquer les lois qu’ils avaient défendues avec tant de vigueur. Les lois ne faisaient aucune distinction entre les parents qui laissaient leurs enfants se déchaîner et ceux qui avaient essayé, sans succès, de contrôler leurs enfants, et les avocats hésitaient à traduire en justice les parents diligents. Dès les années 1970, écrit la juriste EllenMarie Shong, il était devenu clair que les lois sur la responsabilité parentale étaient pour l’essentiel une « farce ».

Malgré cela, l’intérêt pour les lois sur la responsabilité parentale a continué de croître à mesure que la délinquance juvénile augmentait. D'autres lois visant à « sanctionner les parents » ont été adoptées dans les années 1970, grâce à des politiciens et des citoyens « durs et chassés de la rue » perturbés par la violence de l'époque. Alors que les lois sur la responsabilité parentale des années 1940 et 1950 ciblaient les Italiens et d’autres immigrants européens, cette dernière vague de législation visait les Afro-Américains à faible revenu. Les chroniqueurs de journaux et les décideurs politiques ont insisté sur le fait que ces lois favoriseraient « l’autodiscipline » et ont fait pression pour de nouvelles lois sur le couvre-feu pour les adolescents urbains, que les parents qui travaillaient de nuit avaient du mal à faire respecter dans la chaleur estivale.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, il y a eu une nouvelle précipitation pour adopter et appliquer des lois sur la responsabilité parentale alors que les États et les villes étaient aux prises avec une augmentation de la criminalité de rue. Rien qu'en 1995, dix États les ont adoptées, encouragées par les politiciens des deux partis. Mais ces lois relèvent de la « criminologie des country clubs », a ricané Barry Krisberg, président du Conseil national sur la criminalité et la délinquance. « Cela semble bien dans les banlieues, mais… si vous les appliquez, vous ne faites que mettre davantage en danger et séparer les familles. » En conséquence, les procureurs ont principalement utilisé les lois pour faire pression sur les parents afin qu'ils suivent des programmes de traitement de la toxicomanie et des cours sur l'éducation parentale.

Et malgré leur popularité, de nombreux avocats ont soutenu que « les lois sanctionnant le parent défaillant » violait un principe fondamental de la Common Law : qu’une personne ne peut être punie pour les actes d’une autre. Le langage imprécis de ces statuts a suscité des contestations judiciaires. Après que la Californie a adopté la loi sur la responsabilité parentale en 1988, par exemple, l'American Civil Liberties Union a contesté sa constitutionnalité au motif qu'elle était vague, trop large et qu'elle portait atteinte à la vie privée de la famille.

Les opposants ont également commencé à protester contre l’application de la loi à caractère raciste. En 1989, la Californie a tenté de poursuivre Gloria Williams pour avoir omis d’exercer raisonnablement « des soins, une supervision, une protection et un contrôle » sur son fils adolescent, qui avait été arrêté pour viol collectif (= tournante). Un débat furieux a éclaté dans les pages d’opinion. Les conservateurs ont vanté que Williams avait obtenu ce qu'elle méritait. Les groupes de défense des droits civiques étaient d'accord avec l'avocat de Williams lorsqu'il a déclaré qu'elle avait été arrêtée « parce qu'elle est noire et qu'elle appartient à une certaine tranche de revenus faibles… Parce que les forces de l'ordre n'ont pas été en mesure de résoudre le problème des gangs… elles rejettent la faute sur les parents. »

Même si des lois visant à « sanctionner les parents » sont en vigueur depuis plus d’un siècle, des questions essentielles restent en suspens : lorsque des enfants qui deviennent des criminels grandissent dans des communautés violentes, qui est réellement responsable de leurs actes ? À quel âge les gens sont-ils finalement responsables de leur propre comportement ? Quel contrôle un parent peut-il raisonnablement exercer sur un adolescent, en particulier sur un adolescent plus âgé ?

Le plus gros problème de ces lois, cependant, est qu’il n’a jamais été prouvé qu’elles préviennent la criminalité. Pourtant, ils sont restés populaires et politiquement commodes. Blâmer les parents pour les crimes commis contre des enfants permet aux communautés d'ignorer des tâches plus difficiles et source de division : éliminer la pauvreté, lutter contre la maltraitance des enfants, fournir des soins de santé mentale et limiter l'accès des enfants aux armes à feu.

Il est tentant d’attribuer les horreurs de la fusillade d’Oxford High en 2021 au refus de Crumbley de voir un enfant sombrer dans la folie. Mais alors que les Américains s'appuient sur les lois sur la responsabilité parentale pour prévenir le crime et exiger des représailles, ils doivent veiller à ne pas laisser la communauté dans son ensemble s'en tirer trop facilement. Dans un pays où des fusillades de masse ont lieu avec une régularité écoeurante, les Américains devraient peut-être arrêter de pointer du doigt les parents et entreprendre le dur travail consistant à éliminer les armes que brandissent leurs enfants.

  • Ce que disent les élèves sur la responsabilité des parents à l'égard des actes préjudiciables de leurs enfants

Un jury a condamné une mère pour une fusillade de masse perpétrée par son enfant. Nous avons demandé aux étudiants s’ils pensaient que le verdict constituait un précédent majeur voire dangereux.

Le 6 février, Jennifer Crumbley a été reconnue coupable de quatre chefs d'homicide involontaire, un pour chaque élève que son fils a tué lors de la fusillade la plus meurtrière dans une école du Michigan.

Cette affaire est l'exemple le plus médiatisé de la volonté des procureurs de tenir les parents responsables des crimes violents commis par leurs enfants. Le verdict de culpabilité est susceptible de se répercuter sur le paysage juridique du pays alors que les procureurs se retrouvent à réfléchir à une nouvelle façon d'obtenir justice dans les fusillades de masse.

Nous avons demandé aux adolescents ce qu'ils en pensaient : les parents devraient-ils un jour être tenus responsables des actes néfastes de leurs enfants ? Et si oui, dans quelles circonstances ?

De nombreux étudiants n'étaient pas d'accord avec le verdict, arguant que les adolescents sont en fin de compte responsables de leurs propres actes et qu'il est injuste d'attendre des parents qu'ils sachent ce que leurs enfants pensent, ressentent ou envisagent de faire. Cependant, de nombreuses autres personnes ont soutenu cette condamnation, arguant que, dans certaines circonstances, les parents devraient être tenus responsables   des crimes commis par leurs enfants, étant donné le rôle important qu'ils jouent dans la formation de la personnalité et du comportement de l'enfant. Lisez leurs arguments ci-dessous.

Merci à tous ceux qui ont participé à la conversation sur nos invites d'écriture cette semaine, y compris les élèves de l'école Maya Angelou French Immersion IB à Hillcrest Heights, Maryland ; École préparatoire de Hilton Head à Hilton Head Island, Caroline du Sud ; et les écoles Westminster à Atlanta.

Veuillez noter : les commentaires des étudiants ont été légèrement modifiés en termes de longueur, mais ils apparaissent par ailleurs tels qu'ils ont été soumis à l'origine.

De nombreux étudiants ont fait valoir que même si c'est le travail des parents d'enseigner le bien et le mal, en fin de compte, ils ne sont pas responsables du comportement de leurs enfants.

Si vous échouez à un examen, à qui la faute : l’enseignant ou l’élève ? D'une certaine manière, nos parents sont nos professeurs tout au long de notre vie. Plus tôt cette année scolaire, j'ai lu « Thing Fall Apart », qui a apporté une nouvelle perspective à ma compréhension de la société humaine. Dans le roman, l’auteur souligne comment la façon dont nous grandissons affecte nos actions et notre état d’esprit. Nos parents façonnent nos opinions sur la religion, les bonnes manières, le respect et bien plus encore. À mon avis, nos parents façonnent une grande partie de notre vie – mais en fin de compte, c’est nous qui décidons si nous voulons suivre le chemin qu’ils ont tracé pour nous. Même si nous basons nos décisions sur ce qu’on nous enseigne, celles-ci ne reposent pas uniquement sur les enseignements de nos parents. Nous comptons déjà suffisamment sur nos parents, ce qui rend injuste de leur imputer une responsabilité encore plus grande en blâmant les parents pour les actes de leurs enfants.
— Natalie C., Don Bosco Cristo Rey
Même si j'admets que les parents jouent un rôle important dans le développement de leurs enfants et doivent être attentifs aux actes de leurs enfants, je maintiens néanmoins qu'ils ne sont pas les seuls responsables des actes de violence de leur enfant. Nos parents influencent nos points de vue sur une myriade d’aspects de la vie, des valeurs au comportement, car c’est généralement avec eux que nous passons le plus de temps. Cependant, grandir implique des changements inévitables, qui incluent des changements dans nos points de vue qui peuvent avoir une influence sur nos décisions et nos actions. Parfois, les parents peuvent négliger nos actions ou simplement ne pas reconnaître quand quelque chose ne va pas ; ce ne sont que les complexités de la parentalité. Malgré tous les efforts des parents, il n'y a pas de résultat définitif car, en fin de compte, nous avons tous la liberté de choisir notre propre chemin personnel, même si cela va à l'encontre de ce sur quoi nous avons été élevés.
— Nathaly, MD
Mme Crumbley n'aurait pas dû être condamnée parce que ce n'est pas elle qui a appuyé sur la gâchette. Elle n’a aidé son fils à commettre aucun des meurtres. Elle a essayé d'élever son enfant du mieux qu'elle pouvait, et ce n'est pas pour cela qu'il a tiré sur l'école en lui donnant une arme. Les parents essaient chaque jour de faire de leurs enfants de meilleures personnes. Aucun parent ne pense jamais que son enfant grandira pour commettre des atrocités telles que des fusillades dans une école. Un parent ne devrait pas être tenu responsable des actes de ses enfants. Une fois qu’un enfant atteint un âge où il peut prendre ses propres décisions, le parent ne peut qu’espérer qu’il ait appris le bien du mal. Si un enfant a des problèmes, il devrait s'adresser à un parent et celui-ci devrait lui demander de l'aide. Mais si le parent n’aide pas son enfant, c’est de sa faute s’il n’aide pas ses enfants.
— Ruth L., Caroline du Sud
Je dirais normalement que Jennifer Crumbley n'est pas coupable. Cependant, le seul détail qui la rend partiellement coupable est qu’elle a donné une arme à feu à son enfant. Sans ce détail, je ne pense pas qu'elle serait coupable de ce crime sur la base des preuves fournies dans l'article. Cela étant dit, peu importe à quel point un parent surveille son enfant, il ne saura jamais tout sur son enfant et ce qu'il traverse. Je pouvais voir en quoi cela pourrait être une déclaration controversée, puisque les procureurs eux-mêmes dans cette affaire soulignent que « Mme. Crumbley aurait dû remarquer la détresse de son fils et l'empêcher de commettre un acte d'une violence indescriptible. Un autre point qui, à mon avis, devrait être souligné est que lorsqu'un enfant atteint un certain âge, tous ses comportements ne sont pas enseignés par ses parents ; les enfants apprendront de sources extérieures et ils sont leur propre peuple avec des mentalités et des objectifs individuels distincts de l'influence de leurs parents. Dans l'ensemble, je suis arrivé à la conclusion que je ne crois pas que Mme Crumbley devrait être tenue responsable des actes de son fils, d'autant plus que ce sera malheureusement une culpabilité avec laquelle elle vivra le reste de sa vie.
— Angelo G., Glenbard West
Je crois que les parents devraient être tenus responsables des actes de leurs enfants dans une certaine mesure. Je crois également qu'il est de la responsabilité des parents d'éduquer et d'informer leurs enfants afin qu'ils soient capables de différencier le bien du mal, car les parents seront généralement des modèles pour leurs enfants dans la plupart des cas. Avec toutes ces informations à l’esprit, je ne crois toujours pas que le parent devrait être tenu responsable de l’enfant. Dans cette situation, quelles que soient les circonstances, l'enfant a quand même choisi d'agir ainsi et, dans mon esprit, à 15 ans, l'enfant est assez vieux pour comprendre le poids de ses actes et devrait en assumer la responsabilité.
— Christian, école secondaire Valley Stream Nord

Ils ont souligné que les parents ne peuvent pas savoir tout ce que vivent leurs enfants, ni prédire l'avenir.

Lorsque j’ai entendu parler de cette affaire pour la première fois, j’ai été abasourdi. Les adolescents savent très bien cacher leurs émotions et mettre un masque pour faire plaisir à leurs parents. Jennifer Crumbley n'aurait jamais pu savoir ce que son fils traversait réellement, elle n'aurait jamais pu prédire que son fils serait la cause d'un incident aussi horrible. Les parents qui s'engagent et s'impliquent de manière positive dans la vie de leurs enfants ne sont pas responsables de la manière négative dont leurs enfants pourraient réagir. D'un autre côté, les parents qui négligent sciemment les besoins fondamentaux de leurs enfants sont responsables du mauvais comportement possible de leurs enfants. Les enfants sont responsables de leurs propres comportements, surtout s’ils causent un préjudice grave à autrui.
— Olivia, Ellisville
Les parents ne devraient pas être responsables des actes de leur progéniture. Il est dangereux de transférer la responsabilité d’un enfant sur un parent. Premièrement, les enfants ont peu de temps à consacrer à la maison. Les enfants passent environ 8 heures à l'école et vont à l'école la majeure partie de la semaine. Après l'école, les enfants fréquentent des académies, des tuteurs, des rendez-vous pour jouer, des activités parascolaires et bien plus encore. De plus, pendant le peu de temps que les étudiants passent à la maison avec leur famille, ils ne communiquent pas souvent avec eux. De nombreux étudiants sont au bord de la puberté et des sautes d’humeur adolescentes. De plus, avec les progrès d’Internet, les étudiants consultent souvent leur téléphone ou leurs réseaux sociaux. Sans conversations à cœur ouvert, il deviendrait impossible pour les parents de lire dans les pensées de leurs enfants.
— Kate, Corée
Mme Crumbley a été injustement accusée de quelque chose qu'elle n'avait pas fait et le jury s'en fichait. Les parents ne devraient pas avoir à subir les conséquences des décisions de leur enfant. Ce que le jury dit involontairement lorsqu'il la déclare coupable du crime de son fils, c'est que, quel que soit l'âge, tant que vous avez la garde de l'enfant, vous êtes responsable de tout ce qu'il fait. Maintenant, pour les jeunes enfants, cela a du sens. Si c'était un élève de CE2 qui apportait une arme à feu et tuait des gens, les parents seraient coupables d'avoir permis à leur enfant de savoir où l'arme était cachée. Dans une certaine mesure, les parents sont responsables, mais pas jusqu'à la peine de 15 ans de prison qui a été infligée à Mme Crumbley. Cela aurait probablement été plus bénéfique si l'arme était mieux cachée ou verrouillée afin que son fils ne puisse pas y accéder, mais elle n'avait également aucun moyen de savoir que son fils allait faire cela. La plupart des adolescents et certaines filles ne parlent pas à leurs parents des problèmes qu'ils ont avec d'autres élèves ou des problèmes mentaux tels que la dépression et les pensées suicidaires. C'était sa faute si elle avait acheté un pistolet à son fils pour le garder pour lui. Donc, dans une certaine mesure, c'était de sa faute, mais 15 ans de prison, c'est un peu excessif.
— Annabelle F., Caroline du Sud

Un étudiant a fait valoir que l’affaire révèle un préjugé à l’égard des mères et que « le véritable coupable est l’industrie des armes à feu et les politiciens qui lui permettent d’exercer une influence incontrôlée ».

Jennifer et James Crumbley portent la responsabilité d'avoir acheté une arme à feu à leur fils et de ne pas l'avoir sécurisée correctement, et ils sont coupables d'homicide involontaire.

Cependant, le procès de Mme Crumbley a révélé qu'il y avait deux poids, deux mesures pour les parents poursuivis. L’allégation selon laquelle elle « accordait plus d’attention à ses deux chevaux et à sa liaison extraconjugale » reflète la condamnation des femmes qui s’écartent de la « mère idéale ». L'attitude de Mme Crumbley à l'égard des armes à feu est fausse, mais elle n'est pas un mauvais parent pour avoir une liaison ou pour donner la priorité à ses chevaux.

L'inattention de Mme Crumbley à l'égard de la santé mentale d'Ethan est un argument valable, mais une parentalité mal informée n'est qu'une partie de la crise de santé mentale. Une attention égale devrait être accordée aux écoles pour qu'elles fournissent des services de santé mentale aux élèves, ce que l'école d'Ethan Crumbley n'a pas réussi à faire de manière adéquate.

La logique qui condamne Mme Crumbley pour ne pas être assez « maternelle » crée un mauvais précédent en matière de poursuites pour violences armées. En détournant l’attention des lois laxistes sur les armes à feu et de la possession dangereuse, cette affaire ne parvient pas à apporter des changements significatifs à la sécurité des armes à feu aux États-Unis. Poursuivre Jennifer et James Crumbley ne peut pas faire grand-chose lorsque le véritable coupable est l’industrie des armes à feu et les politiciens qui lui permettent d’exercer une influence incontrôlée.
— Nandana A., The Westminster Schools, Géorgie

Cependant, de nombreux autres étudiants ont soutenu que, dans certaines circonstances, les parents devraient être tenus responsables des crimes terribles commis par leurs enfants.

Grâce à de nombreuses études, il a été établi que le facteur le plus important dans le développement d'un enfant sont les parents et les membres de la famille. Cela affecte la réussite, les valeurs, la santé mentale et presque tous les autres aspects de la vie de l'enfant. Les parents sont responsables. Donc, à mon avis, dire que le parent est au moins en partie responsable du crime commis par son enfant n’est pas exagéré.

La question est alors de savoir si le parent doit ou non être reconnu coupable d'un crime commis par son enfant. Même s'il semble que 15 ans de prison pour les actes de quelqu'un d'autre soit exagéré, je n'y crois pas entièrement. Le parent façonne l'enfant : sa personnalité et ses problèmes ; les actions du parent ont bel et bien causé le crime. Je suis sûr que dans la plupart des cas, les parents n'ont jamais voulu ni même cru que leurs enfants commettraient un crime, mais ils l'ont néanmoins fait. De plus, le parent leur a donné la possibilité de commettre ce crime. Le parent est en faute.
— Cohen, côte centrale de la Californie
Au début, j'ai pensé qu'il était injuste que Mme Crumbley soit inculpée de quatre chefs d'accusation d'homicide involontaire pour la fusillade de masse perpétrée par son fils. Mais après avoir découvert qu’elle lui avait offert l’arme, je pense que cette condamnation est justifiée. Je ne pense pas que les parents devraient être tenus responsables des actes de leurs enfants dans certains cas. Cependant, dans ce cas, les parents devraient être tenus responsables, car cette fusillade n'aurait pas eu lieu sans l'arme que l'enfant a reçue de ses parents. Je pense qu'en tant qu'adolescents, notre comportement ne doit pas nécessairement être considéré comme le reflet du rôle parental de nos parents. Néanmoins, dans un événement aussi grave qui n'aurait pas pu se produire sans l'aide des parents, ils devraient être blâmés.
— Sumaiyah , Yilmaz
À mon avis, les parents devraient être quelque peu responsables de leurs enfants quoi qu'il arrive, surtout si cela a un impact aussi important sur les gens qui les entourent. Dans ce cas, c’est malheureusement le cas. Mardi de la semaine dernière, « Jennifer Crumbley a été reconnue coupable de 4 chefs d'accusation d'homicide involontaire, un pour chaque élève tué par son fils », rapporte l'auteur. Même si cela ne semble pas juste de lui reprocher les actes de son fils, c'est nécessaire. Tout d’abord, si elle avait suivi davantage son fils et été plus près de lui, elle aurait remarqué un changement dans son attitude. Elle aurait également pu s'assurer qu'il ne pourrait pas mettre la main sur une arme à feu. En conclusion, oui, c'est principalement la faute du fils, car il a pris une décision terrible qui pourrait changer la vie de nombreuses personnes, mais vous devez reconnaître que la faute revient en partie à sa mère pour sa négligence envers son fils.
— Ben L., Glenbard West
Je pense que l’idée que des mineurs soient autorisés à manipuler des armes à feu sans la surveillance d’un adulte est ridicule. Dans aucun autre pays développé, de telles situations ne se produisent. Quant à la responsabilité de la mère, il est clair qu'elle était consciente de la possession d'une arme à feu par son fils et quelque peu consciente de ses problèmes de santé mentale. Tout parent responsable aurait fait le rapprochement et aurait immédiatement ramené son enfant de l'école à la maison ou aurait appelé la police pour récupérer l'arme avant que des atrocités ne se produisent. Au lieu de cela, Crumbley a choisi d'ignorer la situation, peut-être par déni de santé mentale, et a effectivement permis à son enfant de commettre un massacre. Par conséquent, en tant que complice des crimes commis, elle devrait également purger une peine de prison. Je pense que sa phrase était tout à fait appropriée. Cependant, il est important de noter que tous les parents de tireurs dans les écoles ne sont pas coupables d'avoir contribué aux crimes de leurs enfants.
— Luke L., île de Hilton Head, Caroline du Sud

Ils ont fait valoir que les parents ont la responsabilité de prendre au sérieux les signes de détresse émotionnelle d’un enfant.

Si un enfant se plaint constamment de pensées troublantes et demande de l’aide, le parent doit alors agir. Dans le cas d'Ethan Crumbley, il a raconté à sa mère que leur maison était hantée par des démons et qu'il souhaitait obtenir de l'aide des mois avant la fusillade du lycée d'Oxford. Ethan a été licencié parce que sa mère pensait qu'il plaisantait. Il y avait une solution claire au problème d’Ethan : lui demander de l’aide. Sa mère a ignoré ses sentiments et négligé les besoins de son fils, ce qui a directement aggravé ses problèmes et entraîné le meurtre de quatre étudiants. Les parents ont l’énorme responsabilité de fournir à leurs enfants un environnement de soutien dans lequel ils se sentent à l’aise pour expliquer leurs problèmes. Lorsque cela est ignoré, les enfants peuvent développer de graves problèmes, que cela soit intentionnel ou non. Il existe une zone grise en ce qui concerne l’influence des parents sur les actions d’un enfant. Parfois, les parents font de leur mieux et ne savent pas ce qui se passe lorsqu'un enfant ne montre aucun signe de détresse. Cependant, un parent doit être tenu responsable de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour garantir que son enfant soit pris en charge. Si rien n’est fait, davantage d’enfants risquent de commettre des actes de violence contre d’autres personnes qui auraient pu être évités grâce aux précédents établis depuis la condamnation de Jennifer Crumbley.
— Kayla , Loveland, Colorado
Même si le choix de commettre une fusillade de masse dépend de la volonté de l'enfant, les parents devraient être tenus pour responsables des crimes de leurs enfants. Cela est dû au fait que les parents ont toujours un impact considérable sur la vie de l'enfant, même lorsqu'il entre au lycée. Mme Crumbley aurait pu aider son fils dans le cadre d'une thérapie de différentes manières, en étant plus attentive et en ne permettant pas à son fils de porter une arme à feu pour son anniversaire. De plus, si au moins une de ces actions était entreprise, les chances qu'une tragédie se produise diminuent considérablement, car Ethan aurait pu obtenir une assistance mentale et des conseils, l'empêchant de s'engager dans cette sombre voie.
— Gabriel AA, Maury High School - Norfolk, Virginie
Je pense que les parents devraient être tenus responsables des actes de leurs enfants lorsqu'ils sont carrément négligents, abusifs ou responsables des situations qui ont conduit leurs enfants à commettre des actes de violence. Dans le cas de Mme Crumbley, elle a aidé son fils en lui fournissant des armes et des munitions, et a complètement ignoré tous les signes extrêmement évidents indiquant que son fils était mentalement instable et risquait de commettre des actes de violence. Elle a été complètement négligente quant au bien-être et au comportement de son fils, ce qui a directement conduit à ses actes. Si un parent ignore complètement les signes extrêmement évidents de l'instabilité mentale de ses enfants et permet même leur comportement instable, alors il est responsable des actions que font ses enfants sous l'influence de ce comportement.
— Hamza A., Lycée Claremont

Et ils ont déclaré que la condamnation dans cette affaire pourrait servir de sonnette d’alarme pour d’autres familles qui ont un adolescent en détresse.

Si Mme Crumbley avait créé un environnement comportant des éléments optimaux pour son fils, il n'aurait peut-être pas commis un acte aussi odieux. De plus, je crois que le fils de Mme Crumbley aurait présenté un comportement alarmant avant l'événement. Le fils souffrait peut-être d’une maladie mentale qui catalyse des comportements inquiétants. J'espère que la condamnation de Mme Crumbley sensibilisera davantage les parents à leurs enfants. Les parents doivent reconnaître les attitudes et les comportements de leurs enfants et prendre des mesures adéquates en fonction de ceux-ci pour améliorer leur développement. Par exemple, emmener votre enfant en thérapie l’aidera à devenir plus conscient de ses sentiments et à y faire face de manière appropriée.
— Harnoor A., ​​école secondaire Valley Stream Nord
Je crois que dans ce genre de cas extrêmes, les parents devraient être tenus responsables des actes de leurs enfants. Surtout dans le cas de Mme Crumbley, car l'arme a été offerte à son fils de 15 ans. C'est elle qui lui a donné le pouvoir de prendre la vie des gens, elle devrait donc être punie… Le cas de Mme Crumbley pourrait affecter d'autres parents, mais je préférerais que les parents accordent plus d'attention aux actions de leur enfant plutôt que d'avoir un autre cas similaire. pour ça. De plus, c’est un bon précédent à créer, car cela encouragera davantage de parents à assumer la responsabilité de leur enfant et ne leur permettra pas de nuire aux autres.
— Kenneth, École secondaire polytechnique de Cumberland
Le verdict de culpabilité pourrait accroître la pression sur les parents, maintenant qu'il pourrait avoir des implications juridiques. Il est possible que cette condamnation empêche des fusillades, car les parents pourraient reconsidérer la garde d'armes à la maison. Les parents peuvent également être plus attentifs à tout changement de comportement chez leurs enfants.
— Noa C., école secondaire Valley Stream Nord

Article traduit sur UDM ; NY Times et Times

13 mai 2023

ANALYSE - La crise migratoire en France pourrait-elle déclencher une guerre civile ?

Dans toute l'Europe, les chiffres montent en flèche. En Allemagne, 101 981 demandes d'asile ont été déposées depuis le début de l'année, soit une augmentation de 78 % par rapport à la même période en 2022.  

2022 a été une année record en France avec l'arrivée de près d'un demi-million de migrants légaux. Ce chiffre s'ajoute à ceux qui se trouvent dans le pays de manière illégale. Selon le député de Nice, Eric Ciotti, président du Parti républicain de centre-droit, il pourrait y avoir jusqu'à un million de personnes dans cette catégorie.
L'extrémisme n'est pas seulement présent dans les deux camps, il se développe

La crise en France est devenue si grave que des hommes politiques respectés mettent en garde contre une catastrophe imminente. Lors d'une interview télévisée jeudi matin, Bruno Retailleau, chef de file des Républicains au Sénat, a exprimé ses craintes pour l'avenir. Déplorant la réticence du gouvernement à s'attaquer à ce qu'il décrit comme le "chaos migratoire", M. Retailleau a déclaré que cette inertie pourrait "mener à la guerre civile".

Peu après l'interview, on a appris que le maire de Saint-Brevin-les-Pins, dans l'ouest de la France, avait démissionné après avoir été la cible d'un pyromane qui a brûlé sa voiture et une partie de sa maison. L'attaque a eu lieu fin mars, mais Yannick Morez a pris la décision de démissionner en raison d'un "manque de soutien de la part de l'État" dans les semaines qui ont suivi.

Bien que la police n'ait pas de suspect, elle a un mobile : l'opposition locale à la relocalisation de l'hébergement des demandeurs d'asile sur un site proche d'une école primaire.

M. Morez a été nommé maire de Saint-Brevin-les-Pins en 2017, un an après que la ville a accueilli un groupe de migrants du camp de la "Jungle" récemment démantelé près de Calais. M. Morez a déclaré qu'il n'y avait "jamais eu le moindre problème" entre les migrants et les habitants, jusqu'à ce que les plans soient dévoilés pour le nouvel hébergement.  

Ce projet a donné lieu à des manifestations organisées par le parti d'extrême droite d'Éric Zemmour, le Parti de la Reconquête, ainsi qu'à des contre-manifestations organisées par des militants d'extrême gauche pro-migrants.

Au milieu de tout cela, Morez, un médecin de 62 ans, dont l'esprit communautaire est de plus en plus mis à mal dans la République. Depuis les élections municipales de 2020, près de 4 000 élus ont démissionné, dont 238 maires. Ce sont des chiffres sans précédent et, si les raisons de ces démissions sont diverses, un point commun est la violence verbale et physique à l'égard des représentants de la République.  

Ces hommes et ces femmes consciencieux sont devenus les souffre-douleur de la classe politique parisienne, considérée comme lointaine, distante et déconnectée du peuple qu'elle est censée représenter. Pour de nombreux députés, quel que soit leur parti, le Parlement n'est qu'une scène sur laquelle ils se pavanent.

Les hommes politiques qui n'avaient rien dit après l'attaque initiale du domicile de M. Morez ont retrouvé leur voix après sa démission, même si nombre d'entre eux semblaient plus intéressés par l'exploitation de la nouvelle à des fins politiques que par un véritable remords face à la perte d'un autre maire. Alors qu'Emmanuel Macron a exprimé sa solidarité avec le maire, les députés de gauche ont blâmé l'État pour le manque de soutien qui lui a été offert.

D'autres ont parlé de "terrorisme d'extrême droite" et ont demandé à l'Assemblée nationale de se lever pour applaudir Monsieur Morez ; les députés du Rassemblement national de Marine Le Pen n'ont pas participé malgré l'invitation des bancs de l'opposition. Ce spectacle puéril n'a fait que renforcer le sentiment des électeurs que leurs députés ne sont pas à la hauteur. 

La réponse politique la plus cohérente - peut-être la seule - est venue du Premier ministre Elisabeth Borne, actuellement en visite dans le département français de la Réunion, dans l'océan Indien. "Le fait que cet incendie soit lié à la délocalisation d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile montre qu'il y a une montée de l'extrémisme dans notre pays", a-t-elle déclaré. "Il est évident que nous devons être très, très vigilants sur ce sujet. L'extrémisme est présent des deux côtés de l'échiquier politique".

L'idée que l'extrémisme puisse être présent à gauche a provoqué un tollé. "Incroyable, dangereux" a réagi Chloé Ridel, porte-parole du Parti socialiste.

Mais les faits parlent d'eux-mêmes. Depuis le mois de mars, près de 2 000 policiers ont été blessés par des extrémistes de gauche lors de manifestations contre la réforme des retraites ou pour la défense de l'environnement. Des magasins, des restaurants, des banques, des mairies ont été incendiés ou vandalisés, ainsi que la permanence d'Eric Ciotti, le président des Républicains.  

À cette occasion, les députés de gauche n'ont pas applaudi au parlement.

Borne a raison. L'extrémisme n'est pas seulement présent des deux côtés, il monte, et la vue de centaines d'extrémistes d'extrême droite masqués défilant dans Paris samedi dernier a jeté un froid dans la République.

Il y a deux ans, 10 000 officiers retraités de l'armée française, dont vingt généraux, ont adressé une lettre ouverte au vitriol à M. Macron et à son gouvernement, dans laquelle ils mettaient en garde contre la "désintégration" de la société française, conséquence d'une mauvaise gestion politique pendant de nombreuses années. Ils ont averti le président qu'il fallait agir maintenant, faute de quoi "demain, une guerre civile mettra fin au chaos qui s'installe".

La lettre a été ignorée et ses signataires ont été raillés comme des colonels Blimps. Mais deux ans plus tard, la désintégration de la France se poursuit, le chaos s'accroît et la perspective d'une guerre civile ne semble plus aussi farfelue.

Article traduit sur The Spectator

06 mai 2023

CARTON ROUGE - Qu'est-ce qui pousse quelqu'un à agir sur des impulsions violentes et à commettre un meurtre ?

ANALYSE - Certaines personnes sont capables de contrôler leur colère ou leur frustration et de canaliser ces sentiments vers des exutoires non destructeurs. D'autres, comme le tireur accusé d'avoir tué six personnes lors de la tentative d'assassinat de la députée Gabrielle Giffords, font preuve d'un manque de contrôle effrayant

Les gens sont souvent confrontés à des sentiments de déception, de frustration et de colère lorsqu'ils interagissent avec des fonctionnaires, des collègues de travail, des membres de leur famille et même des banlieusards. La plupart d'entre eux peuvent contrôler leurs actions dans la mesure où relativement peu de ces interactions se terminent par des actes de violence. La tentative d'assassinat de la représentante américaine Gabrielle Giffords (D-Ariz.) le week-end dernier montre cependant que les mécanismes de contrôle cognitif nécessaires pour guider le comportement d'une personne sont parfois inexistants ou ignorés, ce qui a des conséquences désastreuses.

Samedi, Mme Giffords et plusieurs autres personnes ont été la cible de tirs à bout portant lors d'un rassemblement public de ses électeurs à l'extérieur d'un supermarché de Tucson (Arizona), dans la circonscription d'origine de la représentante. Avant que le tireur ne puisse être maîtrisé et désarmé, six personnes sont mortes et quatorze ont été blessées, dont Mme Giffords qui a reçu une balle dans la tête. Le tireur présumé, Jared Lee Loughner, 22 ans, avait apparemment exprimé son mépris pour le gouvernement sur un certain nombre de questions, par le biais de messages sur MySpace et de vidéos sur YouTube. Il aurait poussé plus loin ses griefs à l'égard du gouvernement et de la société en général en achetant en novembre une arme de poing Glock 19 de 9 millimètres et en commençant à planifier l'assassinat de Mme Giffords.

Le système de justice pénale devra déterminer les motivations spécifiques et les capacités mentales de Loughner, mais Scientific American a interrogé Marco Iacoboni, professeur de psychiatrie et de sciences bio-comportementales à l'université de Californie à Los Angeles et directeur du laboratoire de stimulation magnétique transcrânienne de l'établissement, sur les raisons pour lesquelles certains individus passent à l'acte et d'autres non. Iacoboni est surtout connu pour ses travaux sur les neurones miroirs, un petit circuit de cellules dans le cerveau qui pourrait être un élément important de la cognition sociale.

S.A : Qu'est-ce qui transforme la colère en action ?

Principalement le contrôle cognitif ou, pour utiliser un terme moins technique, la maîtrise de soi. Il y a environ un an, j'étais à Davos, au Forum économique mondial, et nous avons eu un dîner-débat sur l'intelligence. Richard Nisbett, professeur de psychologie sociale à l'université du Michigan, la plus grande autorité mondiale en matière d'intelligence, a déclaré sans ambages qu'il préférait que son fils ait une bonne maîtrise de soi plutôt qu'une bonne intelligence. La maîtrise de soi est essentielle au bon fonctionnement de la vie, car notre cerveau nous rend facilement [sensibles] à toutes sortes d'influences. Regarder un film montrant des actes violents nous prédispose à agir violemment. Le simple fait d'écouter des discours violents nous rend plus enclins à la violence. Ironiquement, les mêmes neurones miroirs qui nous rendent empathiques nous rendent également très vulnérables à toutes sortes d'influences.

C'est pourquoi les mécanismes de contrôle sont si importants. En effet, après de nombreuses années d'études sur les neurones miroirs et leur fonctionnement, nous avons réorienté nos recherches en laboratoire vers l'étude des mécanismes de contrôle des neurones miroirs dans le cerveau. Si l'on y réfléchit bien, il doit y avoir des mécanismes de contrôle pour les neurones miroirs. Les neurones miroirs sont des cellules qui se déclenchent lorsque je prends une tasse de café (pour vous donner un exemple) et lorsque je vous vois prendre une tasse de café. Alors, comment se fait-il que je ne t'imite pas tout le temps ? L'idée est qu'il existe des systèmes dans le cerveau qui nous aident à imiter uniquement "intérieurement" - ils atténuent l'activité des neurones miroirs lorsque nous nous contentons de regarder, de sorte que nous pouvons toujours avoir le type d'"imitation intérieure" qui nous permet d'éprouver de l'empathie pour les autres, sans aucune imitation manifeste.

La question clé est l'équilibre des pouvoirs entre ces mécanismes de contrôle que nous appelons descendants - parce qu'ils sont tous comme des cadres qui contrôlent du haut vers le bas jusqu'aux employés - et les mécanismes ascendants, dans la direction opposée, comme les neurones miroirs. La perception - regarder quelqu'un faire une action - influence les décisions - faire la même action nous-mêmes.

Qu'est-ce que la neuroscience a découvert sur la capacité de la personne qui a tiré sur Giffords, la personne responsable du massacre de Virginia Tech en 2007 , et bien d'autres (pourtant encore un petit pourcentage de personnes) à se comporter si violemment ?

Ce qui se passe chez ces individus, c'est que leurs mécanismes de contrôle cognitif sont dérangés. Remarquez que ces personnes ne sont pas des personnes incontrôlables et enragées. Ils utilisent simplement leurs mécanismes de contrôle cognitif au service d'un objectif perturbé. Il y a probablement une multitude de facteurs en jeu ici. Le sujet est exposé à des influences qui le conduisent à des actes violents, y compris, malheureusement, non seulement la rhétorique politique violente mais aussi la médiatisation d'actes similaires, comme nous le faisons ici. Une variété de problèmes, en particulier les problèmes de santé mentale qui conduisent à l'isolement social, conduisent le sujet à un état mental qui altère sa capacité à exercer un contrôle cognitif de manière saine. Les capacités de contrôle cognitif du sujet sont quelque peu redirigées – on ne comprend pas très bien comment – ​​vers des buts et des activités violentes d'une manière bien précise. Pas l'explosion violente de quelqu'un qui a "perdu" dans un bar, donnant des coups de poing à droite et à gauche. La violence est canalisée dans un plan très précis, avec une cible très précise - généralement alimentée par les médias à travers une sorte de rhétorique, politique ou autre - avec des outils très spécifiques, dans le cas Giffords, un Glock de 9 millimètres.

Quels sont les signes qu'une personne est suffisamment perturbée pour agir ?

Les signes sont assez visibles, bien que difficiles à interpréter sans contexte. Malheureusement, ils se déroulent très rapidement et les gens peuvent rarement en être témoins avant que l'action ne soit entreprise. L'action elle-même est un signe, une forme désespérée de communication d'un individu perturbé. Malheureusement, personne ne discutait avec le gars lorsqu'il a laissé ses derniers messages sur Internet avant de passer à l'action. Mais je parie que si quelqu'un communiquait avec lui avant l'acte et voyait ces signes et lisait ces messages sur MySpace ou quel que soit le réseau social qu'il utilisait, cette personne aurait pu faire quelque chose, aurait pu l'engager dans une sorte de conversation qui aurait pu rediriger ses plans dérangés. En effet, en se connectant avec le sujet, cette personne aurait pu rediriger une partie de l'activité des neurones miroirs vers un comportement véritablement empathique, plutôt qu'au service de la violence imitative dérangée menant à l'action.

Pourquoi nos jeunes s'entre-tuent ou tuent d'autres personnes sans hésiter ?

Il ne suffit pas d'imputer la criminalité au couteau aux coupes budgétaires dans les services à la jeunesse ou aux pères absents.

La violence des jeunes est désormais endémique dans certaines régions du Royaume-Uni, en particulier à Londres. Au cours des sept premiers mois de 2021, 22 jeunes ont été assassinés dans la seule capitale. C'est plus que le nombre de morts pendant toute l'année 2020. La police métropolitaine a déclaré que Londres subissait un niveau de violence chez les jeunes comparable aux sinistres sommets de 2018, lorsque 28 adolescents avaient été tués.

La criminalité au couteau, en particulier, est en augmentation. Comme le montrent les chiffres pour l'Angleterre et le Pays de Galles, il y a eu 726 meurtres en 2018 et 285 d'entre eux impliquaient un couteau ou un instrument tranchant.

De plus, cette vague croissante de violence chez les jeunes et de crimes au couteau affecte de manière disproportionnée les jeunes hommes noirs et asiatiques. Les données du NHS montrent que 27% des victimes de crimes au couteau admises à l'hôpital en 2017-2018 étaient d'origine noire, asiatique ou « d'origine mixte », même si les personnes de ces origines ne représentent que 14% de la population générale.

La violence juvénile d'aujourd'hui a aussi des caractéristiques particulières et inquiétantes. De nombreux meurtres – vaguement et peut-être imprécisément décrits comme des « meurtres de gangs » – se produisent de plus en plus en public. Ils impliquent souvent de grands groupes ciblant un ou deux autres individus. Certains sont liés à des conflits de « code postal », d'autres résultent de disputes mesquines et certains peuvent être retracés à travers des cycles de violence qui remontent à de nombreuses années. En effet, les «guerres» secrètes entre les différents quartiers de la classe ouvrière de Londres sont souvent évoquées dans les vidéoclips et sur les réseaux sociaux.

Mais tout le monde n'est pas convaincu qu'il y a un problème.

  • Une panique morale ?
De nombreux universitaires et commentateurs affirment que l'attention du public sur cette flambée de violence chez les jeunes fait partie d'une panique morale.

Le terme « panique morale » a été inventé par le sociologue Stanley Cohen dans son livre de 1972, Folk Devils and Moral Panics, puis adopté par le sociologue Stuart Hall pour expliquer la réponse sociopolitique à une « agression » dans les années 1960 et 1970. Hall a fait valoir que la réponse n'était pas justifiée par les statistiques réelles sur la criminalité. Il était plutôt motivé par une tentative de diaboliser les jeunes hommes noirs et de justifier l'utilisation de tactiques policières draconiennes à leur encontre.

De même, les universitaires utilisent aujourd'hui cette idée de panique morale pour expliquer la réponse médiatique et politique à la violence des jeunes d'aujourd'hui. Cette réponse, selon eux, n'est qu'une manière à peine voilée de présenter les jeunes hommes noirs comme menaçants, ce qui justifie alors une intervention policière accrue, en particulier des tactiques agressives d'interpellation et de fouille.

Il y a une part de vérité dans cette analyse. La réponse à la violence des jeunes déforme souvent le problème. Les juges se réfèrent encore régulièrement aux personnes impliquées dans la violence chez les jeunes comme vivant selon la « loi de la jungle » – une tournure de phrase profondément malheureuse qui rappelle trop la discussion sur les agresseurs noirs dans les années 1970.

Nous devrions donc certainement être sceptiques quant aux aspects de la présentation et de la réponse à la violence chez les jeunes. Mais ce n'est pas une panique morale. C'est un problème grave, et il s'aggrave. En 2018-2019, il y a eu 259 homicides avec un instrument tranchant (39 % de tous les homicides). Il s'agit du nombre le plus élevé enregistré depuis que des données spécifiques sur la violence liée au couteau ont commencé à être collectées en 1977.

Les infractions impliquant des couteaux ou des instruments tranchants ont augmenté de 17 % entre 2017 et 2018, passant de 34 569 infractions à 40 469. Il s'agit du nombre le plus élevé depuis 2011, date la plus ancienne à partir de laquelle des données comparables sont disponibles. Entre avril 2017 et mars 2018, les hôpitaux du NHS en Angleterre ont signalé 4 986 admissions pour agression par arme blanche, soit une augmentation de 15 %. Les admissions à l'hôpital pour blessures au couteau sont désormais comparables aux sommets du milieu des années 2000.Un cycle de violence

Pour comprendre le problème de la violence chez les jeunes aujourd'hui, il est utile de se pencher sur quelques cas connexes dans la région de Londres au début de 2018.

Le 3 février 2018, Kwabena Nelson, 22 ans, a été assassiné à Tottenham, au nord de Londres. Il rentrait chez lui lorsqu'une Honda Civic a percuté sa voiture. Un groupe d'hommes, présumés faire partie d'un gang, le Wood Green Mob (WGM), est descendu du Civic et a poignardé Nelson à plusieurs reprises. Il a réussi à appeler le 999 avant de s'effondrer.

Nelson aurait « transformé sa vie », après avoir été impliqué dans un gang appelé les Northumberland Park Killers (NPK) à l'adolescence. Au moment de son meurtre, il était un travailleur auprès des jeunes, tentant d'éloigner les jeunes des gangs. Jusqu'à présent, un seul homme, Neron Quartey, a été reconnu coupable du meurtre de Nelson.

Le 8 mars 2018, Kelvin Odunuyi, 19 ans, a été abattu devant le cinéma Vue à Wood Green. Le père d'Odunuyi possédait une entreprise immobilière au Nigeria et l'avait payé pour fréquenter une école privée dans le Yorkshire. Sa mère était une professionnelle accomplie. L'ADN d'Odunuyi avait été retrouvé à l'intérieur de la Honda Civic qui avait percuté la voiture de Nelson. On pense que ses tirs ont été perpétrés par le NPK en représailles au meurtre de Nelson.

La fusillade de Tanesha Melbourne, 17 ans, sur Chalgrove Road à Tottenham, en avril 2018, était également liée à la querelle entre le NPK et le WGM. Après son meurtre, un article sur les réseaux sociaux lié au meurtre disait : "Si vous [sic] vous détendez avec mes opérations [opposition], je ne vais pas ajuster mon objectif pour vous." Un deuxième message, affiché sur un écran noir, disait : "Nous l'avons fait descendre à Tinseltown [un restaurant à Farringdon où une bagarre avait éclaté plus tôt en 2018], et sa fille à Chalgrove… #NPK."

D'autres meurtres en 2018 étaient liés de manière similaire. En février, Abdikarim Hassan, 17 ans, et Sadiq Aadam Mohammed, 20 ans, ont tous deux été assassinés, à moins de deux heures d'intervalle, à Camden, au nord de Londres. Isaiah Popoola, qui avait 19 ans au moment du meurtre, purge une peine d'emprisonnement à perpétuité pour l'homicide involontaire coupable d'Hassan et le meurtre de Mohammed, tandis que Godwin Lunghy, qui avait 17 ans au moment des meurtres, a été emprisonné pour le meurtre de Mohammed en 2020. Ils s'identifiaient à un gang de Camden, et avaient décidé de venger le meurtre de leur camarade "membre de gang", Lewis Blackman, 19 ans, qui avait été tué quelques jours plus tôt.

D'autres meurtres en 2018 ont impliqué des jeunes sans lien apparent avec des gangs. Le mannequin Harry Uzoka avait 25 ans lorsqu'il a été poignardé par un autre mannequin, George Koh, 26 ans, à Shepherd's Bush le 11 janvier de la même année. L'incident faisait suite à une dispute sur un intérêt amoureux mutuel. Uzoka, armé d'une barre d'haltères, s'est arrangé pour rencontrer Koh, qui s'est présenté avec deux couteaux. Le co-accusé de Koh, Merse Dikanda, était présent avec une machette. Les coups de couteau ont eu lieu en plein jour dans un endroit où des enfants jouaient.

Les victimes et les auteurs peuvent être horriblement jeunes. Le 14 mars 2018, six garçons, tous âgés de moins de 18 ans, ont poursuivi Lyndon Davis, 18 ans, dans une ruelle de Romford et l'ont poignardé à mort. Le 23 juin 2018, Jordan Douherty, 15 ans, a été assassiné devant un club de jeunes, également à Romford. L'attaque et la mort de Douherty ont été filmées et partagées sur Snapchat.

Aucun de ces meurtres ne peut être lié de manière significative au crime organisé. Ceux qui le sont – comme le meurtre en janvier 2019 de Jaden Moodie, 14 ans, qui transportait 39 enveloppes de crack, un téléphone portable et 325 livres en cash – sont les exceptions, pas la règle. Au lieu de cela, ces meurtres brutaux et tragiques sont souvent motivés par de petits conflits sociaux, dont certains sont liés à des rivalités géographiques particulières.
  • Nihilisme et absence de honte
L'un des aspects les plus notables de cette montée de la violence chez les jeunes est qu'elle se produit de plus en plus en public. Les victimes sont agressées lors de fêtes, dans des parcs ou dans des rues commerçantes. Cette année seulement, nous avons vu un homme de 20 ans poignardé lors d'une bagarre à Selfridges sur Oxford Street, le poignardage à la lumière du jour d'un jeune de 17 ans à Hyde Park et le meurtre d'un jeune de 23 ans pendant le tournage. d'un clip vidéo à Brixton.

Le caractère effronté de ces crimes, perpétrés au vu et au su du public, les distingue. Cela indique l'absence de honte, de culpabilité et même d'inquiétude des agresseurs à l'idée d'être pris. Et cela pointe vers l'existence d'une attitude profondément nihiliste chez certains jeunes. Ils en sont venus à croire que les meurtres, les vols et les violences graves font partie de la vie quotidienne.

Un avocat qui s'occupe presque exclusivement de jeunes hommes accusés de meurtre m'a raconté une histoire qui soulignait la profondeur du problème. Elle représentait un jeune homme en garde à vue, et a dû lui dire qu'il faisait face à trois chefs d'accusation de complot pour meurtre. En d'autres termes, il était accusé d'avoir planifié le meurtre de trois personnes. Il était accusé d'être un tueur en série (= Serial Killer). « Il n'avait pas l'air gêné », me dit-elle. « J'aurais aussi bien pu lui dire qu'ils l'accusaient d'avoir tué 20 personnes. J'ai certainement semblé m'en soucier beaucoup plus que lui. Cela est révélateur de la culture nihiliste plus large dans laquelle vivent ces jeunes. »

Certains universitaires considèrent une telle caractérisation comme inutilement péjorative. Ils ne voient pas une culture nihiliste. Ils voient ce qu'on appelle la « culture de la route » - un ensemble lâche d'attitudes et de perspectives typiques des jeunes hommes, principalement noirs, vivant dans la pauvreté urbaine. La culture routière implique le « piégeage » ou la perpétration d'actes criminels en réponse à des difficultés économiques. Pour l'écrivain et chercheur Anthony Gunter , la culture de la route est une réponse compréhensible, bien que regrettable, aux effets de l'austérité et de la privation matérielle.

Le problème avec cette idée de la culture de la route est que bon nombre des personnes impliquées dans des crimes violents ne correspondent pas au stéréotype. Ces jeunes hommes ne sont pas tous en difficulté financière. Beaucoup sont mobiles vers le haut - certains sont dans l'enseignement supérieur, et certains sont même dans des professions salubres.

Bien sûr, la privation économique est un facteur important dans certains de ces incidents. Mais c'est insuffisant comme explication – d'autant plus que les régions les plus pauvres du Royaume-Uni ne sont pas touchées de la même manière par la violence des jeunes.

De plus, la défense académique de la culture routière excuse presque l'impact terrible qu'elle a sur ceux qui y sont immergés. Même ceux qui ne sont pas impliqués dans des violences graves peuvent se retrouver attirés par des délits mineurs. À tout le moins, la culture routière normalise la possession d'armes. Oui, la culture de la route offre aux jeunes un cercle social. Mais cela rend également le crime et la violence banals et acceptables.
  • Excusant le problème
Les explications faciles de la gauche comme de la droite ne manquent pas pour expliquer le développement de cette sous-culture nihiliste de la jeunesse. La plus courante est l' affirmation selon laquelle les coupures dans les services à la jeunesse sont à blâmer.

Pourtant, ceux qui font cette affirmation ne montrent pas comment des services élargis aux jeunes empêcheraient tout cas réel de violence. Considérez Wood Green et Tottenham, où la violence chez les jeunes et la criminalité au couteau ont été particulièrement prononcées. Ces quartiers ne manquent pas de clubs de jeunes. De plus, comment les services jeunesse seraient-ils intervenus avec succès dans certains des cas cités ci-dessus. Peut-on vraiment dire que ces jeunes réclamaient un éducateur ? Kwabena Nelson était lui-même animateur de jeunesse lorsqu'il est décédé. Les services à la jeunesse n'auraient eu aucune raison d'identifier quelqu'un comme le pensionnaire Kelvin Odunuyi comme étant à risque. Et Harry Uzoka était un modèle à succès – il n'aurait eu aucune raison de demander l'aide des services de jeunesse.

Même les auteurs de ces crimes rejettent les explications faciles fournies par les commentateurs. J'ai récemment travaillé sur une affaire datant de 2010, impliquant un cycle de violence centré sur un domaine de l'ouest de Londres. Cinq jeunes étaient décédés en l'espace de quelques mois. Il semblait être né d'une petite dispute entre de jeunes hommes qui avaient été amis toute leur vie. L'homme pour qui je travaillais avait été reconnu coupable de meurtre et condamné à la prison à vie. Au cours d'un de nos appels téléphoniques, je lui ai demandé : pensez-vous que la privation, ou la fermeture des clubs de jeunes, ait quelque chose à voir avec cette violence ? Il réfléchit un instant. Puis il éclata de rire.

Blâmer les restrictions dans les services à la jeunesse et l'austérité sont devenus des moyens faciles pour les chroniqueurs et les politiciens de créer l'illusion de se soucier d'un problème auquel ils n'ont pas de véritable solution. Ces explications ne prêtent aucune attention aux circonstances particulières dans lesquelles ces flambées de violence et de meurtres se produisent. Et ils ne résonnent même pas avec les auteurs eux-mêmes.

D'autres ont cherché à blâmer les pères absents pour la violence des jeunes. Le député travailliste David Lammy a déclaré qu'il s'agissait d'une "cause principale" des crimes commis au couteau en 2012. D'autres personnalités, dont des officiers supérieurs de la police, ont récemment fait écho aux sentiments de Lammy .

Bien sûr, les pères jouent un rôle important dans la socialisation des jeunes hommes. Mais la grande majorité des familles monoparentales, noires ou blanches, n'élèvent pas d'enfants violents nihilistes. Et les recherches disponibles du ministère de l'Intérieur sur les violences graves ne désignent pas les pères absents comme un indicateur important.

D'autres reprochent à la gentrification de bouleverser les communautés qui auraient autrefois empêché les jeunes de glisser vers la violence. C'est sans doute l'explication la plus ridicule de toutes. Cela n'explique pas pourquoi tant de communautés qui ont été touchées par la gentrification à travers Londres ne glissent pas dans la violence nihiliste.
  • L'importance de la solidarité

Des explications faciles nous empêchent d'aborder le problème clé - à savoir, la culture nihiliste dans laquelle la violence et le crime au couteau ont prospéré. Nous n'examinons pas pourquoi certains jeunes font les choix moraux qu'ils font.

La situation est aggravée par des libéraux de la classe moyenne à prédominance blanche qui disent aux jeunes hommes noirs qu'ils sont condamnés à vivre dans une « société systématiquement raciste mais surtout individualiste ». Cette vision du monde désespérée et fataliste alimente activement le nihilisme des jeunes. Oui, le racisme est toujours un problème aujourd'hui. Mais il est dangereux de laisser de jeunes hommes noirs croire, à tort, qu'ils n'ont rien à gagner à s'engager dans la société qui les entoure.

De même, l'augmentation des pouvoirs de la police ne fait qu'aggraver le problème. Le "arrêter et rechercher", par exemple, est un outil important. Mais, lorsqu'il est utilisé par une force de police sous-financée, il renforce le ressentiment des jeunes et le rejet nihiliste de la société adulte. Il en va de même pour les nouvelles ordonnances de prévention du crime au couteau, qui peuvent être imposées à toute personne connue ou soupçonnée d'être un porteur régulier de couteau. Ils peuvent impliquer des couvre-feux ou des interdictions d'association avec certaines personnes, et toute violation de ces ordonnances est une infraction pénale. Compte tenu du faible niveau de preuve requis dans les ordonnances de prévention des crimes commis au couteau, elles diluent les normes juridiques et criminalisent inutilement des pans entiers de jeunes.

L'appel aveugle à des lois plus strictes, comme le désir de tout blâmer sur le racisme « systémique », ne fera qu'ajouter au sentiment d'isolement et de victimisation qui permet au nihilisme meurtrier de prospérer en premier lieu.

C'est pourquoi il est urgent de développer la solidarité sociale. Ce n'est pas aussi abstrait qu'il y paraît. En tant qu'adultes, nous devrions tous assumer la responsabilité de socialiser les jeunes par le biais de réseaux de soutien informels, qu'il s'agisse d'offrir une expérience de travail ou de fournir toute sorte d'opportunité aux jeunes de se développer. De telles actions peuvent aider à forger des liens sociaux et nous aider à bâtir des communautés significatives.

Trop souvent, on suppose que les crimes commis avec un couteau et la violence des jeunes sont mieux résolus par quelqu'un d'autre - par l'État, par les éducateurs ou par la police. Mais, en réalité, nous pouvons faire beaucoup nous-mêmes pour créer les conditions nécessaires pour mettre fin à la violence.

Nous devons arrêter le massacre. Et nous devons démanteler la communauté morale alternative qui l'abrite. Cela nécessitera d'encourager un sentiment de solidarité sociale qui va au-delà de la couleur de la peau. Et surtout, il faudra regarder ces jeunes hommes dans les yeux et les prendre au sérieux en tant que nos concitoyens.

Le choix de l'émeute et de l'insurrection est celui des jeunes qui n'ont plus rien à perdre !

Les émeutes nous amène à nous poser une grande question : avons-nous l'énergie nécessaire pour donner à ces personnes l'enjeu qu'elles n'ont pas ?

Les reportages du Guardian sur les émeutes m'ont laissé une sensation d'énorme tristesse. Une grande partie de ce qui est rapporté ici reflète des vies dans lesquelles la colère et la dépression sont presque le paramètre par défaut, en raison d'une série de frustrations et d'humiliations. Trop de ces jeunes partent du principe qu'ils n'auront pas de relations ordinaires, humaines et respectueuses avec les adultes - en particulier avec ceux qui détiennent l'autorité, et surtout avec la police. Trop nombreux sont ceux qui vivent dans un monde où l'obsession des "bons" vêtements et accessoires - sur fond d'insécurité économique ou de simple privation - crée une atmosphère fiévreuse où le statut tombe et monte aussi soudainement et de manière aussi destructrice qu'un marché des changes : les bonnes vies sont des vies où la position de chacun dans une féroce hiérarchie darwinienne du style est temporairement assurée. Trop de gens pensent qu'ils n'ont rien à perdre parce qu'on leur dit pratiquement dès la naissance qu'ils n'ont aucune possibilité de carrière sérieuse.

Il est inutile de se demander si les émeutes étaient "politiques ou opportunistes. Il ne s'agit pas de personnes qui vivent avec complaisance dans une culture du tout m'est dû", ni, pour la plupart, de criminels convaincus. Ce ne sont pas non plus des héros de la protestation démocratique, la réponse britannique à la place Tahrir. Ce sont des gens qui aspirent vaguement mais fortement à quelque chose comme un emploi sûr, sans savoir où le chercher ; qui, dans l'ensemble, veulent appartenir à un groupe et vivre dans un climat où ils sont pris au sérieux en tant que travailleurs, en tant que citoyens - et en tant qu'individus dans le besoin ; et qui se sont habitués à être poussés en marge et à s'entendre dire qu'ils sont dispensables.

Il s'agit donc d'un programme politique au sens large, qui porte sur la manière dont nous organisons notre vie en société. Mais parce que beaucoup de ces personnes sont abîmées - par un environnement familial instable, par une éducation dispensée dans des conditions presque impossibles, par ce qui est ressenti comme une suspicion et une discrimination constantes - leur façon d'évacuer la tension est destructrice et chaotique. Il n'y a pas lieu d'être sentimental : ils font des choix effroyablement mauvais, égoïstes et à court terme. La question est de savoir pourquoi de tels choix semblent naturels ou inévitables pour un si grand nombre d'entre eux. Nous pouvons grimacer lorsque certains décrivent comment les émeutes leur ont apporté un sentiment de joie intense, de libération, de puissance. Mais nous devons nous demander quel est le genre de vie dans lequel les émotions sont exacerbées par la vue d'un magasin incendié ou d'un policier touché par une brique.

Il y a près de trois ans, la Children's Society a publié son rapport Good Childhood, une analyse minutieuse de ce que les jeunes considéraient comme un environnement épanouissant pour grandir. Ses conclusions étaient d'une simplicité dévastatrice. Les jeunes ont besoin d'amour. Ils ont besoin d'un cadre fiable pour leur vie, sur le plan émotionnel et social ; un cadre qui les aide à considérer certaines choses comme acquises, afin qu'ils sachent qu'ils n'ont pas à se battre sans cesse pour être reconnus. Nous devrions garder un œil attentif sur les pratiques de travail qui sapent ce principe et nous demander comment la loi et la société renforcent les bons types de stabilité familiale par la formation aux compétences parentales ainsi que par des activités et des soins extrascolaires de haute qualité. Nous devrions remettre en question une philosophie éducative trop absorbée par la réalisation d'objectifs pour former le caractère. Et nous devrions nous pencher longuement sur les hypothèses que nous inculquons à nos enfants concernant l'acquisition et le profit matériel individuel.

Les auteurs de ce rapport ont audacieusement refusé d'être à la mode négative à l'égard de la jeune génération, mais ils n'ont pas prétendu que tout allait bien.Les événements de l'été dernier auront incité nombre d'entre eux à dire "je vous l'avais bien dit". Mais lorsque les problèmes endémiques qu'ils ont identifiés sont combinés à l'impact d'un désespoir économique massif et à la perspective de niveaux records de chômage des jeunes, il n'est pas surprenant de voir des jeunes volatiles, chaotiques et sans racines évacuer leur frustration dans le genre de frénésie destructrice dont nous avons été témoins au mois d'août.

La conclusion qui s'impose est qu'il n'existe pas de cause unique que nous puissions traiter dans un laps de temps limité.Les solutions devront émerger lentement, au fur et à mesure que nous tenterons de réorienter toute une culture. Certains éléments de ce processus ne sont pas difficiles à identifier.Lorsque nous réfléchissons aux réductions des dépenses, nationales et locales, nous devons intégrer un "test de jeunesse" : quel sera leur impact mesurable sur les enfants et les jeunes ? Et si cet impact est problématique, qu'est-ce qui le compensera ? L'idée que la réduction des services à la jeunesse soit une véritable économie - sans parler de l'éthique - devrait être (mais ne l'est pas toujours dans la pratique) manifestement indéfendable.

Nous devons aider nos professionnels de l'éducation, qui sont soumis à de fortes pressions, à créer et à maintenir des environnements dans lesquels le caractère est formé et l'imagination nourrie, dans lesquels nous ne nous contentons pas d'élever les aspirations mais offrons également certains outils pour faire face à la déception et à l'échec de manière mature - une éducation des émotions est cruellement nécessaire dans une culture d'aspiration souvent vacillante.

Il est intéressant de constater que peu de personnes interrogées dans le cadre du projet ont identifié les mauvaises pratiques parentales comme étant à l'origine des problèmes. Vous pouvez dire : "Eh bien, ils ne le feraient pas, n'est-ce pas ?" Mais c'est passer à côté de l'essentiel. Nombreux sont ceux qui ont un respect sain, pour ne pas dire une inquiétude, pour le jugement que leurs parents pourraient porter sur eux. Certains ont admis que s'ils étaient parents, ils se sentiraient comme leurs propres parents. Mais ce qu'ils avaient appris à la maison était régulièrement remis en cause par ce que la société en général leur présentait - y compris le spectacle, dans de nombreux contextes en août dernier, d'adultes incitant les plus jeunes à se joindre à eux dans le pillage ou la violence. Comment pouvons-nous, en tant que société, soutenir les bonnes leçons apprises à la maison et montrer que nous voulons ce qu'une bonne famille veut - une attention et une affirmation mutuelles, une stabilité et une éducation émotionnelle, un sens de la valeur qui ne dépend pas des accessoires ?

Démoniser les jeunes volatiles et destructeurs ne sert à rien ; les criminaliser en bloc renforce une grande partie de ce qui produit le problème en premier lieu. Bien sûr, le crime doit être puni et des limites à un comportement acceptable doivent être fixées. Le système de justice pour mineurs a de bons antécédents en matière de justice réparatrice, qui confronte les personnes aux conséquences humaines de leurs actes. Nous disposons des outils nécessaires pour mettre en place autre chose que des sanctions vindicatives ou exemplaires.

La grande question que nous pose sur les émeutes est de savoir si, dans notre état d'anxiété actuel, avec l'inévitable austérité qui nous attend, nous avons l'énergie d'investir ce qu'il faut dans la famille, le quartier et l'école pour sauver ceux qui pensent qu'ils n'ont rien à perdre. Nous devons les persuader, tout simplement, qu'en tant que gouvernement et société civile, nous mettrons un peu d'intelligence et de compétence pour leur donner l'enjeu qu'ils n'ont pas. Sans cela, nous devrons faire face à de nouvelles flambées d'anarchie futile, dont nous serons tous, jeunes et vieux, les perdants.

Article traduit sur Spiked, The Guardian et Scientific American