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8 février 2016

En attendant la grosse tempête

Commençons par la réforme du FMI qui prendra effet dans quelques semaines. Même cette petite réforme a subi à plusieurs reprises le veto de l’Empire du Chaos. Washington détient toujours la plus grande part du quota et du vote au sein du FMI, devant le Japon. Mais maintenant, la Chine est à la 3e place et les membres du BRICS tel que le Brésil, Russie et Inde qui sont dans les 10 premiers.

Mais cela ne veut pas dire changement radical. Le gouvernement américain refuse toujours de mettre en œuvre une réforme complète qui finirait par réduire la puissance globale du FMI. La Chine, quant à elle, avance avec des faits sur le terrain : comme la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), accompagnée par les BRICS avec leur Nouvelle banque pour le développement (NDB), une tentative sérieuse pour briser la mainmise de la frauduleuse hyper-exploitation du système monétaire et financier.

Guerre Froide – Bonne gaule, chaud devant !

Bretton Woods est peut-être mort, mais le monde est encore encombré de son cadavre. Pareil pour le grand Consensus de Washington – pour autant qu’il faille payer les pots cassés de plus en plus ensanglantés.

Une avalanche a été déclenchée dans les années Reagan – que le spectacle de la dernière Guerre froide a parfaitement immortalisée dans la nouvelle série de Deutschland 83.

Dans les années funk de 1980, le gouvernement américain a réduit les impôts pour les riches et attaqué les syndicats de travailleurs. Puis, dans les années 1990, il externalisé les emplois manufacturiers bien rémunérés vers le Mexique, la Chine et d’autres pays à bas salaires, et déréglementé la finance – via l’abrogation du Glass Steagall Act et l’adoption de la Loi sur la modernisation des marchés à terme sur les matières premières en 2000 (Commodity Futures Modernization Act) sous Bill Clinton.

Les guerres d’Afghanistan et d’Irak, dans les années 2000, ont coûté aux contribuables américains au moins 3 trillions de dollars – et ouvert la voie à l’énorme crise financière de 2008, qui est toujours en cours et prête à se métastaser dans un crash encore plus grand.

Après tout, dans sa réponse à la crise, la Réserve fédérale américaine, suivie par la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon, se sont lancées dans une frénésie d’assouplissement quantitatif (QE) – transfert de milliards de dollars pour soutenir, avec l’argent des contribuables, des banques insolvables à l’époque et qui le sont toujours.

Ce tsunami d’argent n’est évidemment pas resté les bras croisés, mais a été canalisé dans des escroqueries vertigineuses de maximisation du rendement, en gonflant artificiellement les cours de bourses (via le rachat par les sociétés de leurs propres actions) et en fournissant de l’argent ultra-bon marché aux investisseurs immobiliers.

L’état des lieux aux États-Unis – que le généralissime Trump décrit savamment par un laconique rien "ne fonctionne dans ce putain de pays" – énonce un taux de chômage élevé ; une croissance de l’emploi merdique car 90% des nouveaux emplois sont précaires avec des salaires de misère, peu d’avantages et aucune sécurité de l’emploi ; et une explosion des déficits.

La politique étrangère américaine, sur le plan du commerce et sous l’administration du canard boiteux Obama, se borne à pousser l’OTAN à s’engager dans des pactes commerciaux ; TPP sur le Pacifique et TTIP sur l'Atlantique, qui concernent l’UE et le Japon, tous deux en stagnation voire en récession, tout en excluant la Chine. Cela signifie que tous deux sont, finalement, mort-nés ; personne, nulle part, ne peut augmenter sa croissance économique en excluant la Chine.

En termes de Guerre froide 2.0, la politique étrangère américaine implique maintenant un théâtre latent de guerre US & OTAN englobant le Maghreb, la Corne de l’Afrique, le Levant, le bassin de la mer Caspienne, le golfe Persique, l’océan Indien, la mer de Chine du Sud, et l’ensemble de l’Europe de l’Est jusqu’aux régions frontalières russes.

Comme on pouvait s’y attendre, les contribuables américains financent la mentalité de la Guerre froide 2.0 avec un Pentagone qui garde bien vivante la possibilité d’une confrontation militaire directe contre les trois pôles clés de l’intégration eurasienne : la Russie, la Chine et l’Iran.

Pivot vers nulle part

La myriade de problèmes économiques qui se posent au turbo-capitalisme américain sont structurels et absolument récurrents dans le cadre du système éco-politique en place, qui est en fait un crypto-consensus incestueux entre Washington et Wall Street. Les fissures entre les Maîtres de l’Univers eux-mêmes sont proches d’apparaître avec éclat au grand jour alors que la planète s’embarque dans un changement tectonique vers un ordre économique et politique plus multipolaire centré sur l’Eurasie.

Sur le plan géopolitique, la meilleure chose que pouvait offrir l’administration Obama en 2011 était le pivot vers l’Asie qui s’est jusqu’ici traduit par des intimidations sporadiques de l’US Navy dans la mer de Chine méridionale, transformée en une nouvelle région de tension importante avant même que les États-Unis aient réussi à se sortir du foutoir au Moyen-Orient.

Pékin, quant à lui, met le pied au plancher, assis sur le siège avant, en accumulant un capital politique et commercial qui accroît l’interdépendance économique pan-eurasienne. Non seulement l’AIIB mais aussi le Fonds de la Route de la Soie, et même la banque de développement NDB à l’avenir, seront toutes orientées vers la mise en place de la vision d’Une ceinture, une Route maritime ; les voies qui seront la ligne de vie d’une Eurasie intégrée.

La stratégie de la Chine et des BRICS pour installer un rival monétaire international, financier, diplomatique, commercial et géopolitique est le cauchemar ultime des Maîtres de l’Univers – aussi divisés qu’il puissent paraître. Donc, pas étonnant que la seule réaction visible, par l’intermédiaire du Pentagone et de l'OTAN, a été de faire monter la peur en avertissant du chaos inévitable si la puissance hégémonique n’est pas crédible pour imposer sa version de l’ordre.

C’est comme si la planète entière attendait avec fatalisme, en suspension, la prochaine grande crise, la crise inévitable. Le véritable suspense est de savoir si la nouvelle métastase de la crise condamnera une fois pour toute la domination financière et militaire de la puissance hégémonique. En attendant, regardons Deutschland 83.

Article traduit sur SFC
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