Recherche

5 juillet 2015

FLASH - Le pouvoir terrifiant des journaux télévisés

On a beau dire que le pouvoir des bulletins télévisés est terrifiant et sans pareil, c'est toujours plus parlant lorsqu'on se base sur un exemple récent... Revenons un an et demi en arrière, reprenons l'exemple depuis le début car on oublie vite !

C'était un week-end de février, en famille. Nous séjournions chez une de nos proches. L'après midi se terminait. Jetant de temps à autre un œil distrait vers la télévision diffusant les actualités, je suivais plus ou moins la conversation en cours au sein de notre groupe. C'était l'époque où depuis déjà quelques semaines les chaînes de télé diffusaient en chœur ce qu'on pourrait qualifier d'ode à la gloire des manifestations de la place Maïdan, en Ukraine. Toutes les télévisions du monde dit « libre » avaient fait de cette place leur lieu de tournage, un véritable studio pour une promo mondiale. Depuis des jours déjà, catapultes, barricades, stocks de projectiles variés et armes contondantes avaient été préparés avec soin pour le grand jour et personne ne le cachait.

Tout ceci avec la permission tacite du gouvernement encore en place, perdu, certes laxiste et voleur comme c'est le cas dans des pays du monde « libre », mais néanmoins élu. Il n'y avait apparemment pas de raison de cacher le projet parce-que ce mouvement était le symbole ultime de la conquête de la liberté. Le public l'avait facilement admis, sans se poser la question sur ce qui se passerait si un jour une manifestation parisienne s'éternisait en soirée et débouchait sur l'installation d'un campement, même non armé, face au palais de l'Elysée. J'avoue que j'avais déjà été surpris et agacé, en ce mois de février, par cette facilité qu'avaient les principaux médias, parfaitement alignés au timing près, pour paralyser les cerveaux par des semblants de résultats d'analyses toutes faites.

La recette consistait probablement en partie en l'exploitation de cette mentalité condescendante inculquée aux peuples d'Europe de l'Ouest : A l'Est ils auraient été encore un peu sauvages, mais comme ils avaient soif d'Union Européenne, donc de liberté, et que leur gouvernement était dit « pro-russe », donc implicitement dictatorial, on pouvait ainsi leur excuser ces quelques écarts. Et on pouvait même les soutenir, pourquoi pas, dans une tentative de Coup d'Etat, puisque tant qu'il s'agit de casser du pro-russe c'est pardonnable ! Bien sûr, il fallait aussi éviter que le spectateur n'ait envie de réfléchir à la raison qu'avait le gouvernement de l'époque pour refuser l'accord d'association avec l'Union Européenne au profit d'un accord douanier avec la Russie.

Il fallait éviter de s'attarder sur la dégonfle de dernière minute de la dite union : Les milliards annoncés en remplacement des milliards russes, c'était une blague ! Ils sont bêtes, dans ces pays de l'Est, tout de même ! Ils prennent au pied de la lettre ce qu'on leur dit ! Tous ces détails qui font trop réfléchir et fatiguent la pauvre tête, mieux valait ne pas vraiment en parler et juste déformer les faits en présentant la perte des milliards russes comme une « pression de la Russie ». C'était encore une raison de plus pour exiger une révolution antirusse. On y gagnait sur tous les plans ! Et c'était dans ce contexte que nous allions assister, devant la télé, à la retransmission d'un Coup d'Etat, sous son jour le plus flatteur.

Et ce n'était pas là une tâche facile ! Malgré les tentatives d'occulter massivement des heures entières de scènes d'attaques au cocktail Molotov, au tractopelle, à la barre de fer et objets similaires de la part des « combattants de la liberté », il était difficile d'occuper le temps d'antenne alloué avec une mise en boucle des ripostes des forces de l'ordre. On voyait déjà clairement, même sans visionner les scènes coupées que j'allais voir plus tard, à qui on avait affaire. Et c'est cela qui m'amenait à penser que cette fois l'opération promotionnelle allait en prendre un coup. Je pensais : « Ce n'est pas possible, cette fois ils vont se casser les dents en racontant le contraire exact de ce qu'ils nous montrent eux-mêmes à l'écran ».

Et aujourd'hui je découvre à quel point j'étais encore naïf sur un certain point : Une considérable sous évaluation du pouvoir sans limites de la presse télévisée, soutenue par la presse écrite moins puissante mais encore plus déchaînée. Car le message est passé comme une lettre à la poste. Des millions de téléspectateurs ont bu avec confiance les discours à la gloire du « Maïdan » libérateur et résistant à une violence policière arbitraire, ces mêmes discours étant illustrés par des images en totale contradiction avec le message.

Le succès de l'opération de communication qu'on peut réellement appeler propagande fut, il est vrai, facilité par le fait que la présence de snipers embusqués fut volontairement mal expliquée de sorte à être confondue avec la riposte des forces spéciales aux tirs venus d'activistes. J'allais avoir la confirmation de la nature totalement offensive et barbare du mouvement durant les jours qui allaient suivre, grâce aux multiples vidéos aisément qualifiées de « pro-russes » disponibles sur internet. Mais une fois la machine en marche, peu importait à chacun de savoir pour qui travaillaient les snipers tirant vers les deux camps.

Ce scénario, révélé plus tard même par la télévision allemande pourtant très agressive envers la Russie, est pourtant régulièrement remarqué depuis longtemps et a toujours amorcé le début des opérations de changement de pouvoir ou de guerres civiles, partout dans le monde. Mais quand les émotions intensivement stimulées ont pris le dessus, un tel niveau de recul et de réflexion demande déjà un certain effort et une remise en cause de l'information officielle qui vous donne l'impression de devenir un marginal, un complotiste.

On peut donc imaginer facilement dans quelle situation nous nous trouvions, mon épouse russe et moi, face à notre hôte très représentative du téléspectateur confiant et discipliné. Quand on a vécu dans le « monde libre » durant toute sa vie, on est convaincu que ce ne sont pas des gens qui on passé leur jeunesse en URSS qui sont capables, plus que nous, de prendre du recul et de ne pas être sous influence. Et là est pourtant le secret de la réussite de la propagande moderne. Car les gens qui ont connu une propagande massive et grossière dans leur jeunesse puis l'ont identifiée comme telle sont au contraire bien plus capables, l'âge aidant, de déceler un retour de ces mêmes pratiques en d'autres temps et en d'autres lieux.

Ce cas fut l'exemple le plus marquant de ma vie à ce sujet. Nous allions assister à une opération de renversement d'un gouvernement élu, à un an de la date des prochaines élections, avec le soutien plus explicite et assumé que jamais de puissances étrangères – autrement dit « nous » – non seulement sans scrupules mais avec la fierté d'être les éducateurs du monde. Imaginez donc la surprise de notre hôte à la vue de nos indignations, de nos remises en cause des affirmations péremptoires, et ainsi de suite !

Car c'est dans cette ambiance que la soirée avait commencée. Les accords signés pourtant par Ianoukovitch, sous pression non équivoque de représentants de l'Union Européenne et des Etats-Unis, n'avaient pas suffi car il fallait prendre le pouvoir tout de suite. Et ce fut le cas ce soir là, par la force pure. La mission étant accomplie, sur les lieux du champ de bataille s'organisait alors un mélange de ce qu'on pourrait appeler un meeting politique et d'une veillée funèbre. Association que je trouve personnellement de très mauvais goût, mais il ne s'agit là que d'une opinion personnelle. Car ce qui était le plus indécent était la reprise en boucle d'images de braves grand-mères en pleurs, d'ailleurs sûrement très sincères, non pas pour dénoncer cette opération criminelle et son soutien ayant causé la mort même d'innocents, mais au contraire pour légitimer la dite opération.

Quand on voit qu'il y a déjà eu des morts sur un lieu aussi peu stratégique à court terme que le site de Sivens en France, comment peut-on ne pas se poser la question sur ce qui se produirait dans le cas où une attaque du palais de l'Elysée aurait lieu ? La paralysie des cerveaux était cependant totale, et toute tentative d'inviter à la présente réflexion provoquait chez notre interlocutrice une moue témoignant d'un mélange d'embarras et de peur.

La peur de se laisser peut-être convaincre par des gens à l'attitude marginale et incorrecte. Cette moue signifiait en quelque sorte : « Non, je ne me laisserai pas endoctriner par des gens sous influence russe. Moi je ne connais pas le sujet mais toutes les chaînes sont d'accord et ici nous avons une presse objective ». Plus tard, à la vue des vidéos non censurées, la seule réponse trouvée fut la suivante, désignant les berkouts ukrainiens résistants aux coups de masse et brûlés vifs : « Oui, mais qu'est-ce qu'ils font là, ces russes ? ». L'emprise était totale.

Une presse objective... Certes, tant qu'il s'agit de laver son linge sale en famille et de relater sur un ton moqueur les petites guéguerres entre les grands partis politiques français, on peut s'attendre à des démonstrations insolentes d'insoumission de la part de nos médias. Ceci plaît au public et le rassure. Mais attention, il y a un contrat à respecter si on veut continuer à bénéficier des précieuses subventions de l'Etat et contenter les actionnaires ou propriétaires des dits médias : Européisme, atlantisme et discours vaguement sociétal selon les normes en vigueur sont impératifs. Or, ces trois piliers de la doxa « mainstream » convergent tous vers une détestation de la Russie.

Je pense que je n'innove rien ici pour les lecteurs familiers de la presse alternative. Pourtant, avec l'explosion du nombre de chaînes de télé, l'impression de pluralisme s'est renforcée chez ceux qui demeurent encore dans la matrice. Les mêmes sujets sont traités à la même minute de la même façon, et c'est ainsi que le zappeur curieux peut analyser le pluralisme en question. C'est gros et pourtant çà marche. Ca marche même spectaculairement bien.

Le spectateur écoutant d'un air distrait ne retiendra que des mots clés et des images percutantes, surtout si le sujet ne le touche pas personnellement. Ensuite, un « expert » recruté parmi les activistes d'euromaïdan sera convoqué pour donner son avis indiscutable : C'est ainsi qu'il faut voir les choses et pas autrement. A l'occasion, l'intéressé fier de la mise à sac de Kiev pleurnichera parce-que des réfractaires ont cassé une porte pour entrer dans un bâtiment officiel quelque part dans l'Est.

Aussi, bien que cette année ukrainienne 2014 allait donner à plusieurs reprises de terribles occasions de prise de conscience et qu'à chaque fois j'allais être choqué par la gravité de nouveaux forfaits accablants pour la réputation des putschistes de Kiev, j'allais être tout autant sidéré de voir comment tout serait transformé, déformé, nié, au point d'en arriver jusqu'au mensonge parfaitement conscient et total. On avait dépassé le simple stade de la communication promotionnelle malhonnête. Il s'agissait là de mensonges dignes d'une Pravda des années 30 de la part de ceux qui pourtant s'étaient subitement découverts une vocation anticommuniste pour l'occasion.

Le communisme n'existe d'ailleurs pratiquement plus mais on avait déjà vu çà avec les antifascistes encore quarante ans après la fin de la deuxième guerre mondiale. Donc dans la même logique de décalage on verra peut-être en Europe une presse officielle antimaïdan dans quarante ans. Pour l'instant, c'est une impression permanente de cauchemar. Nos médias et la plupart de nos hommes politiques sont allés plus loin que je n'aurais jamais pu l'imaginer.

Un cauchemar, c'est exagéré ? Non, sûrement pas lorsqu'on s'est aperçu avec horreur que la vraie affaire des snipers révélée un peu plus tard a complètement été étouffée en France, puis que le meurtre de masse d'innocents à Odessa — attesté par les vidéos des criminels eux-mêmes — a été décrit par Libération comme une petite bagarre avec des supporters de foot trop excités qui a « mal tourné » à cause d'un « accident ». Cette affaire a marqué un tournant grave dans la perception qu'avait non seulement le pouvoir russe mais toute la population russe envers l'Europe de l'Ouest. Une cassure grave dont on ne mesure pas encore l'ampleur aujourd'hui.

Non seulement le fait lui-même était une horreur, mais sa glorification ouverte et assumée par des députés et membres des partis de la coalition putschiste ukrainienne, ainsi que plus tard par Porochenko, le fut encore plus. Choqués, les russes ne s'étaient alors pas imaginés qu'il fût possible que les européens continuent de fermer les yeux sur la nature du régime qu'ils soutenaient coûte que coûte. Pourtant, la censure et le déni en France furent complets à ce sujet. Mais çà n'a pas suffi. Nous n'en étions qu'au début. Restait le bombardement arbitraire et sauvage de Lougansk, pourtant attesté par plusieurs prises de vues et confirmé par l'OSCE.

L'événement fut présenté chez nous par les mêmes tristes sires comme une erreur de manipulation d'un lance roquettes par des « séparatistes ». Vinrent ensuite les récits multiples des invasions russes lors desquelles des centaines de chars russes jamais visibles — sauf sur des photos de Géorgie — étaient soi disant détruits par les forces armées ukrainiennes. Et comme le disait avec aplomb et assurance « l'expert » télégénique et radiophonique François Heisbourg à propos de chaque nouveau bobard, « c'est vrai puisque c'est Kiev qui le dit ! ». Mais ce n'était pas assez et Kiev dut trouver autre chose pour tenter de faire entrer l'Europe de l'Ouest en guerre contre la rébellion antimaïdan, et pourquoi pas contre la Russie, cette voleuse de Crimée qui a osé faire presque comme la France avec Mayotte... qui n'avait au passage aucun passé français.

Il fallait une tragédie de grandeur ampleur, quelque chose qui secoue les tripes des européens de l'Ouest au point qu'ils se sentent personnellement touchés. A ce titre, que pouvait-il y avoir de plus efficace que de faire dévier l'itinéraire habituel des avions civils au dessus de territoires insurgés préalablement bombardés ? Cela peut fonctionner une fois un avion civil abattu, sous réserve de prendre quelques précautions, comme la disparition des enregistrements des conversations avec le contrôle aérien, la signature d'un accord de non divulgation du contenu des boîtes noires excluant la Malaisie, le principal intéressé et le seul vraiment neutre dans le conflit. Enfin, une « preuve express » mise en ligne moins d'une heure après le crash, rassemblant des extraits de conversations téléphoniques différentes mises bout à bout pour prétendre prouver un aveu des séparatistes, çà ne mange pas de pain, même si çà n'occupe guère longtemps.

Là encore, ce brave Heisbourg, l'expert, était là, dès le lendemain matin sur France 2, pour nous annoncer carrément que l'avion avait été abattu par un missile lancé depuis la Russie même ! Comme la chose s'est très vite avérée totalement impossible, il fallut vite changer de version et se contenter d'un tir des insurgés avec assistance russe. Plus le temps passait, plus les « preuves américaines » de la responsabilité des insurgés s'évanouissaient jusqu'au jour où l'oubli fut considéré comme une meilleure solution.

Enfin, aujourd'hui, alors que personne n'a encore aucune preuve de quoi que ce soit, si ce n'est peut-être une preuve que nous ne devrions pas connaître, il est fort choquant de constater que même dans sa propre version Kiev admet que les insurgés auraient pu confondre l'avion MH17 avec l'un de ses avions militaires, éventuellement équipé de gentilles bombes. Pour toute personne qui réfléchit, cela constitue purement et simplement un aveu. Il s'agissait bien de causer délibérément l'attaque de l'avion en provoquant cette confusion.

Reste à savoir s'il a été nécessaire à nos « combattants de Maïdan » de donner plus qu'un petit coup de pouce au destin, ce qui est de plus en plus probable. Et la liste des faits marquants, révélant une complicité sans bornes de notre gouvernement et de ses maîtres de Washington, ne s'arrête pas là ! Combien de pilonnages, d'exactions dans le Donbass assumés par les bataillons punitifs eux-mêmes, sont plaisamment occultés par nos amis de Maïdan, j'ai nommé nos chères chaînes de télé et notre gratin politique dominant ! Jamais je n'aurais cru qu'ils puissent aller si loin, jamais ! Cérémonies officielles où des bataillons ouvertement néonazis et fiers de l'être sont décorés par des membres du gouvernement, recrutement de criminels de droit commun libérés pour aller « punir » le Donbass insoumis, Kiev n'a reculé devant rien avec la complicité la plus totale de l'Union Européenne lui assurant un silence médiatique total.

Les donneurs d'ordre à Washington, dont la communication officielle est même censurée chez nous tant elle pourrait faire peur, ne reculeront devant rien. Ils font feu de tout bois : Djihadistes, néonazis, mafieux. Tout ce qui peut détruire un pays, le mettre en morceaux, à la merci du pillage le plus total. C'est en cours dans une dizaine de pays en ce moment. L'instrument de persuasion destiné à nous le faire approuver détient un pouvoir total sur au moins 70% de la population, quoiqu'il faille faire passer. L'Ukraine est le dernier exemple. Je ressens comme un profond dégoût à propos de ce qu'on m'a fait croire dans le passé pour la Yougoslavie, l'Irak, et tant d'autres. Pour la Syrie et la Libye, j'avais déjà de sérieux doutes. Mais la liste n'est pas terminée. Macédoine ? Arménie ? C'est l'Europe de l'Est, cette fois toute entière, qui doit entrer dans le chaos pour respecter le plan.

RFI est déjà sur l'affaire et adopte déjà un ton de mauvaise foi malsaine à chaque mouvement de rue appelant à la démission d'un gouvernement élu. La Grèce n'est d'ailleurs pas épargnée. J'ai peur qu'un nouveau cauchemar commence, pour le plus grand bonheur de nos chantres des droits de l'homme, ces hypocrites négationnistes de la politique et de médias qui traitent à longueur de journée les eurosceptiques de fascistes. Alors, finalement, la pilule bleue ou la pilule rouge ?

Source : Agoravox
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...