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22 juillet 2017

Mission sur Mars, le programme spatial européen entre rêves et réalité

La mission "ExoMars" signe l'alliance de l'Europe et de la Russie dans l'exploration spatiale. Plongée au cœur d'un projet fascinant qui suscite fantasmes et controverses. 

Y a-t-il ou y a-t-il eu de la vie sur Mars ? La mission européenne "ExoMars", menée en coopération avec l'Agence spatiale russe Roscosmos, ambitionne de résoudre ce grand mystère. Après le lancement de l'atterrisseur Schiaparelli le 14 mars 2016, le programme compte envoyer en 2020 un robot capable de forer jusqu'à deux mètres de profondeur pour prélever des échantillons sur la planète. Objet de tous les fantasmes, Mars ne cesse d'attiser la curiosité des scientifiques de l'Agence spatiale européenne (ESA) avides de découvertes géologiques, mais aussi celle d'entreprises privées comme Space X. La société américaine, fondée par le milliardaire Elon Musk, repousse les limites de la technologie spatiale dans l'espoir d'installer des colonies sur la planète rouge.

Science-fiction

Tourné pendant la première phase cruciale de la mission ExoMars, ce documentaire dresse un état des lieux instructif des différents dispositifs techniques mis en œuvre pour assurer l'exploration humaine de Mars dans le futur. À la lumière du film de Ridley Scott, "Seul sur Mars," dans lequel un astronaute de la Nasa, Mark Watney (Matt Damon), est laissé pour mort sur le sol martien, les chercheurs examinent le réalisme de certaines des solutions imaginées par le héros pour survivre. Sans détours, "Mission Mars" revient aussi sur les difficultés financières qui ont sérieusement menacé la poursuite du programme russo-européen.

Le sable, enquête sur une disparition foudroyante

De Bombay à la Bretagne en passant par Dubaï, Tanger ou les Maldives, cette passionnante enquête écologique dévoile une urgence planétaire : la menace qui pèse sur le sable, ressource vitale dont le pillage s'accélère pour les besoins de la construction en béton. Avec pour conséquence principale l’érosion des littoraux.

On le trouve dans le béton, qui alimente, au rythme de deux tonnes par an et par être humain, un boom immobilier ininterrompu. Mais aussi dans les puces électroniques, le papier, le plastique, les peintures, les détergents, les cosmétiques… Ce sable que nous aimons fouler du pied ou laisser filer entre nos doigts s’est glissé à notre insu dans tous les interstices de notre quotidien. L’industrie le consomme en quantités croissantes, plus encore que le pétrole. Peut-être parce que, contrairement à l’or noir, cette matière première perçue comme inépuisable est restée à ce jour pratiquement gratuite. Alors que le sable des déserts est impropre à la construction, les groupes du bâtiment ont longtemps exploité les rivières et les carrières. Puis ils se sont tournés vers la mer, provoquant ce qui est en train de devenir une véritable catastrophe écologique.

Car le sable joue un rôle essentiel dans la protection des côtes et l’équilibre des écosystèmes marins. Les conséquences de cette surexploitation apparaissent peu à peu au grand jour. Petit à petit, les appétits économiques ont grignoté au moins 75 % des plages du monde et englouti des îles entières, en Indonésie et aux Maldives, tandis que Singapour ou Dubaï ne cessaient d’étendre leur territoire en important, parfois frauduleusement, du sable. Disparition des poissons, impact aggravé de l’érosion et des tempêtes, bords de mer devenus lunaires … : face aux timides régulations adoptées pour tenter de limiter le pillage, la "ruée vers le sable" (sand-run) s’est accélérée, sous l’égide d'entreprises multinationales et de mafias locales.

Marchands de sable

Par le biais d’une investigation méticuleuse, Denis Delestrac parvient à montrer une réalité connue alors uniquement des scientifiques et des défenseurs de l’environnement, mais aussi des professionnels des travaux publics – dont les explications accompagnent de saisissantes séquences tournées dans le monde entier. Ici, ce sont les "petites mains" des trafiquants de sable qui prélèvent leur butin, au vu et au su de tous, sur les plages de Tanger ou en plongeant dans l’eau transparente des Maldives, tandis que des marchands de sable réunis en congrès spéculent sur les juteux profits qu’ils vont engranger grâce à une ressource qui appartient à tous. Là, c’est l’État de Floride, qui, à grand renfort de dragueuses offshore et de bulldozers, renfloue ses plages en voie de disparition, contribuant ainsi à déséquilibrer davantage l’écosystème maritime qui a fait sa renommée touristique. De leur côté, les élus et la population des Côtes-d’Armor, en Bretagne, se mobilisent contre un nouveau projet de dragage. Une exception. S’il n’est pas trop tard pour agir, plaident les chercheurs et les militants écologistes, l'opinion publique, dont le soutien est indispensable pour infléchir la tendance, reste, en grande partie, largement inconsciente du phénomène.

21 juillet 2017

FLASH - Les gestionnaires de fonds redoutent un krach du marché obligataire

Les plus grands risques pour les marchés sont un krach obligataire mondial et une erreur des banques centrales, selon le baromètre de Bank of America Merrill Lynch (BofA).

En 2016, le sondage de BofA Merrill Lynch montre que les gestionnaires d'actifs identifient trois risques principaux: la valorisation élevée des obligations, la fragilité de l'UE et l'élection américaine.

L'anxiété augmente dans les rangs des gestionnaires d'actifs. D'après les résultats du sondage mensuel de Bank of America Merrill Lynch Global Research, le niveau de liquidités dans leurs portefeuilles n'avait plus été aussi élevé depuis juillet, juste après le vote des Britanniques en faveur d'une sortie de leur pays de l'Union européenne. Et avant cette statistique intimement liée au Brexit, il faut remonter à l'automne 2001 pour observer une telle quantité d'argent conservée en cash parmi les gérants des fonds.

"Nerfs à rude épreuve"

"Les niveaux de cash ont bondi de 5,5% en septembre à 5,8% ce mois-ci", précise BofA Merrill Lynch qui ajoute que ce pourcentage élevé est le reflet des craintes des investisseurs au sujet "d'une désintégration de l'Union européenne, d'un krach obligataire et d'une victoire républicaine dans la course à la Maison-Blanche". Les politiques monétaires ultra-accommodantes menées par les grandes banques centrales ces dernières années ont largement soutenu les cours obligataires. À présent qu'une sortie progressive de ces mesures exceptionnelles est évoquée (en Europe) ou est en cours (aux Etats-Unis), les investisseurs craignent un brusque retournement du marché des obligations. Jusqu'à présent, on n'a toutefois observé qu'une légère tension, très progressive, des taux d'intérêt.

Néanmoins, "les niveaux de liquidités de ce mois indiquent que les investisseurs sont pessimistes, signale Michael Hartnett, chef de la stratégie d'investissement chez BofA Merrill Lynch. La peur d'un krach obligataire met les nerfs à rude épreuve". Il souligne aussi les inquiétudes au sujet de l'avenir de l'Union européenne, après le vote en faveur du Brexit. Toutefois, "bien que les investisseurs considèrent une désintégration de l'UE comme un grand risque de perte, les gestionnaires de fonds européens sondés sont plus optimistes au sujet des perspectives de croissance économique de la zone euro et attendent une inflation plus élevée", nuance Manish Kabra, stratégiste en actions européennes chez BofA Merrill Lynch.

Parmi les gestionnaires d'actifs, les matières premières retrouvent la cote, signale encore le sondage. "Avec des anticipations d'inflation à leur plus haut niveau en 16 mois et la perception que les valorisations des actions et des obligations des marchés développés sont à des niveaux records, les investisseurs ne sous-pondèrent plus les matières premières pour la première fois depuis décembre 2012", détaille BofA Merrill Lynch.

Par rapport au mois de septembre, les gestionnaires ont réduit leurs investissements dans les valeurs des soins de santé et de la pharmacie, dans les sociétés immobilières et dans les obligations. Ils ont par contre augmenté leur exposition aux valeurs bancaires et de l'assurance, aux matières premières et aux marchés émergents.

Concernant ces derniers, BofA Merrill Lynch précise que l'allocation en actions émergentes a atteint son plus haut niveau de surpondération en trois ans et demi.

Source : L'Echo.be

20 juillet 2017

Pompiers de Marseille : des héros au coeur de l'incendie du siècle

"L'apocalypse !". C'est ainsi que les pompiers ont qualifié "l'incendie du siècle" qui a ravagé le Nord de Marseille l'été dernier. Pendant plus d'une semaine, près de 1800 pompiers ont lutté sans relâche contre un incendie gigantesque : des flammes jusqu'à 30 mètres de haut, de véritables murs de feu, des vents tourbillonnants et des départs d'incendie à plusieurs endroits simultanément... Les soldats du feu ont parfois dû prendre tous les risques, au milieu d'une véritable fournaise, pour tenter de sauver certaines maisons isolées au coeur de la garrigue prises au piège entre les flammes. Surtout, certains pompiers ont dû risquer leur vie pour empêcher l'incendie de fondre sur la ville. Face au brasier, ils se sont posés comme l'ultime rempart entre les premiers quartiers de Marseille et les flammes. Tous étaient avec les pompiers lorsque l'incendie s'est déclaré. Exceptionnellement, tous ont donc pu suivre de l'intérieur leur combat contre cet incendie hors-norme. Un combat jusqu'à l'épuisement pour des héros prêts à donner leur vie pour sauver celles des autres..
https://rutube.ru/video/ce1d68109b2319d337c0227eaf06b54b/

19 juillet 2017

FLASH - La France endettée à 2,2 trillions d'euros !

Selon Atlantico, qui lâche un édito au vitriol, le pays est mal géré et la politique actuelle fait des arrangements budgétaires (et voilà les petits secrets scandaleux qui maquillent la réalité budgétaire de la France). Si ça continue, la France pourrait finir comme la Grèce et la dette publique française est une bombe à retardement prête à nous péter à la gueule !

La dette publique de la France a augmenté de 62,3 milliards d’euros au premier trimestre pour atteindre 2 209,6 milliards fin mars, soit 98,9 % du PIB, selon les statistiques publiées ce vendredi par l'Insee.

62,3 milliards d’euros. C’est le montant de l’augmentation de la dette publique française au cours du premier trimestre de l’année, selon les statistiques dévoilées, ce vendredi, par l'Insee. Elle a atteint 2 209,6 milliards d’euros fin mars. Soit 98,9 % du Produit intérieur brut (PIB). Ce ratio a ainsi grimpé de 2,6 points par rapport à la fin de l’année 2016, où il culminait à 96,3 %.

La seule dette de l’État a augmenté de 49,5 milliards d’euros sur le premier trimestre pour s’élever à 1 759,4 milliards, précise l'Insee. Outre la dette de l’État, la dette publique au sens de Maastricht inclut celles des administrations de sécurité sociale (qui ont augmenté de 15,1 milliards, à 240,1 milliards fin mars), des administrations publiques locales (qui ont baissé de 1,2 milliard, à 198,4 milliards fin mars) et des organismes divers d’administration centrale (qui ont baissé d’un milliard, à 11,7 milliards fin mars).

Le déficit aussi est annoncé à la hausse

Ce jeudi, c’est une hausse du déficit à 3,2 % du PIB qui a été annoncée par la Cour des comptes, avec notamment 8 milliards d’euros supplémentaires par rapport aux prévisions.

Pour rappel, selon les définitions du gouvernement, le déficit budgétaire est la situation dans laquelle les recettes de l’État sont inférieures aux dépenses. Il s’agit donc d’un solde négatif. Pour financer son déficit, l’État est obligé d’emprunter. C’est là qu’intervient la dette. Elle se définit comme l’ensemble des emprunts effectués par l’État, dont le montant total résulte de l’accumulation des déficits.

Source : Ouest France








13 juillet 2017

FLASH - 10 ans après la crise financière, craintes d'un nouveau choc

Le constat est sans appel, l'économie mondiale est à deux doigts d'imploser ! Vous voilà prévenus !

Explosion de la dette, taux d'intérêt bas, créances douteuses : les excès de la finance ravivent, chez les experts réunis aux rencontres économiques d'Aix-en-Provence, les craintes d'un nouveau choc, dix ans après une crise qui a bouleversé la planète.

"Il y aura une nouvelle crise, je ne sais pas quand, mais ce dont je suis sûr c'est qu'elle pourrait être un évènement dramatique pour notre style de vie, pour la démocratie et les valeurs libérales", a mis en garde Paul Tucker, ancien vice-gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE).

La question d'un possible nouveau choc mondial, lié aux nouvelles menaces pesant sur le secteur financier, revient régulièrement sur le devant de la scène, bien que la reprise économique mondiale soit sur la bonne voie.

Encore mercredi, le Fonds monétaire international (FMI) a alerté sur les "risques négatifs que peuvent représenter pour l'économie globale et l'incertitude sur les politiques dans les économies avancées mais aussi les vulnérabilités du secteur financier et un soudain durcissement des conditions financières".

"Prise de risque excessive"

A l'été 2007, l'effondrement aux Etats-Unis du secteur immobilier et plus particulièrement des prêts immobiliers à risque "subprime", avait donné naissance à l'une des plus graves crises financières du siècle.

Mais dix ans après, "mis à part le fait qu'on ait plus de régulation aujourd'hui, la situation est pire d'un point de vue macroéconomique", a soutenu Alfonso Prat-Gay, ancien ministre argentin des Finances et du Budget.

"Les prix de l'immobilier aux Etats-Unis sont revenus à des pics", a-t-il poursuivi, tandis que "les niveaux d'endettement aussi bien dans le secteur public que privé" atteignent des sommets.

En France, l'endettement des sociétés françaises non financières est ainsi passé en 10 ans de l'équivalent de 50 % à 70 % du produit intérieur brut (PIB), a affirmé lundi l'Autorité des marchés financiers. "Une exception en Europe" qui pourrait se traduire par des problèmes de solvabilité en cas de remontée des taux ou de choc sur l'économie".

Parmi les autres ombres au tableau citées par les experts, "la décennie de taux d'intérêt quasiment nuls a conduit à une prise de risque excessive par certains acteurs, par une survalorisation de certains marchés boursiers", a commenté pour sa part Catherine Lubochinsky, du Cercle des économistes, groupe de réflexion organisant l'événement.

"Mais paradoxalement, on peut aussi s'inquiéter d'une remontée des taux d'intérêt et de son impact" sur la stabilité économique et politique de certains pays.

Dans ce panorama pessimiste, les tentatives pour limiter les excès de la finance et se prémunir de prochaines crises ont toutefois permis quelques avancées, a rappelé Bruno Angles, président du Crédit Suisse pour la France et la Belgique.

Ainsi, "les exigences en fonds propres des banques ont été considérablement renforcées sur l'incitation des régulateurs, et les mécanismes de résolution européens, comme par exemple le fonds de résolution unique (FRU) permettent d'apporter des éléments de réponse à la problématique des établissements +too big to fail+" ("trop gros pour faire faillite") dont la chute pourrait déstabiliser l'ensemble du système financier.

Croissance et inflation

Dans ce contexte d'incertitudes, seules la croissance et une dose d'inflation sont capables sur le long terme de prévenir de futures crises, a avancé Yves Perrier, le patron de la société de gestion d'actifs Amundi. "On ne résorbe pas un excès de dettes tel qu'on l'a aujourd'hui par des seules mesures d'austérité", prévient-il.

Si les prémices d'une nouvelle crise financière sont déjà apparentes pour certains, des spécialistes, comme Jean-Michel Charpin, du Cercle des économistes, ont dans le viseur d'autres sources d'instabilité.

Si une crise doit éclater, "elle viendra d'ailleurs", a affirmé l'économiste français.

Selon lui, "les sources d'instabilité dans le monde sont multiples, aussi bien sur le plan géopolitique avec la tentation de fermeture de la part de certaines populations qui peuvent donner naissance à des tensions considérables", alors que l'Europe en particulier est traversée par une montée des populismes.

Source : AFP via Le Point

11 juillet 2017

Quand le système est corrompu et certains le défendent !

Comment se fait-il que les personnes défendent et appuient des systèmes sociaux (gouvernements, institutions, entreprises...) qui s'avèrent injustes, incompétents et corrompus ?

Pourquoi est-ce que nous nous occupons d'un système ou d'une institution dans lequel nous vivons - un gouvernement, une entreprise ou une institution - même si quelqu'un d'autre peut le constater que c'est en train d'échouer de façon misérable ? Pourquoi résistons-nous au changement même si le système est corrompu ou injuste ? Un nouvel article dans Current Directions in Psychological Science, un journal publié par l'Association for Psychological Science, met en lumière les conditions dans lesquelles nous sommes motivés à défendre le statu quo - un processus appelé "justification du système".

"La justification du système n'est pas la même que l'acquiescement," explique Aaron C. Kay, une psychologue à la Fuqua School of Business de l'Université Duke et le Département de psychologie et des neurosciences, co-auteur du document avec l'étudiant diplômé de l'Université de Waterloo, Justin Friesen. "C'est pro-actif. Quand quelqu'un vient justifier le statu quo, ils viennent aussi le voir comme ce devrait être."

En examinant les études de laboratoire et les études transnationales, le document illustre quatre situations qui favorisent la justification du système: menace du système, dépendance du système, incessibilité du système et faible contrôle personnel.

Lorsque nous sommes menacés, nous nous défendons - et nos systèmes. Avant le 11 septembre, par exemple, le président George W. Bush coulait dans les sondages. Mais dès que les avions ont frappé le World Trade Center, la popularité du président a grimpé en flèche ainsi que le soutien au Congrès et à la police. Pendant l'ouragan Katrina, l'Amérique a été témoin de l'échec spectaculaire de la FEMA à sauver les victimes de l'ouragan. Pourtant, de nombreuses personnes ont accusé ces victimes de leur sort plutôt que d'admettre que l'agence a flanqué et appuyé des idées pour la corriger. En temps de crise, disons les auteurs, nous voulons croire que le système fonctionne.

Nous défendons également les systèmes sur lesquels nous comptons. Dans une expérience, les étudiants se sont sentis dépendants de leur université, ont défendu une politique de financement scolaire, mais ont désapprouvé la même politique si elles provenaient du gouvernement, ce qu'ils ne considéraient pas comme les affectant de près. Cependant, s'ils se sentaient dépendants du gouvernement, ils ont aimé la politique qui en découle, mais pas de l'école.

Lorsque nous estimons que nous ne pouvons pas échapper à un système, nous nous adaptons. Cela implique de se sentir bien sur les choses que nous pourrions considérer comme indésirables. Les auteurs notent une étude dans laquelle les participants ont dit que les salaires des hommes dans leur pays sont de 20% supérieurs à ceux des femmes. Plutôt que d'impliquer un système injuste, ceux qui ont estimé qu'ils ne pouvaient pas émigrer criaient l'écart salarial aux différences innées entre les sexes. "Vous penseriez que lorsque les personnes seraient bloqués avec un système, ils voudraient le changer davantage", explique Kay. Mais en fait, plus ils sont bloqués, plus ils sont susceptibles d'expliquer ses lacunes. Enfin, un phénomène lié : moins les personnes ont le contrôle sur leur propre vie, plus ils soutiennent les systèmes et les dirigeants qui offrent un sens de l'ordre.

La recherche sur la justification du système peut éclairer ceux qui sont frustrés quand les personnes ne montent pas dans ce qui semble leur propre intérêt. Kay dit : "Si vous voulez comprendre comment obtenir le changement social se produire, vous devez comprendre les conditions qui rendent les personnes résistantes au changement et ce qui les rend ouverts à reconnaître que le changement pourrait être une nécessité."

Article traduit sur APS

10 juillet 2017

FLASH - Politique budgétaire: derrière le flou, l'austérité !

Dans son discours de politique générale, le premier ministre n'est pas entré dans le détail des moyens d'ajuster le budget 2017. Mais il a énoncé une série d'objectifs qui présage d'un fort tour de vis budgétaire. Les réformes seront donc accompagnées d'austérité, et la question du financement du plan d'investissement et d'autres promesses se pose avec acuité. Un choix politique risqué.

C'était le point sur lequel Édouard Philippe était très attendu lors de ce discours de politique générale : sa stratégie budgétaire. L’audit de la Cour des comptes publié le 29 juin avait donné le ton d’une dramatisation à outrance, ouvrant la voie à des coupes dans les dépenses publiques. Le premier ministre a repris ce discours à l’envi, insistant sur le poids de la dette dans le budget, multipliant les chiffres et agitant la menace d’une hausse des taux. Mais au-delà des grands discours assez traditionnels fustigeant la dette publique, les propos du chef du gouvernement sont demeurés très flous.

Ainsi, sur l’année 2017, Édouard Philippe a indiqué sa volonté de faire passer le déficit public « sous la barre des 3 % du PIB », ce qui est légèrement plus ambitieux que l’objectif indiqué lors de la déclaration du 29 juin, qui promettait de « contenir le déficit à 3 % » du PIB. Une inflexion qui n’est pas sans conséquence.

La Cour des comptes a indiqué dans son audit que, à politique inchangée, le déficit devrait se situer à 3,2 % du PIB. Pour parvenir à 3 %, il faut trouver 5 à 6 milliards d’euros. Pour parvenir à 2,8 % du PIB de déficit public, objectif inscrit dans le budget 2017, il faut trouver 8 milliards d’euros. Si Édouard Philippe entend aller donc plus loin que les 3 % du PIB de déficit public, il va lui falloir trouver des sources d’économies supplémentaires. Or, le discours du premier ministre n’a indiqué aucune mesure concrète pour cette année. On n'en est resté qu’à des généralités qui ne permettent guère de comprendre où le gouvernement entendra trouver les moyens de ses ambitions.

Ceci semble confirmer le choix d’une méthode qui avait pourtant été beaucoup critiquée par les partisans d’Emmanuel Macron, non sans raison, celui du « rabot » des crédits des ministères jusqu’à ce que l’objectif soit atteint. Selon Les Échos de ce jour, aucun poste budgétaire, pas même la défense et la sécurité, ne devrait être épargné.

Pour le reste, on sait que la pression budgétaire ne cessera pas avec le budget 2017. Bruxelles impose une baisse de 0,5 point du déficit structurel chaque année, même une fois l’objectif des 3 % atteint. Et, de ce point de vue, Édouard Philippe s’est montré ambitieux à défaut d’être précis. Le gouvernement présentera en septembre, non seulement le projet de loi de finances sur 2018, mais aussi un programme de trajectoire sur l’ensemble du quinquennat qui devrait donc se substituer au « programme de stabilité » présenté en avril par le précédent gouvernement. Le chef du gouvernement a donné quelques lignes directrices fortes de cette stratégie. D’ici à la fin du quinquennat, la dépense publique devra baisser de 3 points de PIB et les prélèvements obligatoires d’un point de PIB. Quatre points de PIB d’effort budgétaire sur cinq ans, qui passera donc par le retour à l’équilibre du budget de la Sécurité sociale en 2020.

Pour parvenir à cette baisse de la dépense publique, le gouvernement suit les préconisations de la Cour des comptes, qui avait indiqué qu’un gel des dépenses publiques en volume, c’est-à-dire hors inflation, était nécessaire pour y parvenir. Ce sera une inflexion majeure dans la politique budgétaire du pays. Le programme de stabilité présenté en avril prévoyait en effet le maintien d’un rythme de croissance de 0,9 % des dépenses publiques en volume sur les cinq prochaines années. Compte tenu du fait qu’une grande partie des dépenses évoluent en lien avec l’inflation, il faudra donc baisser concrètement les dépenses qui ne le sont pas. Ceci devrait constituer, selon les chiffres des Échos citant des sources gouvernementales, « 15 à 20 milliards d’euros » d’économies sur la seule année 2018. Un montant d’économies colossal qui devrait passer par des coupes majeures.

Et c’est ici que le discours du premier ministre demeure on ne peut plus flou. Édouard Philippe s’est bien gardé de dire comment il allait mener cette ambition budgétaire. Une ambition d’autant plus délicate qu’elle s’accompagne du renouvellement de plusieurs promesses de campagne du candidat Macron. Certes, la transformation du CICE en baisse de cotisations, qui induit une « année double » et donc un surcoût de près de 20 milliards d’euros, est reportée à 2019. Certes, la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en un impôt sur le patrimoine immobilier est aussi reportée à 2019. Certes encore, la réforme de la taxe d'habitation est reportée également à plus tard, sans doute à la fin du quinquennat. Toutes les réformes coûteuses auront donc lieu plus tard.

Mais si l’exercice budgétaire 2018 est relativement préservé, qui peut croire que l’exercice 2019 pourra supporter ces surcharges, alors que la contrainte de baisse du déficit structurel et des objectifs à cinq ans du gouvernement exerceront toujours la même pression ? Et comment seront financées les autres promesses d’Édouard Philippe concernant la baisse de l’impôt sur les sociétés de 33,3 % à 25 % d’ici à 2022, le fameux plan d’investissement (dont on s’est gardé de donner un calendrier) ou la montée à 2 % du PIB de la défense en 2025 ? C’est en fait repousser à plus tard de nouveaux renoncements ou, pire, de nouvelles coupes pour compenser ces mesures.

Libéralisation économique et austérité budgétaire

In fine, ce qui ressort du flou de ce discours de politique générale, c’est l’ambition de mener une politique d’austérité dont l’ampleur sera sans doute réajustée en fonction de l’évolution de la croissance d’ici deux ans. Mais le cœur du problème reste le même et Édouard Philippe s’est bien gardé de l’aborder. Si le gouvernement veut respecter ses engagements budgétaires, il devra nécessairement se montrer moins ambitieux ailleurs. Or, pour le moment, la politique officielle du gouvernement demeure celle, totalement irraisonnable, de conserver toutes les promesses dans un contexte de tour de vis budgétaire généralisé.

Le premier ministre a, cependant, esquissé quelques pistes. Certes, il y a la volonté d’utiliser le numérique, véritable serpent de mer des politiques publiques dans lequel on place souvent beaucoup trop d’espoir. La volonté affichée par Édouard Philippe de s’inspirer de l’Estonie, pays d’un million d’habitants, n’est de ce point de vue au mieux qu’une figure de style, au pire qu’un écran de fumée. Le retrait de l’État de certains domaines, idée chère aux libéraux, a été également évoqué. La vraie politique pour parvenir à ces objectifs ne pourra être qu’une politique de coupes dans les dépenses. Et Édouard Philippe l’a, du reste, laissé entendre. Entre les lignes, bien sûr.

Il a ainsi indiqué vouloir « stopper l’inflation » de la masse salariale de l’État, ce qui supposera sans doute une politique de non-remplacement des départs à la retraite, dans la lignée de ce qui avait été engagé, sans vrai succès d’ailleurs, par Nicolas Sarkozy. Il a également insisté sur l’inefficacité de plusieurs politiques publiques, notamment celle du logement, directement citée et dans le viseur de la Cour des comptes. Or, le logement est un poste important du budget de l’État (18 milliards d’euros). Sans doute Édouard Philippe compte-t-il sur la politique de dérégulation des permis de construire, qu’il a aussi annoncée, pour compenser d’éventuelles coupes dans ce budget. Mais il faut souligner que le logement social soutenu par la puissance publique, ou les aides aux logement, n’ont pas la même fonction que les constructions « marchandes ». À moins que, comme dans les États-Unis des années 2000, on ne cherche à donner accès à la propriété aux plus pauvres, quitte à les endetter…

Autre poste visé implicitement : la dépense sociale. En annonçant le retour à l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale en 2020, il a en réalité annoncé de vastes économies, qui ne passeront que par des baisses de prestations. Du reste, le premier ministre a affirmé vouloir proscrire à l’avenir les déficits des comptes sociaux. Ce qui signifie là aussi, nécessairement, un recul des transferts sociaux et des prestations. C’est d'ailleurs certainement sur ce poste que l’effort portera principalement. Sans doute y aura-t-il un transfert de certains domaines vers le privé, idée chère aux libéraux français et évoquée brièvement par le chef de l’exécutif, qui a prôné « d’arrêter ce que d’autres font mieux ». Une « privatisation » partielle ou complète de certaines couvertures sociales n’est donc pas à exclure. Mais là encore, on le voit, le flou est total.

Si l’on est resté sur sa faim concernant le détail des mesures budgétaires, surtout pour 2017, ce qui pourrait être le signe d’une absence de décisions gouvernementales sur le sujet pour l’instant, les grandes lignes de la politique de l’exécutif en matière budgétaire sont d’ores et déjà claires : il s’agit bel et bien d’une politique d’austérité dont l’ampleur dépendra et de la croissance, et de la détermination à imposer certaines promesses de campagne du président de la République.

Désormais, la politique économique du gouvernement semble donc devenir claire : il allie une politique de libéralisation économique, du marché du travail notamment, à une austérité budgétaire. En juin 2016, le FMI avait défini cet ensemble de politiques de « néolibéralisme ». Et il avait jugé que leurs réalisations, fort à la mode de 1980 à 2010, étaient largement surévaluées. Les experts du Fonds de Washington avaient appelé à une « vision plus nuancée de ce que l’agenda néolibéral est capable de réaliser ». Ils insistaient sur la production d’inégalités fortes, sur la volatilité croissante de l’économie, sur les résultats décevants en termes de croissance. Une analyse que beaucoup d’autres économistes ont engagée et développée.

À l'heure d'une reprise fragile, le gouvernement français, qui se targue pourtant de « dire la vérité » et de « faire face au réel », ignore superbement ces mises en garde et réflexions. Son agenda en est, dès lors, fort préoccupant.

Source : Mediapart

9 juillet 2017

FLASH - Un échantillon de peste retrouvé à l’extérieur d’un laboratoire du Pentagone

On se demande bien pourquoi les armées occidentales passent leur temps à manipuler des virus pathogènes extrêmement dangereux en essayant de les rendre encore plus dangereux puis tout d’un coup, comme par magie, ces virus disparaissent dans la nature… Ce n’est pas la première fois que ça arrive, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. La plus grande menace contre l’humanité aujourd’hui est bien l’armement militaire occidental qui joue avec la survie de l’humanité chaque seconde, c’est le vrai et unique terrorisme actuel, 1 million de fois plus dangereux que Daech, Al Qaïda, Al-Nosra…

La peste fait de nouveau parler d’elle outre-Atlantique. Peu après la contamination de deux touristes en août dernier, un échantillon de bacille de peste a été retrouvé dans une enceinte non confinée du laboratoire militaire chimique et biologique d’Edgewood (Maryland, Est) a-t-on appris jeudi du Pentagone. En cause, un problème d’étiquetage.

Pas de risque pour la santé des civils selon les experts

Selon un porte-parole, les inspecteurs des Centres de contrôle et de prévention (CDC), organisme fédéral de santé publique ont retrouvé cet échantillon dans un réfrigérateur.

« Le CDC a soulevé la question de savoir s’il s’agissait d’une substance infectieuse ou non infectieuse », a déclaré le porte-parole qui souligne que d’après des tests pratiqués par l’armée de terre américaine [propriétaire du laboratoire], la substance ne l’était pas. Ce dernier précise également qu’un « test supplémentaire est en cours » pour vérifier l’information.

Par ailleurs, le porte-parole a fait part des doutes existants sur la gestion d’autres échantillons d’encéphalite équine. Pour autant, les experts du CDC estiment, selon lui, qu’il n’y a pas de risque pour la santé des employés du laboratoire ou pour le public en général.

Etats-Unis : Une bactérie mortelle « s’échappe » d’un laboratoire de Louisiane

Selon USA Today, l'incident serait survenu au plus tard, en novembre 2014 au National Primate Research Center de Tulane, situé à 80 kilomètres de La Nouvelle-Orléans. Selon le quotidien, c'est à cette époque qu'une dangereuse bactérie, souvent mortelle, se serait, en effet, « retrouvée à l'extérieur du laboratoire du centre de recherche de haute sécurité ».

Les autorités, qui cherchent aujourd'hui encore à savoir comment cette bactérie a pu «s'échapper», ont affirmé que la population ne courait aucun risque bien que l'étendue de la contamination reste inconnue.

La bactérie en question est appelée Burkholderia pseudomallei ou bacille de Whitmore. On la trouve principalement en Asie du sud-est et dans le nord de l'Australie.

Classée dans la catégorie des agents pouvant être utilisés pour le bioterrorisme, la bactérie peut se transmettre à l'homme et à l'animal par contact avec un sol ou de l'eau contaminé. Centre de haute sécurité, le laboratoire de Tulane travaillait sur un vaccin.

Quatre singes et une inspectrice contaminés

Bien que le bacille n'ait pas été détecté sur les terrains appartenant au centre, les autorités rapportent que quatre singes rhésus, gardés dans des enclos extérieurs, sont tombés malades. Une inspectrice fédérale aurait également été contaminée après avoir visité le centre, mais il est possible qu'elle ait été exposée à la bactérie lors de précédents voyages à l'étranger.

Andrew Lackner, directeur du centre de recherche, a indiqué que 39 échantillons de sol et 13 échantillons d'eau provenant des terrains de l'établissement avaient été testés, sans qu'aucune trace de la bactérie ne soit détectée. Selon USA Today, trop peu d'échantillons ont été testés pour que cette dernière, difficile à détecter, puisse être trouvée.

De précédentes défaillances en matière de sécurité mises au jour

Pour rappel, les inspections récentes faisaient suite à la découverte au printemps d’échantillons de bacilles de la maladie du charbon mal inactivés expédiés par le laboratoire militaire de Dugway (Utah, Ouest). Une affaire qui a conduit le Pentagone à décréter un moratoire sur la production et l’expédition des substances biologiques sur ces sites, et une révision générale des procédures de sécurité dans ses laboratoires.

Le laboratoire de Dugway (Utah) a expédié pendant près de 10 ans, dans 194 laboratoires des Etats-Unis et de neuf pays étrangers, des échantillons de bacilles du charbon mal inactivés. Aucune contamination humaine n’a été décelée. Un nouveau rapport sur cette affaire doit être publié en octobre, a rappelé Peter Cook.

A noter que la peste est une maladie rare et dangereuse qui peut être mortelle si elle n’est pas traitée

Faut-il s'inquiéter du retour de la peste ?

Elle a déjà causé la mort de trois personnes. Si la peste n’a jamais été éradiquée des Etats-Unis, elle fait en ce moment un nombre élevé de victimes. 20 Minutes fait le point.
  • Que se passe-t-il ?
Depuis 2001, la peste frappe chaque année environ trois personnes aux Etats-Unis mais, ces cinq derniers mois, onze personnes ont été touchées et trois en sont mortes – elles étaient âgées de 16, 52 et 79 ans. C’est dans l’ouest du pays que les cas ont été répertoriés. Deux touristes ont notamment été contaminés dans le parc national de Yosemite (Californie), l’un des plus populaires des Etats-Unis avec quatre millions de visiteurs par an.
  • La peste, c’est quoi ?
Une maladie causée par une bactérie, la Yersinia pestis – baptisée ainsi parce qu’elle a été découverte par Alexandre Yersin, un Franco-Suisse, en 1894. « Si la peste se transmet en Europe par les puces des rats, elle est véhiculée aux Etats-Unis par les puces des rongeurs, notamment celles des écureuils, qui pullulent dans les parcs nationaux », explique Elisabeth Carniel, responsable de l’unité de recherche sur la peste à l’Institut Pasteur. Lorsque son hôte meurt, la puce contaminée cherche une nouvelle cible et peut piquer l’homme. Pour limiter l’épidémie, les autorités sanitaires américaines ont décidé de traiter tous les repaires de rongeurs avec un antipuces. La peste peut aussi se transmettre lors d’un contact avec une personne ou un animal infecté (chien, chat, etc.).
  • Quels sont les symptômes ?
Ils se manifestent « un à deux jours, voire une semaine après la piqûre », précise Elisabeth Carniel. Le malade est saisi d’une fièvre modérée, qui s’amplifie. Un bubon - une grosse boule douloureuse - va se former à l’aine, si la personne a été piquée à la jambe, à l’aisselle si elle a été piquée au bras ou encore au cou, si elle a été piquée à la tête. L’infection se répand dans le corps à travers le sang, c’est la septicémie, suivie de la mort. Elle survient au bout de quelques jours, voire d’une semaine. La peste se soigne facilement grâce à des antibiotiques… A condition que le patient soit pris en charge à temps, c’est-à-dire avant l’infection généralisée. Le taux de mortalité est d’environ 20 %.
  • Pourquoi la peste revient-elle ?
La peste n’a jamais été éradiquée. Si elle fait davantage de victimes cette année, c’est parce qu’il y a cet été, du fait des conditions climatiques favorables, une expansion de la population des rongeurs : « Comme ils sont plus nombreux, la bactérie se propage davantage et elle a plus de probabilité d’entrer en contact avec des êtres humains », analyse Elisabeth Carniel. « Certaines études démontrent que l’actuel réchauffement climatique est favorable à une résurgence de la peste sur la planète », ajoute l’experte.
  • La peste peut-elle se propager en France ?
« La maladie peut arriver en France, importée soit par des humains en phase d’incubation, soit par des rongeurs infectés qui auraient voyagé par bateaux. Mais la transmission s’arrêterait vite », assure Elisabeth Carniel. D’abord parce que la peste fait partie des maladies à déclaration obligatoire auprès des agences régionales de santé . « Je ne crois pas à une épidémie comme celle qui a sévi au Moyen-Age », poursuit l’experte. A cette époque, la peste avait décimé 40 % de la population française. « La dernière épidémie de peste en France remonte à 1920 et le dernier cas de peste a été recensé en Corse en 1945 », rappelle Elisabeth Carniel.
  • Peut-on se prémunir de la peste ?
S’il n’existe pas de vaccin, des antibiotiques prophylactiques (de prévention) sont commercialisés, mais ils sont administrés seulement à l’entourage proche des personnes infectées. « Si vous visitez un parc naturel américain, vous pouvez porter aux chevilles des colliers antipuces pour animaux domestiques, mais il ne faut pas les garder longtemps car ils peuvent être irritants. Il est recommandé de porter des manches longues et des pantalons, ce qui n’est pas toujours facile à supporter avec la chaleur… Mon principal conseil est de ne surtout pas s’approcher d’un rongeur mort », conclut Elisabeth Carniel.

Source : 20 Minutes via Le Libre Penseur (2015)

7 juillet 2017

FLASH - Basculer de Mac OS X à Linux, c'est un jeu d'enfant !

Cet article décrit comment un utilisateur de Mac OS X bascule sur Linux et sauve son iMac de la benne. Merci Apple qui est le champion de l'obsolescence programmé avec Samsung et Microsoft. Si vous avez un vieux Mac, passez à Linux pour lui donner une seconde vie et ce que j'ai fait quand XP et Vista ont été mis à la retraite. Le fait de passer à Linux vous fera économiser du pognon et les ressources naturelles qui s'épuisent très rapidement.

Aujourd’hui, pour changer, c’est un article un petit peu atypique que j’avais envie d’écrire, puisqu’il ne s’agira ni de livres, ni de cuisine, mais purement et simplement de mon outil de travail, à savoir mon iMac.

J’ai depuis maintenant 5 ans un iMac 27 pouces dont j’étais, jusqu’il y a peu, très satisfait : j’avais mis pour l’acheter toutes mes économies, et j’étais plutôt fier, à l’époque, de me débarrasser de ma vieille tourelle sous Windows pour cet ordinateur qui, en plus d’être beau, était particulièrement performant.

Mon iMac, c’est un peu le compagnon de route sur lequel j’ai développé toute la restructuration de toute ma vie professionnelle, vous voyez… C’est sur lui que j’ai créé L’Ivre de Lire, mon tout premier blog devenu aujourd’hui une des plus importantes plateformes littéraires ! C’est aussi avec lui que j’ai créé mon entreprise, Storytelling.fr, et que, pour finir, j’ai pensé l’architecture du blog que vous êtes en train de lire, In Wonderland.

Oui, 5 ans de bons et loyaux services… Sauf que depuis quelques mois, je me suis progressivement rendu compte qu’il y avait quelque-chose de pourri dans ce tableau si idyllique…

Pour commencer, depuis maintenant quelques années, le rythme des mises à jour s’est considérablement accéléré chez Apple, pour se caler sur le rythme de mises à jour d’iOS.

Bien entendu, au départ, j’ai applaudi, comme tout le monde, des deux mains ! Je n’allais plus avoir à acheter la prochaine mise à jour : celle-ci me serait livrée gratuitement, avec tout son lot de nouvelles fonctionnalités, directement sur mon précieux ordinateur ! Pourquoi s’en plaindre ?

Sauf que ce que je ne réalisais pas, c’est que je venais d’entrer sans le savoir dans le monde de l’obsolescence programmée à la Apple. En effet, si chaque nouvelle mise à jour apporte son lot de nouveautés, chacune apporte aussi son lot de nouvelles ressources nécessaires pour permettre son exécution. Car chacune de ces nouvelles fonctionnalités est pensée pour peser plus lourd, toujours plus lourd… La où mon iMac tournait comme une horloge, il a commencé, depuis deux ans, à devenir de plus en plus lent, inexorablement… Au point que pour ouvrir un simple dossier, ou encore son navigateur internet, là où tout cela se réalisait de manière instantanée, le temps de latence s’était porté à près de deux secondes. Ça peut sembler n’être rien, mais c’est suffisant pour être désagréable, notamment dans le cadre d’un usage professionnel, au point de commencer à vous donner des envies de changement…

Car c’est là qu’est tout le business d’Apple : vous donner l’impression que c’est votre matériel qui est défectueux alors que ce sont ces mises à jour pas nécessairement indispensables (cosmétiques, ou de l’ordre des fonctionnalités, mais pas forcément liées à la sécurité) qui mettent le matériel à la peine.
De même, j’ai réalisé progressivement qu’Apple m’avait enfermé dans son système pour que je consomme toujours plus de ses produits, exclusivement.

Ma relation depuis 5 ans avec Apple ne s’est pas arrêtée qu’à cet iMac ! Je me suis parallèlement équipé d’un iPhone, parce que c’est tellement cool de pouvoir synchroniser tous ses contenus de manière transparente entre son téléphone et son ordinateur ! Puis, d’un MacBook Pro, parce que j’avais besoin d’un ordinateur pour mes déplacements, et que, bien entendu, il m’était impensable de ne pas rester dans le même écosystème…

Mais là aussi, la médaille a son revers, puisque bien entendu, ces différents périphériques non seulement n’évoluent pas au même rythme, mais subissent également le même effet d’obsolescence ! Sous prétexte de te simplifier la vie, Apple ne fait qu’une chose : te faire passer régulièrement à la caisse, le plus souvent possible.

Linux, une évidence pour sortir enfin de ce carcan !

Sauf qu’il y a quelques mois, lorsque j’ai eu besoin de changer de téléphone, j’ai décidé que ça suffisait : me dire que j’allais devoir dépenser plus de 1000 Euros pour un iPhone 6S, désolé, mais je n’ai pas pu m’y résoudre… J’ai opté pour un Nexus 6P qui m’a coûté, parce qu’en promotion, plus de deux fois moins cher, et je ne l’ai pas regretté ! Sauf que d’un seul coup, parce que je venais de mettre un coup de canif dans le contrat de mariage, j’allais commencer à rencontrer mes premières vraies difficultés d’utilisation depuis 5 ans : plus de synchronisation des contacts, en tous cas, pas de manière simple, avec mon iMac, nouvelles applications avec leurs lots de nouveaux usages, etc… Bref, comme tout le monde, j’ai commencé par pester contre mon nouveau téléphone, puis, j’ai réalisé qu’il n’y était pour rien. J’avais tellement pris l’habitude que mes appareils fassent les choses à ma place que j’avais, en 5 ans, et contrairement à ce que je pensais, perdu la volonté d’aller chercher par moi-même des solutions.

Enfin, il y a quelques semaines, s’est posée la question du destin de mon iMac : allais-je racheter un ordinateur, ce qui aurait été en soi un gaspillage effarant sachant que ce n’était pas la machine qui était en cause, mais l’OS trop gourmand pour elle, ou allais-je chercher une autre solution ?

C’est là que j’ai pensé à passer la bête sous Ubuntu, une distribution Linux que j’avais déjà utilisé par le passé. En effet, il y a huit ans, j’ai eu l’opportunité de diriger un réseau de librairies ou l’ensemble du parc informatique était sous Debian, une distribution Linux particulièrement intéressante, notamment pour sa convivialité et sa stabilité. J’avais ainsi installé sur mon propre ordinateur Ubuntu, une distribution dérivée et particulièrement populaire, que j’ai utilisée durant trois ans, en même temps que Windows. À l’époque, c’était justement l’achat de mon iMac qui m’avait fait changer : c’était un choix plus lié au matériel que lié à une insatisfaction car j’avais pris énormément de plaisir à utiliser Ubuntu !

Il faut savoir, même si la plupart des distributions Linux et des logiciels libres sont gratuits, que je ne suis pas nécessairement un aficionado de la gratuité : je suis tout à fait prêt à acheter un logiciel, ce que je fais régulièrement, s’il est vraiment fonctionnel. Mais il faut savoir aussi que la plupart des logiciels libres fournis avec Ubuntu et la plupart des distributions Linux couvrent LARGEMENT la majorité de mes besoins informatiques, y compris professionnels, de monsieur tout le monde !

Libre Office, Gimp, Firefox ou VLC, pour ne citer qu’eux, me suffisent amplement : et vous allez vous rendre compte qu’ils sont beaucoup plus simples à utiliser que leurs homologues payants. De même, les dernières années ont vu littéralement exploser l’offre de logiciels en ligne : aujourd’hui, je n’ai besoin que de TRÈS PEU de logiciels installés sur mon ordinateur. Pour être franc, le seul logiciel pour lequel, pour le moment, je ne vois pas d’équivalent, c’est Camtasia, que j’utilise pour réaliser des tutos, par exemple, ou des formations online : mais je ne doute pas que je vais trouver rapidement une solution, ou que l’éditeur du logiciel va, au vu du nombre de demandes, sortir une version pour Linux.

Bref, je me suis lancé dans l’installation d’Ubuntu sur mon iMac…

En préambule, je dois vous dire, même si je ne vais pas entrer dans le détail de la procédure que j’ai réalisé seul, que je vous conseille vivement d’être accompagné pour cela : sur un Mac, il va vous falloir en effet passer par un partitionnement manuel particulier de votre disque dur, a fortiori si, comme moi, vous décidez de virer purement et simplement OS X. Sauf à avoir un minimum de connaissances en la matière, vous risquez vraiment de gros problèmes à vous lancer la fleur au fusil, d’autant plus que vous perdrez la garantie sur votre appareil, même si vous avez souscrit au prix fort à Apple Care !
Voici la marche à suivre comment installer Ubuntu sur votre Mac via une clef USB (Mac OS X et Refit non-requis) :
  1. Sauvegardez vos données importantes sur un support externe (DVD, clef ou disque dur USB,.....)
  2. Avec un ordinateur basé sous Ubuntu (en mode "Essai"/"Live" si possible), installez Unetbootin après avoir téléchargé le fichier ISO de la version 64 bits
  3. Insérez une clef USB vierge de 2 Go ou +, ouvrir Unetbootin et entrez votre mot de passe administrateur. 
  4. La fenêtre s'ouvre, cliquez sur "Disque image" et recherchez le fichier ISO sur votre disque dur pour le sélectionner. 
  5. Cliquez sur OK pour lancer la procédure et insérez la clef USB sur votre Mac 
  6. Démarrez votre Mac et restez appuyé sur la touche ALT pour que l'écran de démarrage s'affiche (s'assurer que le câble réseau est bien branché pour que Ubuntu se mette à jour pendant l'installation) 
  7. Sélectionnez USB et suivez les instructions affichées sur l'écran (ATTENTION : Le fait d'installer Ubuntu supprimera définitivement Mac OS X)
  8. Une fois l'installation finie, redémarrez votre Mac et vous voilà sous Ubuntu qui redonne une seconde vie à votre Mac
Mais une fois l’opération réalisée, environ 30 minutes, j’ai tout simplement récupéré un tout nouvel ordinateur : le bureau d’UBUNTU 16.04 (la toute dernière version LTS : Long Term Support) est simplement magnifique. Si vous n’aimez pas l’interface Unity, vous pourrez très facilement faire en sorte d’avoir un autre environnement via des distributions dérivées comme Kubuntu, Xubuntu, Lubuntu ou Ubuntu Mate !

NOTE : Le développement de Unity a été arreté pour laisser place à Gnome pour la prochaine version LTS en 2018. Autrement dit, Ubuntu 18.04 LTS aura l'interface Gnome à la place de Unity

Tout mon matériel a été immédiatement reconnu : Wifi, carte son, carte graphique, etc… Je n’ai pas du tout eu besoin d’aller bidouiller quoi que ce soit.

J’ai même pu très simplement installer des logiciels que j’utilise couramment, comme Google Chrome ou encore Slack.

Mais le vrai gain, c’est en termes de performance : là où mon vieux Mac se traînait lamentablement sous « El Capitan », j’ai retrouvé une machine réactive, puissante, comme si je venais tout juste de la sortir du carton. Mon vieux, fidèle, iMac, toujours si beau, mais que beaucoup auraient remplacé sans ménagements, a récupéré une seconde jeunesse !

Et même pour les très anciens ordinateurs, il existe une distribution capable de les booster comme jamais !

Et la suite… Objectif : quitter définitivement OS X

Mais ne croyez pas que les distributions Linux ne soient réservées qu’aux vieilles machines : sur les machines récentes, c’est bien entendu le top du top.

C’est pour cela que je me suis fixé comme objectif de migrer progressivement toutes mes machines pour quitter définitivement OS X. Parce que j’ai décidé de ne plus subir ma vie digitale, mais de la reprendre en mains ! C’est une question de conscience, d’ailleurs, la même prise de conscience qui m’a poussée à devenir végane par exemple. Car de même que je me refuse à subir le diktat de l’industrie agro-alimentaire, je me refuse à vivre sous la férule d’Apple ou de Microsoft, voire même de Google, lorsque je vais sur le web.

Mon objectif est donc de migrer, progressivement, l’ensemble de mon matériel sous Linux : pourquoi pas, même, en allant essayer d’autres distributions comme Fedora par exemple. Cela va prendre du temps, c’est certain, mais j’ai pris la décision de ne plus acheter de produits Apple, de ne plus me montrer complice de ce système qui ne me correspond plus.

Et si je devais, demain, racheter un ordinateur, nul doute que j’opterai pour une distribution Linux préinstallée !

Source : IWonderland

6 juillet 2017

Jeunes de cités : entre espoir et révolte

Les cités qui composent les banlieues périphériques des grandes agglomérations n'ont pas bonne presse. Pour le grand public, leur image est un cliché où jeunesse rime essentiellement avec désoeuvrement et délinquance. Ce document a suivi une demi-douzaine de jeunes adultes vivant aux Mureaux, près de Paris, et bien décidés à s'en sortir sans tomber dans le piège des trafics faciles et lucratifs. Certains découvrent le travail en usine, ingrat et éprouvant, pendant que d'autres tentent de se faire respecter de leurs anciens copains une fois devenus contrôleurs dans les transports publics. Preuve que la réussite existe aussi dans les cités, un groupe de jeunes a monté sa propre marque de vêtements, distinguée par les plus hautes autorités de l'Etat. Le jour que les cités vont craquer, ça pètera très fort !

5 juillet 2017

Pourquoi les Français ont-ils peur de se révolter ?

A qui la faute ? A l'individualisme car ici, c'est chacun pour soi et aux merdias qui lavent plus blanc que blanc les cerveaux ! Mais, que diable, pourquoi tant de gens acceptent cette vie absurde que quelques « puissants », politiques ou financiers, nous imposent, et de plus en plus lourdement ? Avoir le couteau sous la gorge est-il donc tellement plaisant ? Non, je ne comprends pas cette apathie généralisée… Sommes-nous donc devenus des peuples lâches ? Avons-nous donc oublié, nous, Français, que nous descendons de ce peuple fier qui fit la révolution et chassa du pouvoir les parasites et les rois ? Avons-nous également oublié que nombre de nos pères et grands-pères furent des résistants durant la dernière guerre ? Nous ne sommes tout de même pas tous les descendants de collabos !



4 juillet 2017

FLASH - Quand les journaux télévisés font du lavage de cerveaux !

Comment la structure rituelle du journal télévisé (JT) reformate nos esprits et voici comment les médias forment et déforment notre réalité selon les sources datant de 2007 et 2008. Une bonne raison d'arrêter de mater les JT à la télé.

Le journal télévisé est le cœur de l’information contemporaine. Principale source d’information d’une grande partie des Français, il n’était pourtant, à ses débuts, en 1949 en France, que le sous-produit de ce que n’avaient pas voulu diffuser au cinéma la Gaumont et les Actualités Françaises. Défilé d’images sur lesquels était posé un commentaire, le « présentateur » ne s’est installé dans son fauteuil qu’en 1954, quand le journal a été fixé à 20h. Depuis lors, la mise en scène n’a fait qu’aller en s’accroissant, et l’information en a été écartée —si jamais elle était présente au départ— pour faire de ce théâtre non plus un journal, mais un spectacle ritualisé, une cérémonie liturgique. Le « 20h » n’a pas pour fonction d’informer, au sens de dégager une tentative de compréhension du monde, mais bien de divertir les téléspectateurs, tout en leur rappelant toujours ce qu’ils doivent savoir.

L’analyse qui suit se base sur les deux principaux journaux télévisés de 20h français, celui de TF1 et celui de France 2, mais peut, à bien des égards, trouver des correspondances avec les journaux télévisés d’autres pays, principalement en « Occident ».

Le contexte

Fixé à 20h, le journal télévisé est devenu, comme la messe à son époque, le rendez-vous où se retrouve (chacun chez soi) toute la société. C’est un lieu de socialisation essentiel, paradoxalement. Chacun découvre chaque soir le monde dans lequel il vit, et peut dès lors en faire le récit autour de lui, en discuter les thèmes du moment avec l’assurance de leur importance, puisqu’ils ont été montré au « JT ». Tout est mis en place comme dans un rituel religieux : l’horaire fixe, la durée (une quarantaine de minutes), le présentateur-prêtre inamovible, ou presque, qui entre ainsi d’autant mieux dans le quotidien de chacun, le ton emprunté, sérieux, distant, presque objectif, mais jamais véritablement neutre, les images choisies, la hiérarchie de l’information. Comme dans tout rituel, le même revient en permanence, et s’agrège autour d’un semblant d’évolution quotidienne. Les mêmes heures annoncent les mêmes histoires, racontées par les mêmes reportages, lancées et commentées par les mêmes mots, mettant en scène les mêmes personnages, illustrées par les mêmes images. C’est une boucle sans fin et sans fond.

En ouverture, le générique lance une musique abstraite où s’entend le mélange du temps qui passe, la précipitation des événements, et une façon d’intemporel nécessaire à toute cérémonie mystique. Sur la musique, un globe précède l’apparition du présentateur, ou un travelling vers ce dernier le fait passer de l’ombre à la lumière. Tout se passe comme si le monde allait nous être révélé.

Le présentateur y tient rôle de passeur et d’authentifiant. Personnage principale et transcendantal, il se trouve au cœur du dispositif de crédibilité du 20h. C’est par lui que l’information arrive, par lui qu’elle est légitimée, rendue importante et donnée comme « vraie ». Par lui également que le téléspectateur peut être rassuré : si le monde va mal et semble totalement inintelligible, il y a encore quelqu’un qui « sait » et qui peut nous l’expliquer.

Dans d’autre cas, c’est un duo qui présente le journal télévisé. La relation avec le téléspectateur est du coup beaucoup moins professorale et paternaliste, mais plus de l’ordre de la conversation, et peut sembler plus frivole. Bien évidemment, on ne trouvera jamais deux présentateur, ou deux présentatrices, mais toujours un duo hétérosexuel. C’est qu’il s’agit de ne pas choquer la représentation de la famille bourgeoise chrétienne. Ce type de mise en scène étant rare en France, nous ne développerons pas ce point plus avant.

Crédibilité et information

« Madame, Monsieur, bonsoir, voici les titres de l’actualité de ce lundi 6 août », nous dit le présentateur au début de chaque journal. Il ne s’agit donc pas d’un sommaire, d’un tri de la rédaction dans l’information du jour, mais bien des « titres de l’actualité », c’est-à-dire précisément de ce qu’il faut savoir du monde du jour. Il n’y a rien à comprendre, le « journalisme » ne s’applique désormais plus qu’a nous apprendre le monde. Le présentateur ne donne pas de clé, il ne déchiffre rien, il dit ce qui est. Ce n’est pas une « vision » de l’actualité qui nous est présentée, mais bien l’Actualité.

Ce qui importe, dès lors, pour lui, c’est « d’avoir l’air ». Sa crédibilité n’est pas basé sur sa qualité de journaliste, mais sur son charisme, sur l’empathie qu’il sait créer, sa manière d’être rassurant, et sur son apparence d’homme honnête et intelligent. David Pujadas peut bien annoncer le retrait d’Alain Juppé de la vie politique, et Patrick Poivre d’Arvor montrer une fausse interview de Fidel Castro, ils sont tout de même maintenus à leur poste avec l’appui de leur direction, et n’en perdent pas pour autant leur statut de « journaliste » et leur crédibilité auprès du public. Tout se passe comme si l’information délivrée n’avait finalement pas d’importance. Elle n’est là que pour justifier le rituel, comme la lecture des Évangiles à la messe, mais elle n’en est en aucun cas la raison centrale, le cœur, qui se trouve toujours ailleurs, dans le rappel constant des mots d’ordres moraux, politiques et économiques de l’époque. « Voici le Bien, voici le Mal », nous dit le présentateur.

La hiérarchie de l’information est donc inexistante. Alors que l’un des premiers travail effectués dans tout « journal » est de dégager les sujets qui semblent les plus essentiels pour tenter d’en ressortir un déroulé (propre à chaque rédaction) de l’information en ordre décroissant, de l’important vers l’insignifiant, ici, point. On passe de la dépouille du cardinal Lustiger à l’accident de la Fête des Loges, puis vient le dénouement dans l’affaire de l’enlèvement du petit Alexandre à la Réunion, suivit du suicide d’un agriculteur face aux menées des anti-OGM, à quoi font suite l’allocation de rentrée scolaire, les enfants qui ne partent pas en vacances, la hausse du prix de l’électricité, la spéléologue belge coincée dans une grotte, la campagne électorale états-unienne chez les démocrates, l’intervention de Reporters sans frontière pour dénoncer l’absence de liberté d’expression en Chine, la Chine comme destination touristique, le licenciement de Laure Manaudou, un accident lors d’une course aux États-Unis, le festival Fiesta de Sète, le décès du journaliste Henri Amouroux et enfin celui du baron Elie de Rothschild. Il n’y a aucune cohérence, à aucun moment. Les sujets ne semblent choisis que pour leur insignifiance quasi-générale, ou leur semblant d’insignifiance. Tout y est mélangé, l’amour et la haine, les rires et les pleurs, l’empathie se mêle au pathos, les images spectaculaires ou risibles aux drames pathétiques, et l’omniprésence de la fatalité nous rappelle toujours la prédominance de la mort sur la vie.

Le reportage

Une fois les « titres » annoncés, le présentateur en vient au lancement du reportage. Le reportage est la démonstration par l’exemple de ce que nous dit le présentateur. En effet, tout ce qui va être dit et montré dans le reportage se trouve déjà dans son lancement. Le présentateur résume toujours au lieu précisément de présenter. Cela crée de la redondance. Ce qui est dit une fois en guise d’introduction est systématiquement répété ensuite dans le reportage. Ce sont les mêmes informations qui sont énoncées, la première fois résumées, et la seconde fois étendues pour l’élaboration de l’histoire contée. Le reportage ajoute très peu de chose à ce qu’à déjà dit le présentateur, tout juste développe-t-il les détails anodins qui contrebalancent « l’objectivité » du présentateur en créant de la « proximité ». Aux éléments de départ, trouvé dans le lancement, s’ajoute ensuite à l’histoire les petits détails romanesques nécessaire à son instruction ludique.

Le reportage est constitué de deux choses : l’image et son commentaire. Or, si l’on coupe le son, l’image ne signifie plus rien. Alors même que tout devrait reposer sur elle, c’est l’inverse précisément qui se produit à la télévision : le commentaire raconte ce que l’image ne fait qu’illustrer. Cette dernière n’est là que comme faire-valoir. C’est une succession de paysages semblables, de visages et de gestes interchangeables, collés les uns à côté des autres, et sans lien entre eux. À la télévision, l’image ne sert qu’à justifier le commentaire, à l’authentifier. Elle lui permet d’apparaître comme « vrai ». Et elle le lui permet précisément parce que ne disant rien par elle-même, le commentaire peut alors la transformer en ce qu’il veut, et c’est là le principal danger de ce média. L’image possédant une force de conviction très importante, le consentement est d’autant plus simple à obtenir une fois que vous avez dépouillée l’image de tout son sens et l’avez transformée en preuve authentifiant votre discours. Tout repose donc désormais sur le commentaire, et sur la vraisemblance de l’histoire qui va nous être racontée.

« Dans le reportage, note l’anthropologue Stéphane Breton, le commentaire est soufflé depuis les coulisses, cet arrière-monde interdit au téléspectateur (…) et d’où jaillit, dans le mouvement d’une révélation, un sens imposé à l’image. La signification n’est pas à trouver dans la scène mais hors d’elle, prononcée par quelqu’un qui sait ». Le journaliste n’apparaît que très rarement à la fin de son reportage. Nous entendons donc une voix sans énonciateur. C’est une parole divine qui s’impose à nous pour nous expliquer ce que nous ne pourrions comprendre en ne regardant que les images. Il n’y a pas d’interlocuteur, donc pas de contradiction. Le reportage est un fil qui se déroule suivant une logique propre, celle que le journaliste veut nous donner à apprendre, où les « témoins » ne se succèdent que pour accréditer la parole qui a de toute manière déjà dit ce qu’ils vont nous expliquer. Comme avec le lancement, la redondance est omniprésente dans le reportage. Tout « témoin » est présenté non pas selon sa fonction, ni dans le but de justifier sa place dans ce reportage à ce moment là, mais suivant ce qu’il va nous dire. Et la parole du « témoin » accrédite le commentaire en donnant un point de vue nécessairement « vrai ». « Puisqu’il le dit, c’est que c’est comme ça ». Et bien souvent, le « témoin » n’a strictement rien à dire, mais va le dire tout de même, le journaliste devant faire la preuve de son objectivité et de l’authenticité de son reportage, de son enquête, en démontrant qu’il s’est bien rendu sur place et qu’il peut donc nous donner à voir ce qui est.

Le reportage, au journal télévisé, n’est pas la réalisation d’une enquête qui explore différentes pistes, mais le récit d’un fait quelconque montré comme fondamental. C’est une vision du monde sans alternative, qui tente d’apparaître comme purement objective. Si le présentateur dit ce qui est, le reportage, lui, le montre. Et c’est précisément là que l’image pêche par son non-sens, et que le commentaire semble devenir parole divine. « Voici le monde », nous dit l’un, « et voilà la preuve », poursuit le reportage. Et comment contester la preuve alors qu’elle nous est présentée, là, sous nos yeux ébahis ? La réalité se construit sur l’anecdote, et non plus sur un ensemble de faits plus ou moins contradictoires qui permettent de regarder une situation dans une tentative de vision globale pour pouvoir ensuite en donner une analyse.

Les mots d’ordre

Tout cela se rapporte à la logique de diffusion de la morale. Le journal télévisé, comme la quasi-totalité des médias, est un organe de diffusion des mots d’ordre de l’époque. Il ne discute jamais le système, il ne semble d’ailleurs même pas connaître son existence, mais diffuse à flux tendus les ordres que la classe dominante édicte. Le journal télévisé fait partie de ce « service public », dont parle Guy Debord dans les Commentaires sur la société du spectacle, « qui [gère] avec un impartial "professionnalisme" la nouvelle richesse de la communication de tous par mass média, communication enfin parvenue à la pureté unilatérale, où se fait paisiblement admirer la décision déjà prise. Ce qui est communiqué, ce sont des ordres  ; et, fort harmonieusement, ceux qui les ont donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent ».

Le 20h, issu d’une société où la mémoire a été détruite, transmet les mots d’ordre, comme pour tout conditionnement, par la répétition permanente et quotidienne. Les histoires racontées semblent toutes différentes, quand bien même elles sont finalement toutes semblables. Tout y est répété, soir après soir, constamment, et à tous les niveaux. Seuls les noms et les visages changent, mais le film, lui, reste toujours identique. C’est un perpétuel présent qui est montré et qui permet d’occulter tous les mouvements du pouvoir. Les évolutions n’étant plus jamais mises en lumière, c’est bien qu’elles n’ont plus cours. Le journal télévisé diffuse donc la morale bourgeoise (chrétienne et capitaliste) en bloc compact. C’est un vomi long et lent qui s’écoule, dilué et disséminé tout au long du 20h. Ils connaissent plusieurs modes de diffusions :

- L’accusation. Elle est constante, et généralement dite par les « témoins », ce qui permet de faire croire au journaliste qu’il a donné à voir un « avis », et qu’il a donc rendu un regard objectif de la situation. Un incendie ravage une maison, et ce sont les pompiers qui auraient dû arriver plus tôt. Un violeur est sorti de prison parce qu’il avait droit à une remise de peine, et c’est la justice qui dysfonctionne. Un gouvernement refuse de se plier aux injonctions occidentales, et c’est une dictature, un pays sous-développé où la stupidité se mêle à la barbarie, et mieux encore, où la censure bâillonne tous les opposants, qui sont eux nécessairement d’accord avec le point de vue des occidentaux mais ne peuvent pas le dire. Il s’agit toujours de trouver quelqu’un à vouer aux gémonies pour rappeler ce qui est « bien » et ce qui est « mal », et où l’on retrouve toute la sémantique chrétienne du « pardon », de la « déchéance », etc.

- L’évidence. Particulièrement utilisée pour régler sans discussions les questions économiques, elle consiste à diffuser les dogmes ou les décisions gouvernementales sans jamais les remettre en question. C’est par exemple le cas de la « croissance », qui est toujours la voie nécessaire à la survie jamais remise en cause et dont le présentateur nous annonce les chiffres avec un air catastrophé : « la croissance ne sera que de 1,2 % cette année selon les experts »...

- L’hagiographie. Commme à la messe, le journal télévisé a ses saints à mettre en avant. C’est le portrait de quelqu’un qui a « réussi », soit qu’il vienne de mourir, soit qu’il ait « tout gagné », soit qu’il se soit « fait tout seul », etc. C’est le prisme de l’exception qui édicte le modèle à suivre en suscitant admiration et respect. « Voilà ce que vous n’êtes pas, que vous devriez être, mais ne pourrez jamais devenir, et que vous devez donc adorer », nous répète le journal télévisé en permanence.

- Le voisinage. Particulièrement efficace, il s’agit de dire que « la France est le dernier pays en Europe à aborder cette question ». C’est le mécanisme qui régit la sociabilité de base, l’appartenance au groupe par l’imitation, par la reproduction de ce qu’il semble faire ou être. Le présentateur nous dit alors « eux font comme cela, pourquoi faisons nous autrement ? », présupposant que notre manière de faire est nécessairement moins bonne. « Travailler après 65 ans, aux États-Unis ça n’est pas un problème ». Aucune analyse n’est jamais donnée des points positifs et négatifs du système voisin, seulement un regard « objectif », qui dit : « voilà comment ça se passe là, et pourquoi c’est mieux que chez nous ».

- Le folklore. Ici sont présentés, avec le sourire aux lèvres et l’indulgence pour l’artiste un peu fou mais qui ne fait finalement pas de mal, des gens qui vivent un peu autrement. C’est alors, et seulement dans ce genre de sujet, que le présentateur souligne le caractère « exceptionnel » des personnes qui vont nous être présentées, pour dissuader quiconque de suivre leur exemple.

Ce ne sont là que quelques exemples.

Anecdote et fatalité

Deux modes de représentation du monde bercent principalement le journal télévisé, et sont les deux principaux mouvements de diffusion des mots d’ordre : l’anecdote et la fatalité.

L’anecdote se trouve au début de chaque sujet. Tout part du fait particulier, du fait divers du jour, et s’étend vers le problème plus vaste qu’il semble contenir en lui-même, ou que les journalistes font mine de croire qu’il contient. C’est une rhétorique particulière qui se retrouve aujourd’hui à la base de tous les discours politiques ou journalistiques, un renversement de la logique, du déroulement effectif de la démonstration et de l’analyse du monde : c’est l’exception qui explique désormais la règle, qui la construit. Tout part du fait particulier pour se prolonger, comme si ce dernier détenait en lui toutes les causes et toutes les conséquences qui ont fondé la situation plus générale qu’il est censé démontrer. Le 20h ne se préoccupe jamais de décrire des phénomènes endémiques, ou les sort toujours de la chaîne d’événements qui les a amené à la situation présente. C’est une nécessité dialectique logique pour qui veut transmettre les consignes sans se mettre en devoir de les expliquer, sans quoi il se trouve obligé d’apporter de la complication à sa démonstration et se rend compte que les choses sont moins simples qu’il ne voulait les faire paraître. Pour que les mots d’ordre soient diffusés efficacement, il ne faut pas donner la possibilité d’être contredit, donc il vaut mieux ne rien expliquer. De toute manière, nous l’avons dit, il ne s’agit jamais de donner à comprendre, mais toujours à apprendre.

La fatalité, elle, berce l’ensemble du journal télévisé. Les événements arrivent par un malheurs contingent, un hasard distrait qui touche malencontreusement toujours les mêmes (personnes, pays…). C’est une lamentation constante : « si les pompiers étaient arrivés plus tôt », « si le violeurs n’était pas sorti de prison », « si l’Afrique n’était pas un continent pauvre et corrompu », etc. Elle est la base de toute religion puisqu’elle permet de ne rien avoir jamais à justifier, et rappel le devoir de soumission face à la transcendance, puisque nous sommes toujours « dépassés ». La fatalité revient sonner en permanence comme une condamnation, et ajoute avec dépit (mais pas toujours) : « c’est comme ça ». Le système se régule tout seul et est « le meilleur des systèmes possibles », l’homme est un être « mauvais » et passe son temps à « chuter » et à « rechuter » malgré toutes les tentatives de lui « pardonner », le pauvre est responsable de sa situation parce qu’il est trop fainéant pour chercher des solutions et les mettre en application alors même qu’on les lui donne, etc. C’est un soupir constant, un appel permanent à l’impuissance et à la soumission face à la souffrance. Le monde va et nous n’y pouvons rien…

Une fois les mots d’ordre transmis, le messager divin peut nous donner congé, concluant le sermon du jour en n’omettant jamais de nous donner rendez-vous le lendemain à la même heure, puis disparaît, rangeant les papiers qui font foi de son sérieux, la caméra s’éloignant, l’ombre grandissant, et se fondant progressivement dans cette sorte de musique qui ouvrait déjà la cérémonie.

« À défaut d’avoir recours à la force pour contrôler les populations, on peut parfaitement la contrôler par l’opinion » - Harold Laswell, spécialiste des médias.

Chaque jour, nous nous formons des opinions, sur notre nouveau voisin, sur de nouveaux produits, sur les candidats aux élections, sur des découvertes scientifiques, les religions et croyances et sur ce qui se passe ici et ailleurs. Bref, on peut facilement dire que l’être humain en est un d’opinion.

Lorsque vient le temps de construire notre réalité, nous sommes tous submergés d’informations diverses. D’une part nos informations proviennent de notre expérimentation directe, donc de nos cinq sens, et d’autre part, de l’expérimentation indirecte, c’est-à-dire d’une source d’information tierce : nos proches, nos voisins, nos collègues, et dans la majorité des cas, des médias.

Notre cerveau collige toutes ces informations, lesquelles nous sont ensuite très utiles lorsque nous portons un regard sur le monde. Et hop ! Tout ceci est analysé et devient ce que nous pensons être notre réalité.

Et voici que se pointe à l’horizon une question de taille : sommes-nous sûrs de ce qu’est notre réalité, de ce qui est vrai et juste, ainsi que de ce qui ne l’est pas ?

De tous les sujets sur lesquels nous nous formons une opinion, quelle proportion provient de notre expérience directe par rapport à notre expérience indirecte, c’est-à-dire d’informations provenant de ce que disent les autres, et dans la majeure partie des cas, des médias ?

Nous avons tous une opinion sur la guerre en Irak, le réchauffement planétaire, les minorités religieuses, sur les dirigeants du pays, sur l’économie régionale, nationale et mondiale. Mais contrairement à l’opinion que nous nous sommes forgée à propos du restaurant du coin en expérimentant nous même sa cuisine, pour la majorité des cas, ce sont les sources d’informations intermédiaires qui forgent notre opinion.

Dans un monde aussi vaste, il est impératif de pouvoir se fier, en quelque sorte, sur ce que disent les autres, sur l’information qui est rapportée, donc, à cette source intermédiaire que sont les médias. En quelque sorte, à défaut de pouvoir expérimenter nous-même, nous transposons l’expérimentation des médias pour en faire la nôtre.

Et ce, pour le meilleur comme pour le pire, puisque nous avons rarement la chance de vérifier par nous même, sur le terrain, si ce qui a été rapporté est conforme à la réalité, s’il n’y a pas eu de déformation des faits, de manipulation d’information.

En résumé, notre perception de la réalité est beaucoup plus celle des autres, voir des médias, que la nôtre. Et c’est là que les dérives les plus graves peuvent survenir. Si les médias jouent un rôle des plus utiles dans notre société assoiffée d’information, n’oublions pas que sans les médias, il n’y aurait jamais eu l’Holocauste, il n’y aurait jamais eu de génocide au Rwanda, il n’y aurait jamais eu de guerre en Irak, lesquels ont nécessité une mobilisation incroyable de l’opinion publique.

Rappelons d’ailleurs que le rôle des médias a été largement reconnu par les tribunaux de Nuremberg et de La Haye. Les juges n’ont pas hésité à condamner plusieurs journalistes et directeurs de médias pour crime contre l’humanité, dans le cadre des génocides juifs et tutsis, alors qu’ils n’ont tué personne de leur propre main, mais tenus des propos qui ont généré des passions meurtrières.

Alors, si les médias sont capables de mobiliser l’opinion publique pour des opérations aussi incroyablement perfides, imaginez ce que le système médiatique est capable de faire pour les enjeux quotidiens ?

Les médias : des entreprises commerciales d’abord et avant tout

Mais avant d’aller plus loin, posons-nous cette question : que sont les médias au juste ? Nés avec la révolution industrielle du XIXe siècle et le développement de la démocratie (dont ils ont l’un des acteurs majeurs), les médias modernes sont des institutions, des entreprises qui se sont bâties une crédibilité en développant et en perfectionnant l’art de rapporter au plus grand nombre ce qui se fait, se vit, se raconte.

Mais à ce titre, les médias ne sont pas que des entreprises de diffusion d’informations, dont le souci idéologique serait uniquement d’informer son public. Ils existent avant tout pour être rentables, pour offrir un rendement à son ou ses propriétaires, lesquels engrangeront les profits.

Cela ne nous vient pas nécessairement à l’esprit, mais comme les médias nous offrent leur information de façon pratiquement gratuite, c’est nous qui sommes en réalité le « produit », lequel est vendu aux annonceurs en quête de visibilité, d’un auditoire, d’un lectorat.

Notons d’ailleurs à ce sujet, que 80% à 99% des revenus médiatiques proviennent de la publicité. Le reste provient, non seulement des abonnements, mais également de subventions régulières accordées par l’État.

Ce double objectif des médias, nous devons constamment le garder en mémoire lorsque nous ouvrons un journal, regardons la télévision, écoutons la radio, surfons sur Internet, car cette relation d’affaires constitue le premier de nombreux filtres par lesquels passent l’information avant d’être livrée au public.

Cinq grands filtres

À ce propos, les grands spécialistes des médias Edward Herman et Noam Chomsky ont mis à jour dans leur ouvrage Manufacturing consent cinq grands filtres qui régissent tant le choix des sujets abordés que l’ampleur et la qualité de leur couverture, avant même que leur traitement ne soit confié aux journalistes.

1. D’abord, l’information sélectionnée et diffusée le sera avant tout selon les orientations données par les propriétaires, lesquels sont généralement, rappelons-le, des gens très fortunés, avec un agenda corporatif et politique très développé. À ce sujet, n’oublions pas que la ligne éditoriale de tout grand quotidien se veut toujours le reflet de la pensée de ses propriétaires.

2. Vient ensuite la dépendance envers de grandes sources de revenus publicitaires, pour assurer leur survie, et envers de grandes sources d’informations, pour assurer leur contenu. Plus souvent qu’autrement, ces sources sont les mêmes. Si le gouvernement est le plus grand annonceur dans les médias (devant l’automobile, les grandes entreprises et le commerce au détail – et autrefois le tabac) il est aussi leur principale source d’information.

3. Puis il y a les entreprises, dont les firmes de relations publiques, pas du tout objectives et chargées de fabriquer le consentement du peuple, lesquelles jouent ont un grand rôle dans la diffusion de l’information. (Les journalistes y puisent une bonne partie de leurs informations et il n’est pas rare de voir des communiqués de presse être publiés de façon quasi intégrale !). Et en bout de ligne, on compte les groupes de pression et les agences de presse.

« Tout cela créé finalement, par symbiose, si l’on peut dire, une sorte d’affinité tant bureaucratique, économique et qu’idéologique entre les médias et ceux qui les alimentent, affinité née de la coïncidence des intérêts des uns et des autres », signale Normand Baillargeon dans son livre Petit cours d’autodéfense intellectuelle.

4. À ces sources, il faut ajouter les critiques des têtes dirigeantes de ce monde (intellectuels, gens d’affaires, têtes d’affiches et autres) qui n’hésitent pas à vouloir mettre les médias à leur main en s’érigeant en sources fiables. Leurs propos sortent de l’ordre de l’opinion et sont présentés comme des faits.

5. Il faut ajouter aussi comme source l’hostilité des médias envers tout groupe, mouvement ou personnes souhaitant bousculer l’ordre établi, généralement les mouvements de gauche, lesquels s’attaquent au système politico-religio-militaro-économique en place. Les nouvelles provenant de ces groupes seront généralement diffusées en utilisant un angle des plus négatifs ou, tout simplement, seront reléguées aux oubliettes.

« Au fil des ans, de conclure Baillargeon, avec une constance aussi prévisible que remarquable, les grands médias corporatistes ont, sur mille et autres sujets cruciaux, tendu a exposer, défendre et propager le point de vue des élites, lesquels possèdent ces même médias, et des élites politiques, qui est bien souvent exactement le même. Tout cela ne peut que limiter sérieusement la portée du débat démocratique, voir de le dénaturer profondément. »

Chasse à l’audimat 

À ces cinq grands filtres d’Herman et Chomsky, nous pouvons aussi ajouter la chasse à l’audimat et au tirage élevé. Plus ces derniers sont élevés, plus le média devient alléchant pour les annonceurs et plus le média sait garnir ses coffres. C’est ainsi que l’information diffusée en manchette ou en primeur n’est plus nécessairement triée selon son impact sur la société, mais aussi selon sa valeur marchande.

Quand un média québécois fait la manchette avec Céline Dion, par exemple, il augmente du coup ses ventes ou ses cotes d’écoute cette journée-là. Idem pour un grand rendez-vous sportif, un scandale sexuel ou une catastrophe naturelle. Difficile de résister à la tentation de jouer ça gros en page une…

C’est l’apologie des quatre « S » : le show business, le sexe, le sport et le sang. Si le show business, le sexe, le sport sont trois éléments très « vendeurs », le sang, en y englobant tout ce que craint le lecteur, est probablement le plus lucratif de tous.

Les gens adorent discuter et se renseigner sur tout ce qui leur fait peur : les guerres, le terrorisme, la pédophilie, les catastrophes naturelles, les épidémies, les sectes, tout y passe, avec l’intérêt, non pas de rassurer le public, mais plutôt d’amplifier ce phénomène de peur, ce qui permet aux médias d’étirer la sauce et même d’être redondant.

Le contrôle et la manipulation de l’information

C’est ainsi que d’autres informations qui ont un plus grand impact au sein de la société sont reléguées au second rang et se retrouvent avec moins de visibilité. Il est donc facile pour tout média de manipuler ainsi l’information. Pas nécessairement en diffusant des informations biaisées, mais plutôt en reléguant des informations importantes au second rang, voir en omettant de les diffuser, sous le prétexte qu’il n’y avait plus assez d’espace rédactionnel ou de temps d’antenne.

Si aujourd’hui nous pouvons voir les grandes accusations et scandales défrayer les manchettes, demain nous ne pourrons voir, s’il y a lieu, les acquittements et rectifications des faits qu’en fin de journal ou de bulletin télévisé. Ce qui fait en sorte que les masses ne retiendront que les accusations, le scandale quoi, puisque la rectification des faits n’aura absolument pas eu la même attention de la part des médias, d’autant plus qu’un nouveau scandale du jour sera probablement venu occulter cette rectification.

Et si nous ajoutons à cela que l’importance de l’information sera calculée en fonction des idéologies politiques et les agendas cachés des propriétaires de journaux, nous nous retrouvons devant un contenu qui est souvent fort biaisé et loin d’être conforme à la réalité.

Si, en théorie, le rôle des médias est de contrebalancer le pouvoir des gouvernements, en pratique, il ne joue ce rôle que partiellement. Lorsque vient la question d’une soit disant sécurité nationale (la guerre au terrorisme, la guerre en Afghanistan et, surtout, les deux guerres en Irak, en sont de bons exemples), toute la machine médiatique se met en branle et appuie les démarches gouvernementales.

En ne reprenant que l’information officielle des gouvernements, sans contre vérification (qu’on ne lui permet pas de faire d’ailleurs, souvent pour des questions de « sécurité nationale »…), elle perd totalement son sens critique. Tout média et tout journaliste allant à contre sens de ces politiques est lourdement sanctionné (il pourra être accusé notamment d’un manque d’esprit patriotique et tout cela se soldera souvent par des congédiements).

Les journalistes « ont abdiqué, sans suffisamment guerroyer, leur rôle de chiens de garde chargés, comme les y enjoint la constitution (…), de protéger les citoyens contre les mensonges et les abus du pouvoir. Ils se sont laissés dépouiller de leur fonction essentielle, qui est de définir l’information, de discerner, dans le fatras des faits du jour, ce qui est important et ce qui est exact. Ils ont abandonné à d’autres, à ceux qu’ils devraient contrôler, le pouvoir de déterminer non seulement l’agenda et la hiérarchie de l’information, mais bien plus gravement encore, les événements qu’il importe de couvrir et de traiter », analysait Jean-Paul Marthoz dans son essai Le journalisme en quête de repères aux Etats-Unis.

À ce titre, Normand Baillargeon en fait la démonstration avec la petite Nayirah, 15 ans, qui était venu témoigner devant la Chambre des Congrès américaine des horreurs perpétrées par les Irakiens lorsqu’ils ont envahit le Koweït en 1990. Sa description de l’attaque d’un hôpital koweitien, où elle était bénévole, par les soldats Irakiens, tuant ainsi plus de 300 bébés, a fait les manchettes du monde entier. C’est ce jour-là que Saddam Hussein est devenu le « Boucher de Bagdad ». Il était devenu primordial et urgent pour les nations occidentales, États-Unis en tête, d’attaquer le président Irakien.

Toutefois, ce témoignage qui a été l’argument numéro un évoqué à maintes reprises par les dirigeants américains pour attaquer Saddam Hussein s’est avéré en réalité être un coup monté ! Le tout avait été concocté par une firme de relations publique américaine qui avait obtenu un lucratif contrat de 10 millions de dollars avec les Koweitiens afin de former la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington, Nayirah al Sabah, à raconter cette fausse histoire.

Quand cette nouvelle est sortie, il était trop tard. Et afin de préserver l’honneur des autorités politiques ayant amené plus de vingt nations en guerre, il n’en fût question que dans de courts textes, publiés discrètement dans la section internationale de certains quotidiens. Bref, rien pour ameuter le public comme lors du témoignage de la jeune fille, un an plus tôt…

La concentration de la presse

À tout cela s’ajoute la concentration de la presse où les médias se retrouvent entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint de propriétaires. Ce qui facilite encore plus le contrôle de l’information, puisque le contenu est de plus en plus le même, d’un média à l’autre.

À titre d’exemple, en ce qui concerne la presse écrite au Québec, comme l’a démontré le Centre d’étude des médias de l’Université Laval, la très grande majorité des organes médiatiques est divisée entre seulement quatre grands propriétaires : Gesca, Québécor, Groupe Transcontinental et Rogers Communications. Si l’on ne considère que les impressions quotidiennes, 97% du tirage provient de Gesca (52% divisé entre La Presse, Le Soleil, Le Droit, La Tribune, La Voix de l’Est, Le Nouvelliste et Le Quotidien ) et de Québécor (45% avec le Journal de Montréal et le Journal de Québec), laissant un maigre 3% au Devoir, le seul quotidien indépendant au Québec.

Ailleurs dans le monde, le portrait est similaire dans la plupart des pays occidentaux. Aux Etats-Unis, seulement cinq grandes corporations se partagent, en 2006, le terrain de jeu médiatique alors que vingt ans plus tôt, en 1983, ils étaient plus de cinquante ! Ainsi Disney, Viacom, Time Warner, News Corp, et la General Electric se disputent près de 90% du marché médiatique américain.

En Belgique, trois groupes de presse se partagent un lectorat de 4 millions de francophones (près de 15 titres), soit Rossel, IPM et Mediabel. En Suisse, selon le portal observatoire des médias Acrimed.org, c’est dans le marché germanophone que le concentration se fait le plus sentir. Toutefois, le marché francophone suisse n’échappe pas à la tendance.

« La concentration des médias helvétiques s’accélère et prend une forme nettement hiérarchisée à deux niveaux - national et régional (cantonal ou supra-cantonal) -, les entreprises locales indépendantes perdant de plus en plus de signification. Au sommet, on trouve les groupes ayant une dimension nationale, avec, pour certains (Ringier et Edipresse), des extensions internationales », rapporte Jean-François Marquis dans son article Concentration et hiérarchisation dans la presse en Suisse.

Finalement en France, la plus grande partie des médias est sous l’influence de cinq groupes. Le marché français a ceci de particulier que cette forte concentration est aggravée par les alliances entre certains de ces groupes. « Ces connivences génèrent de multiples dérives, notamment l’abolition de la frontière entre information et divertissement ainsi que l’uniformisation des contenus à l’exclusion de nouveaux venus qui n’appartiendraient pas au sérail, des pressions sur les hommes politiques à l’autocensure sur les sujets tabous où l’autocensure est pratiquée sur les sujets tabous », décrie le Président de l’Observatoire français des médias, Armand Mattelart.

Le marché français de la télévision privée est entre les mains de trois groupes industriels multinationaux, soit Bouygues (possédant de larges part de TF1), Lagardère (possédant de nombreux canaux spécialisés) et Vivendi (propriétaire de Canal Plus) ainsi que du géant mondial allemand de la communication, Bertelsmann, propriétaire notamment de M6. Ces groupes occupent également une place de choix dans les autres médias : presse écrite, radio, cinéma, musique, etc.

« À l’affrontement, ces groupes préfèrent des stratégies d’alliance, les concurrents deviennent ainsi des partenaires, que l’on ménage et qui vous ménagent, même si chaque groupe cherche à accroître l’audience de ses chaînes ou à attirer plus de publicité. (…) Le grand nombre de titres de presse écrite, de chaînes de télévision, d’éditeurs de livres, masque l’ampleur de la concentration dans les médias et ses effets dévastateurs. La concentration au sein de chaque média (télévision, la presse...) n’est qu’un aspect, car les groupes les plus puissants sont multimédia. Ils ont des positions fortes à la fois dans la télévision, la presse, l’édition, ... et sont intégrés à des groupes industriels », expose Janine Brémond dans La concentration dans les médias en France.

Avec cette concentration de la presse, les démocraties libérales s’éloignent du plus en plus de leur principe fondateur tant vanté sur la scène internationale,. soit « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Cette notion centrale lors de la fondation de la plupart des démocraties occidentales garantissait notamment la liberté de presse et libre circulation de l’information, conditions fondamentales permettant au peuple d’être en mesure de déterminer lui-même ses besoins, de prendre lui-même ses décisions, parce que bien informé grâce à des sources variées.

En résumé, nous pouvons dire que nous ne possédons plus nos médias, nous les avons confiés, sans le vouloir, à de grosses corporations, lesquelles ont un agenda précis qui ne va pas nécessairement dans le même sens que le peuple. Pour ces chefs d’entreprises, leurs médias ne sont vus que comme des outils les aidant a atteindre leurs fins.

Les journalistes ne sont plus objectifs

Qu’en est-il maintenant du travail des journalistes, lesquels nous livrent l’information au jour le jour ? Comme pour les médias, définissons d’abord ce qu’est un journaliste : c’est un professionnel qui se bâtit une crédibilité en rapportant des rumeurs, des histoires, des opinions et des faits dont il tente d’en vérifier toute la validité avant de les rapporter au plus grand nombre.

En théorie, cette mission semble assez noble. Mais puisque un journaliste travaille pour une entreprise de presse, dont l’information est soumise aux filtres mentionnés plus haut, et auxquels s’ajoutent ses propres filtres, l’information qui sortira de sa plume ou de son micro sera des plus subjectives.

Et on ne parle même pas des biais possibles, conscients ou inconscients, chez les journalistes qui, avant de couvrir un événement, ont déjà leurs propres opinions, elles-mêmes forgées auparavant par le monde médiatique auquel ils appartiennent. Cette propre opinion personnelles viendra orienter toute la cueillette d’informations, où seulement l’information allant dans le même sens que leur opinion préfabriquée sera retenue.

« Aujourd’hui, la plupart des journalistes conviennent qu’il est impossible d’atteindre une parfaite objectivité. Quand le journaliste choisit l’orientation de son article et les éléments d’un événement, il prend déjà parti. », souligne le Réseau éducation-média sur son site Internet.

D’ailleurs, au sujet de la soi-disant « objectivité » journalistique, il est intéressant de noter que dans les années 1990, la Society of professionnal journalists américaine a éliminé le concept d’objectivité de son code d’éthique. Le mot objectivité ne représente plus ce que les journalistes sont en mesure d’accomplir, ni ce que le public doit s’attendre de leur travail.

L’objectivité désormais acceptée comme étant une illusion, ils préfèrent dorénavant se donner bonne conscience en soulignant que le mieux qu’ils peuvent faire, c’est de présenter des points de vue divergents. On quitte alors le domaine des faits, pour l’univers de la confrontation d’opinions, dont il est difficile, comme on l’a vu en début de texte, de déterminer à quel degré elles sont conformes à la réalité.

Et c’est sans compter que les journalistes aiment bien teinter subtilement leurs reportages de leurs propres opinions, comme s’il s’agissait de faits. Une tendance née dans les années 1960 qui est désormais fort répandue, comme le mentionne le Réseau éducation-média.

« Plusieurs journalistes ont déclaré (par le passé) que, puisqu’il était impossible d’atteindre une parfaite objectivité, c’était une erreur de présenter les nouvelles comme si elles avaient été enregistrées et présentées par un reporter robot, sans que ses sentiments et ses opinions n’interviennent dans le processus. Non seulement fallait-il reconnaître la présence du reporter, mais il fallait également que ses sentiments et ses opinions soient intégrés à la nouvelle », est-il rapporté.

Le « mensonge » journalistique

En éliminant le principe même d’objectivité, on peut craindre les pires dérives. Il se peut fort bien qu’en bout de ligne tout ce qui est rapporté, écrit et raconté, ne soit que partiellement vrai, soit biaisé, soit même, dans certains cas, largement ou même totalement faux. Il est arrivé à plusieurs reprises par le passé que les informations rapportées par des journalistes soient carrément fausses, parce que la source a menti ou parce que le journaliste a menti.

À ce sujet, aux Etats-Unis seulement, le média alternatif www.americanthinker.com a recensé plus d’une soixantaine de cas où des journalistes ont été sanctionnés, au cours des 25 dernières années, pour mensonges, falsification et accusations mensongères. Il est même arrivé qu’une journaliste du Washington Post, Janet Cook, gagne un prix Pulitzer (le plus grand prix de journalisme aux USA) pour un reportage issu à 100% de son imagination !

Tout cela est compréhensible dans le contexte actuel où ce n’est pas tant le fond qui compte, mais plutôt la primeur, le scoop, qui fera en sorte de donner une certaine gloire au média qui la sort et, surtout, au journaliste qui la produit.

Dans un univers où les journalistes peuvent aussi devenir des « stars », la grande visibilité qui leur est donnée grâce à ces primeurs devient pour eux une chasse quotidienne où tout sujet, toute affectation, peut devenir une opportunité de se démarquer des autres.

Il ne traitera plu l’information qu’il recueillera en vertu de l’importance du contexte, mais plutôt pour ses aspects sensationnalistes. Il pourra ainsi mieux vendre sa nouvelle à ses patrons dans le but, bien entendu, qu’elle soit mise le plus en évidence possible, où l’objectif ultime est la manchette ou le « prime time ».

Pour y arriver, certains journalistes seront prêts à tout, même à prendre des moyens assez malhonnêtes pour y arriver.

Le moyen le plus commun est de prendre un détail anodin qui, une fois grossi à la puissance dix, sera très dérangeant. C’est ainsi qu’une exception dans un domaine peut être présentée comme si c’était la norme. Souvent dans les médias, ce n’est plus l’exception qui confirme la règle, mais l’exception qui devient et explique la règle.

« L’anecdote se trouve au début de chaque sujet. Tout part du fait particulier, du fait divers du jour, et s’étend vers le problème plus vaste qu’il semble contenir en lui-même, ou que les journalistes font mine de croire qu’il contient. Comme si ce dernier détenait en lui toutes les causes et toutes les conséquences qui ont fondé la situation plus générale qu’il est censé démontrer », décrie Pierre Mellet dans son article Comment la structure rituelle du Journal télévisé formate nos esprits.

Vient ensuite le choix des personnes interviewées. Il est facile de biaiser un article en donnant une voix prépondérante à un individu ou groupe en ne présentant qu’un côté de la médaille, tout en laissant que peu ou pas de place pour l’autre côté. En ignorant certaines sources ou informations qui auraient pu équilibrer les points de vues, les journalistes occultent ainsi une partie de la réalité.

Et finalement, l’absence d’un droit de réplique. Il est fréquent de voir des accusations être émises lors de reportages et, surtout, lors d’enquêtes, sans pour autant permettre aux « accusés » de se défendre. Au nom de l’intérêt public, tout individu ou groupe vu par les journalistes (selon ses propres convictions) comme une « menace » pour la société sera vilipendé sur la place publique sans même pouvoir s’expliquer.

Le professeur Alain Bouchard en fait d’ailleurs la démonstration avec les minorités religieuses dans son essai Dis-moi ce que tu vois, je te dirai ce que tu es.

« En matière de nouvelles religions, écrit-il, les médias décrivent ces groupes à partir de leur monde, de leur contingence, de leur univers de sens. (…) La secte devient synonyme de danger, de menace pour la société. Comme les médias jouent un rôle important dans la construction de l’opinion public, cette image négative peut amener l’ensemble de la population à se méfier des minorités religieuses et à les juger à partir des préjugés transmis par les médias. Ce phénomène soulève un problème éthique, car si le journaliste donne une information qui ne respecte pas les faits et que cette information porte un préjudice à des individus, quelle responsabilité est en cause ? »

Malheureusement, les journalistes seront portés plus souvent qu’autrement à se laver les mains de cette responsabilité, car ils ont le sentiment de n’avoir fait que leur boulot, de n’avoir servi que l’intérêt public. Mais quand on gratte un peu, on se rend compte que l’intérêt premier qui a été servi est le leur, ainsi que celui de leur employeur.

Les journalistes : des employés d’usine

À tout cela s’ajoutent les contraintes imposées par l’employeur. Il est important de comprendre que les médias, surtout les médias de masse, tentent de nous faire croire que l’information diffusée par leurs journalistes est le résultat de longues enquêtes, de recherches, d’un travail de terrain. Si c’est vrai dans certains cas de journalisme d’enquête de la part de journalistes « vedettes », dans la majorité des cas, ce ne l’est pas.

Comprenons également que la direction des médias laisse peu de temps aux journalistes pour produire leurs papiers. Pour des questions de rentabilité, l’information est considérée comme un produit d’usine et le journaliste comme un ouvrier. Il doit donc noircir le plus de papier possible ou combler le plus de temps d’antenne possible et cela, dans les plus brefs délais, donc au moindre coût.

Cette dynamique créé un grand désarroi chez les « véritables » journalistes, lesquels souhaiteraient tout de même faire leur métier le mieux possible en approfondissant chaque sujet, en testant l’exactitude de l’information recueillie et en s’assurant de la crédibilité de leurs sources. Contraints par leurs limites temporelles, les journalistes ne font que des vérifications minimales et devront faire confiance à des sources qu’ils jugent sérieuses et utiles. Souvent même, ils ne vont que reproduire l’information des communiqués de presse reçus à la rédaction, sans aucune vérification.

Quand les journaliste deviennent des « experts »

De plus, les journalistes se donnent du crédit les uns les autres sans vérifier cette crédibilité. Ils ne contre vérifient pas les sources citées dans les articles précédents. Dans les médias électroniques, cela va encore plus loin, puisque sur les panels de discussion, les réseaux d’information font de moins en moins appel à des experts. Ils sont de plus en plus remplacés par des journalistes, beaucoup plus à l’aise avec la caméra et beaucoup plus disponibles, lesquels sont présentés en tant qu’ « analystes experts ».

Et c’est ici que le bât blesse et que l’on retrouve l’une des principales failles du système médiatique actuel. Faute de temps, les journalistes vont se fier à d’autres journalistes qui ont fait leur travail, eux aussi avec le même manque de ressources et de temps.

Ce phénomène de repiquage d’information ou de « vampirisme journalistique » est d’ailleurs dénoncé de plus en plus par les journalistes. « Il n’est pas normal que les mêmes nouvelles, avec les mêmes citations, se retrouvent dans tous les journaux. C’est toute la qualité de l’information qui s’en trouve amoindrie », se plaignaient des collègues journalistes lors du congrès de la de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) en 2001.

Il vient un temps où tout le monde se fie sur tout le monde. Il est alors facile qu’un fausse information se trouve à entrer dans l’engrenage et se répande comme une traînée de poudre, créant ainsi de grands ravages qu’il sera difficile de réparer.

Quand tout le monde fait confiance à tout le monde, faute de temps pour vérifier si le journaliste ou les sources citées sont dignes de confiance, la porte est ouverte à l’abus de confiance. Les propriétaires, tout comme les autorités, groupes et pouvoirs en place sont conscients de ces lacunes et s’en servent pour permettre ainsi l’abus de pouvoir, la manipulation des masses, bref de faire avancer leur cause par la duperie.

Pour éviter de se conformer

Pour le lecteur, l’auditeur, tout cela ne semble guère rassurant. Rien ne nous assure que nous ne pouvons être victime, de temps à autre, d’abus de confiance de la part des médias. Mais peut-être est-ce notre faute, en bout de ligne, si nous nous laissons prendre au piège ?

Car il est assez paradoxal que, dans un monde où les journalistes font partie des professions auxquelles nous faisons le moins confiance, ces mêmes journalistes occupent une place considérable dans l’établissement de nos opinions, donc de la formation de notre propre réalité !

Peut être devons-nous blâmer le manque d’options. Outre les médias, pour avoir une idée concrète, une opinion éclairée sur un sujet, que nous reste-t-il ? Il ne reste que notre expérience personnelle sur le terrain, ce qui est très limitatif.

Bien entendu, il existe encore des journalistes intègres qui, comprenant bien le mécanisme pervers dans lequel s’engouffrent de plus en plus les médias occidentaux, ne se laissent pas piéger et font leur métier avec le plus de rigueur possible. Mais malheureusement, avec les mécanismes décrits plus hauts, ils se font de plus en plus rares, car seuls les jeunes journalistes sachant se conformer à cette nouvelle dynamique sont embauchés ou promus.

L’espoir permis grâce à Internet

Toutefois, avec l’arrivée d’Internet, il est maintenant possible de multiplier ses sources d’information et de rester vigilant. Et comme le souligne Jean-Paul Marthoz, Internet joue déjà un rôle fort intéressant dans la décentralisation de l’information.

« Les médias américains ont perdu le monopole qui fut un moment le leur. Lors de la première Guerre du Golfe, CNN servait de référence obligée à tous. (…) Lors de la guerre en Iraq de 2003, la polyphonie a été la règle (…) Malgré le conformisme de la majorité de leurs médias, les Américains qui voulaient en savoir plus ont pu, cette fois, sortir de leur insularité (en s’abreuvant de médias étrangers). Les sites des quotidiens britanniques, The Guardian et The Independent, qui offraient une couverture plus critique de la guerre, ont été pris d’assaut », expose-t-il.

La naissance de nombreux médias citoyens, c’est-à-dire des sites de nouvelles où l’internaute peut lui aussi rapporter la nouvelle, faire ses propres enquêtes et les publier, nous donne accès à de nouvelles sources d’information. Cependant, leur visibilité n’étant pas encore aussi forte que celle des médias traditionnels, lesquels ont su se bâtir une large fenêtre sur le web, nous devons encore attendre pour voir s’ils sauront se montrer comme une véritable alternative.

Il y a aussi ce phénomène nouveau, où chaque citoyen peut posséder son propre média, grâce, notamment, aux blogues. « Quand leur auteur a du talent, certains blogues peuvent acquérir une véritable influence. Aux États-Unis, ils forment de plus en plus de véritables groupes de pression électroniques capables, on l’a vu pour les blogues de droite, de faire tomber un journaliste vedette comme Dan Rather (pour avoir appuyé la diffusion d’un reportage mensonger) ou, pour les blogues de gauche, de forcer à la démission le sénateur républicain Trendt Lott, pris en flagrant délit de propos racistes », exposent Denis Pingaud et Bernard Poulet, dans leur article Du pouvoir des médias à l’éclatement de la scènePublique.

Cependant, cette cacophonie grandissante que l’on retrouve sur Internet laisse plusieurs auteurs et chercheurs perplexes. « Face à la saturation provoquée par la multiplication infinie, et infiniment répétitive, des sources d’information, augmente le risque d’une confusion croissante entre la vérité et la manipulation », font valoir Pingaud et Poulet.

Il est aussi utile de se questionner sur les limites que pourrait avoir Internet dans le futur. Lorsque l’on voit comment la Chine et d’autres pays autocratiques ont réussi à contrôler l’espace Internet sur leur territoire, en interdisant l’accès à de nombreux sites n’allant pas dans le même sens que le régime, rien ne nous garantit que nous serons ici protégés contre le même type d’abus de pouvoir gouvernementaux…

Sortir du conformisme social

Pour terminer, rappelons-nous que c’est en connaissant d’abord comment fonctionnent les médias et quelle est leur mécanique interne, en sachant comment se forge l’information quotidienne, en comprenant comment les journalistes recueillent l’information et comment ils la traitent, en comprenant que les reportages ne ressassent, la plupart du temps, que des opinions mises en perspective avec d’autres opinions, ce qui éloigne généralement le public des faits, que nous sommes en mesure de distinguer le vrai du faux.

C’est ainsi qu’il nous est possible de se prémunir contre les informations biaisées, l’abus de confiance, voir la manipulation médiatique.

Nous pouvons alors éviter d’avaler tout cru ce qui est rapporté et ainsi éviter se faire avoir par cette véritable conspiration que sont devenus le « politiquement correct » et le conformisme social où tout le monde va dans la même direction, une direction décidée, et soulignons le à gros traits pour le garder toujours en mémoire, par les élites de notre société.

Sources : Agoravox et Voltaire
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