Depuis que le Premier ministre français a annoncé solliciter la confiance à l’Assemblée nationale, une comparaison est agitée comme un épouvantail : la France pourrait plonger dans la crise comme la Grèce quand, surendettée à la fin des années 2000, elle ne pouvait plus honorer ses dépenses quotidiennes. S’en sont suivies des mesures d’austérité, composées de baisses des salaires et des retraites, hausse de la taxation, privatisations et suppression des conventions collectives. Certes, la dette publique française représente près de 114 % du PIB, soit la troisième plus importante de la zone euro derrière la Grèce (153 %) et l’Italie (138 %). Mais les deux situations sont-elles réellement comparables ?
La crise de la dette souveraine grecque qui a suivi l’effondrement mondial de 2008 se caractérisait par un ratio dette/PIB excessivement élevé, des déficits budgétaires, une faible croissance et une dépendance excessive vis-à-vis des recettes du secteur touristique. Aujourd’hui, les rumeurs vont bon train dans la zone euro selon lesquelles une crise similaire pourrait se profiler à l’horizon en France.Après la faillite de la banque Lehman Brothers, en 2008, Athènes est ébranlée par le séisme financier. Parallèlement, depuis des années, le gouvernement de Nouvelle Démocratie (droite conservatrice) maquillait les comptes publics pour respecter les critères de stabilité européens. Quand Giorgos Papandreou devient Premier ministre du Pasok (social-démocrate) fin 2009, il découvre la réalité. La dette réelle est d’au moins 120 % du PIB, et le déficit public de 15,4 % du PIB – celui de la France est aujourd’hui de 5,8 %. Athènes est attaquée par les marchés financiers. Ses taux d’emprunt explosent à plus de 10 % - la France emprunte actuellement à 3,4 %. Giorgos Papandreou signe donc un « mémorandum », un accord de prêt avec une troïka composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) en échange de réformes structurelles empreintes d’austérité. Un second accord sera signé en 2012, un troisième en 2015.
Le « remède » entraîne le pays dans une crise économique, sociale et démocratique. Le taux de chômage frôle les 30 % en 2014 ; un tiers de la population sombre dans la pauvreté. L’économie du pays chute de 25 % entre 2009 et 2015 quand Alexis Tsipras, le chef de la gauche grecque, remporte les élections avec son parti !
Avec son entrée dans la zone euro, la banque centrale grecque a perdu une grande partie de sa capacité à repousser le problème en imprimant de la monnaie. Les rendements des obligations à court et à long terme ont grimpé en flèche alors que la valeur de la dette grecque s'effondrait et que les investisseurs obligataires fuyaient vers des horizons plus cléments. Le défaut de paiement de la Grèce envers le FMI en 2015 s'est élevé à 1,6 milliard d'euros.
Le ratio dette/PIB de la France a explosé pendant la pandémie de coronavirus, et après avoir connu une baisse, il affiche désormais une tendance à la hausse et devrait dépasser les niveaux atteints pendant la crise sanitaire d’ici quelques années. L’économie française ne sait pas vraiment comment réagir aux promesses politiques de la gauche ou de la droite ; ainsi, les rumeurs d’une éventuelle crise de la dette sont loin de s’être tues, même si les marchés français, très volatils, connaissent actuellement un répit momentané.
Tous les regards sont tournés vers l’écart de rendement entre la France et l’Allemagne. Les rendements des obligations allemandes, considérées comme des « valeurs refuges », sont devenus la référence de la zone euro ; ainsi, la différence entre les rendements allemands et ceux des autres pays est désormais un indicateur de la tolérance au risque relative des investisseurs sur la dette souveraine européenne. La France et la Belgique étaient autrefois considérées comme des pays « centraux » à faible risque parmi les économies européennes, mais ce discours est en train de changer, à mesure que le problème des dépenses excessives est reconnu dans des pays autrefois considérés comme économiquement stables.
Parallèlement, les États-Unis sont confrontés à bon nombre des mêmes problèmes : déficits galopants, faible croissance, ratio dette/PIB en hausse et inflation élevée. Les États-Unis disposent également de davantage d’astuces pour repousser le problème à plus tard, mais de peu d’options pour le résoudre véritablement.
En 2010, le FMI a défini comme « insoutenable » un ratio dette/PIB d’une économie avancée avoisinant les 180 %. Officiellement, le ratio dette/PIB actuel des États-Unis n’est « que » d’environ 125 %. Mais, à l’instar de la Fed elle-même, les bailleurs de fonds internationaux tels que le FMI commencent à exprimer leur inquiétude face aux déficits budgétaires incontrôlables des grandes économies.
Le PIB à lui seul ne dit pas tout. Une grande partie du PIB américain repose sur le logement et le marché immobilier surendetté, un tigre de papier économique qui dépend entièrement des taux d’intérêt bas et de la création monétaire de la banque centrale. L’immobilier représentant entre 12 et 18 %, voire plus, du PIB selon les sources, le tableau n’est pas très rassurant. En Grèce, le secteur du tourisme était trop dominant pour résister à un choc économique. Aux États-Unis, c’est l’immobilier.
Il y a aussi cette vérité qui dérange : une inflation élevée peut faire apparaître le PIB nominal comme plus élevé, puisque la « valeur de marché » des biens de l’économie est plus élevée sur le papier. Lorsque les prix augmentent, cela peut gonfler les chiffres du PIB, même si la valeur de marché à elle seule n’a rien à voir avec la santé ou la mauvaise santé d’une économie. Bien sûr, les keynésiens insistent sur le fait que cela peut équivaloir à une croissance « réelle », et les économistes continuent de débattre pour savoir si un PIB élevé alimente une inflation élevée, ou l’inverse.
Les politiciens adorent dépenser le fric des autres, car cela leur donne bonne presse à court terme — et tout ce qui compte, c’est de remporter la prochaine élection. Mais qu’il s’agisse de la Grèce, de la France, du Japon ou des États-Unis, un pays ne peut s’endetter indéfiniment avant de sombrer dans un trou noir. Et les banques centrales ne peuvent repousser l’inévitable que pendant un certain temps. Ceci dit, la bombe à retardement est amorcée et quand ça va péter : bonjour les dégâts !
Article traduit sur Schiff Golf



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