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21 février 2016

FLASH - Avis de surchauffe de la planète

L'objectif affiché de la COP21 est de maintenir la température globale de la planète à un maximum de +2 °C par rapport à la moyenne pré-industrielle. On en est loin. Si l'on s'en tient aux annonces des États, on se dirige vers +3 °C, ou plus. À ce niveau, les conséquences seront catastrophiques.

Tous les signaux climatiques sont au rouge. Cette année, le thermomètre planétaire va dépasser pour la première fois 1 °C au-dessus de la température moyenne d’avant l’ère industrielle, annonce le Met Office, la météo britannique. Après un mois d’août torride, 2015 devrait être l’année la plus chaude jamais enregistrée, en partie du fait d’un phénomène El-Niño de grande ampleur. L’année 2015 a vu la plus dure sécheresse en Californie depuis cinq siècles, et la pire au Brésil en quatre-vingts ans. Ainsi que des inondations en Afrique australe, en Birmanie, au Chili, en Louisiane et au sud de la France où elles ont fait vingt morts.

Pourtant, cette exceptionnelle année 2015 pourrait n’être qu’un apéritif, le prélude au régime permanent qui nous attend si rien n’est fait pour ralentir le changement climatique. Dans un monde à 4 °C de réchauffement – auquel conduisent les tendances actuelles de consommation d’énergie – la canicule de l’été 2003, qui a tué 70 000 personnes en Europe, serait « un été plutôt doux », d’après Stephen Belcher, du Met Office, cité par The Guardian.

L’objectif affiché de la COP21 reste de contenir le réchauffement global en dessous de 2 °C, le seuil désigné par l’ensemble des pays participant au sommet de Paris comme la limite au-delà de laquelle le danger climatique devient inacceptable. Mais les émissions de gaz carbonique (CO2) qui sont le moteur du réchauffement ne ralentissent pas. Les mesures de la concentration de CO2 dans l’atmosphère ont battu des records ces dernières années. Avant l’ère industrielle, cette concentration tournait autour de 280 ppm (parties par million). La barre des 400 ppm, jamais atteinte depuis 800 000 ans, a été franchie une première fois en mai 2013, puis pendant trois mois d’affilée en 2014 et six mois en 2015, d’après les mesures de la NOAA, la météo des États-Unis. Et 2016 pourrait être la première année ou la moyenne annuelle dépasse 400 ppm (la mesure fluctue pendant l’année à cause des variations saisonnières de la végétation).

De nombreux travaux scientifiques montrent que la limite emblématique des deux degrés sera très probablement franchie d’ici la fin du siècle. Nous sommes à mi-parcours pour la température, et les émissions cumulées de CO2 depuis le XIXe siècle représentent aujourd’hui les deux tiers du « budget » total compatible avec l’objectif deux degrés. Pour tenir cet objectif, il faudrait amorcer une forte baisse des émissions globales immédiatement ou dans les prochaines années. On en est loin. Si les émissions se poursuivent au rythme actuel (scénario business as usual), le réchauffement atteindra maximum 8 °C en 2100. Et si les pays qui participent à la COP21 s’en tiennent à leurs engagements de réductions d’émission, la planète sera sur une trajectoire de 3 °C de réchauffement.

À moins d’un imprévisible retournement de tendance, le pronostic le plus probable est que la température globale d’ici 2100 dépassera de trois degrés la moyenne pré-industrielle, voire de quatre ou davantage. À quoi ressemblera ce monde en surchauffe ?

1. RISQUES AMPLIFIÉS DE MANIÈRE DISPROPORTIONNÉE

Au-dessus de deux degrés de réchauffement, les scientifiques s’attendent à ce que les risques climatiques pour le monde vivant et l’habitat humain augmentent très fortement, avec beaucoup plus d’inondations, de tempêtes, d’intempéries, de sécheresses et des menaces croissantes sur des écosystèmes comme les coraux ou les forêts, entraînant des pressions sur la biodiversité, les ressources en eau, les récoltes.

On peut craindre des phénomènes en cascade amplifiant les effets du réchauffement : par exemple, la fonte du permafrost (pergélisol) pourrait libérer de grandes quantités de CO2 et de méthane qui s’ajouteraient aux émissions humaines ; la fonte des calottes polaires peut ralentir la circulation de grandes masses océaniques, ce qui accentuerait l’élévation du niveau des océans dans l’hémisphère Nord.

Le seuil des 2 °C comporte une part d’arbitraire : il n’évitera pas un certain nombre d’impacts importants du changement climatique, qui commencent déjà à se manifester. Mais si les risques existent déjà au niveau de 2 °C, ils augmentent de manière disproportionnée pour un degré de réchauffement plus élevé. Les impacts négatifs dans un monde à 4 °C seraient plus que doublés par rapport à ceux d’un monde à 2 °C.

Cette amplification du risque est illustrée par une analyse du groupe de recherche britannique Avoid 2. Elle compare les impacts d’un scénario où les émissions sont réduites de manière à rester en dessous du seuil de 2 °C à ceux d’un scénario à 3 °C, correspondant aux actuelles promesses des différents pays et à un scénario sans réduction d’émissions conduisant à 5 °C de réchauffement.

En 2100, les inondations affecteraient 30 millions de personnes par an si l’objectif 2 °C est tenu, 60 millions par an avec 3 °C de réchauffement et 120 millions avec 5 °C. Les vagues de chaleur toucheraient 3 fois plus de personnes par an dans un monde à 3 °C que dans un monde à 2 °C, et 9 fois plus dans le scénario à 5 °C.

2. BOMBAY, NEW YORK ET SHANGHAI SOUS LES EAUX

À l’échelle planétaire, l’effet le plus sensible du réchauffement est la montée du niveau des océans. Elle résulte de la dilatation de l’eau due à la chaleur, ainsi que de la fonte des glaciers et des calottes polaires du Groenland et de l’Antarctique. Une étude qui vient d’être publiée par Climate Central, groupe de scientifiques installé à Princeton (New Jersey), montre qu’un réchauffement de 3 °C ferait monter le niveau des océans de 6,4 mètres, et un scénario à 4 °C entraînerait une hausse de près de 9 mètres, engloutissant des territoires qui abritent aujourd’hui 600 millions de personnes, dont les trois quarts en Asie.

De grandes villes côtières comme Bombay, Calcutta, Djakarta, Hanoï, Hong Kong, New York ou Shanghai pourraient être noyées d’ici deux ou plusieurs siècles.

En contenant le réchauffement à 2 °C , on n’éliminerait pas le risque mais on le réduirait très fortement : la montée des eaux serait de 4,7 mètres, menaçant l’habitat actuel de 280 millions de personnes. La Chine, le pays le plus exposé, compte aujourd’hui 145 millions de citoyens dont l’habitat serait menacé par un réchauffement de 4 °C ; avec 2 °C, le chiffre descendrait à 64 millions.

Pour l’Inde, le Bangladesh, le Viêtnam, l’Indonésie, le Japon, les États-Unis, les Philippines ou l’Égypte, un scénario à 2 °C aboutirait à diminuer de 10 millions le nombre d’habitants vivant dans une région menacée par les eaux.

« Il y a un monde de différence entre un scénario à 2 °C et un à 4 °C, résume pour l’AFP Benjamin Strauss, premier auteur du rapport de Climate Central. Limiter le réchauffement à 2 °C épargnerait beaucoup de dommages à la Chine et à d’autres nations. »

Strauss et ses collègues ne donnent pas de prévisions précises sur le délai au bout duquel les océans vont s’élever : New York et Shanghai pourraient être englouties d’ici 2200, mais plus probablement dans 2000 ans. La raison de cette grande incertitude temporelle est que, si l’on peut évaluer assez précisément quelle quantité de glace va fondre, il est beaucoup plus difficile de prévoir le temps qu’elle va mettre à le faire.

Dans un scénario catastrophe publié en juillet dernier, James Hansen et plusieurs co-auteurs pronostiquaient une hausse du niveau des mers pouvant atteindre plusieurs mètres dès 2100, beaucoup plus que ce qu’anticipent la plupart des scientifiques. New York et Shanghai seraient alors noyées dès la fin de ce siècle. Mais les hypothèses de Hansen sont jugées excessivement pessimistes par d’autres chercheurs. Une étude publiée en 2014 par Robert Kopp, de l’université Rutgers, sur laquelle s’appuient Strauss et ses collègues, donne un pronostic plus modéré : avec un fort réchauffement, l’élévation du niveau des océans a 99,5 % de chances d’être inférieure à 1,80 mètre en 2100, et la même probabilité d’être en dessous de 6,3 mètres en 2200.

Strauss et ses collègues insistent sur le fait que même si l’effet ultime de la montée des eaux se manifeste dans un futur relativement éloigné, il est déterminé par des actions à court terme. Le sort des mégalopoles côtières dans les siècles à venir se décide aujourd’hui et dans le proche avenir.

À l’échelle de ce siècle, la hausse du niveau des mers menace les régions côtières peu élevées et fortement peuplées, comme les grands deltas (Gange, Mékong, Nil). D’ici 2050, une élévation de 30 cm de l’océan dans le delta du Mékong va provoquer une intrusion d’eau saline. À l’horizon 2100, l’habitat de millions de personnes sera remis en cause par la montée des eaux.

Certaines de ces régions sont en partie protégées par des récifs coralliens ou des mangroves, que le réchauffement tend à faire disparaître. Les récifs coralliens risquent d’être atteints en Micronésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Australie ou en Inde équatoriale.

Du fait de l’afflux de population dans les régions côtières et de la hausse du niveau des océans, la fraction de la population exposée au risque d’inondation augmente. Si le réchauffement dépasse 2 °C en 2100, jusqu’à 4,6 % de la population mondiale pourrait être exposée chaque année à des inondations, selon une étude de 2014 dirigée par Jochen Hinkel (Global Climate Forum, Berlin). Cette étude s’appuie, pour l’élévation du niveau des mers, sur les estimations du Giec, qui sont prudentes du fait que l’on mesure mal l’impact de la fonte des glaces.

Source : Mediapart
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