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18 juillet 2015

FLASH - Les murs du Nouvel Ordre Mondial

Des barrières militarisées sur plusieurs frontières interétatiques dans un monde de plus en plus divisé, insécure et paranoiaque, une mondialisation mise échec et mat.

La paranoïa s’est emparée de quelques chefs d’État dans le monde dont l’un, Viktor Orban, vient d’annoncer que son pays, la Hongrie, construira une clôture de 4 mètres de haut qui s’étendra sur 175 kilomètres au sud, sur sa frontière avec la Serbie. Il est évoqué qu’éventuellement une autre sera construite sur sa frontière avec la Croatie. Les murs se multiplient dans le monde. Avec la peur générée par le contexte géopolitique global ou régional un nouveau mur apparaît à tous les trois mois et on a le droit de se demander si tous les pays seront murés de façon étanche de manière à empêcher désormais tout mouvement migratoire non contrôlé entre les États. On en vient à parler même d’une industrie des murs qui tend à se justifier « pour limiter l’immigration de travailleurs pauvres, pour réduire l’activité de mouvements séparatistes et de groupes terroristes ou criminels, pour empêcher la contrebande et pour contrecarrer l’introduction de produits illicites (drogue, armes) sur le territoire national ».

Dans ce contexte, un grand nombre de reportages et d’analyses sous tous les aspects ont été produits concernant les murs de sécurité ou de séparation construits sur les frontières interétatiques au cours des dernières années. La Documentation française abordait cette réalité en 2008. La tenue d’une conférence internationale organisée par la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal, Québec, Canada, en octobre 2013, analysait de façon exhaustive l’ensemble du déploiement de ce phénomène. On a assisté à la création d’un réseau mondial de chercheurs dédiés à l’étude des murs et des barrières. Une myriade d’articles a été consacrée au mur du Sud entre les États-Unis et le Mexique et à celui que l’on a surnommé le Mur de fer ou le Mur de la Honte entre Israël et la Cisjordanie. Pour le grand public les informations diffusées à ce sujet ont été plutôt rares.

Le Rideau de fer symbolisé par le Mur de Berlin et situé au cœur de la guerre froide est resté dans la mémoire collective. Des murs ont été édifiés aussi pour séparer des quartiers urbains comme les « Peace Lines » à Belfast et ceux de Babdad avec la Ligne verte et ceux séparant les Sunnites des Chiites. Une enceinte a été édifiée récemment autour de Bagdad.

La prolifération de murs entre les États se veut l’illustration d’un phénomène d’une forte confrontation entre les populations voire même d’une attitude raciste, d’un sentiment profond d’aversion entre elles et même parfois d’un comportement paranoïaque souvent amplifié par la propagande haineuse. Pour en arriver à devoir implanter une barrière physique il faut y voir un sentiment de haine atavique d’une grande intensité.

L’existence d’un grand nombre de murs reste une inconnue pour plusieurs et, notamment, celui qui a été construit sur la frontière entre Israël et l’Égypte ou celui qui a été édifié par l’Inde pour entourer le Bangladesh sur une longueur de 4 000 km. De plus, il importe de noter qu’aujourd’hui la cinquantaine de murs-frontières recensés a une longueur totale de 21 000 km, soit plus de la moitié de la circonférence de la terre, celle-ci étant de 40 075 km.

Sans vouloir faire un examen exhaustif de cette réalité nous proposons, ici, d’essayer d’en cerner non seulement l’ampleur mais aussi les conséquences à long terme de cette approche dite « sécuritaire » sur la géopolitique mondiale. La géographie des murs permet de revoir celle des frontières interétatiques et celle des espaces dans lesquels il est possible de circuler plus librement tel que celui de Schengen. Elle permet, enfin, de comprendre que le fossé entre le Nord et le Sud ne cesse de s’agrandir, ce fossé étant la séparation de facto entre les espaces des pouvoirs impérialistes de l’Occident et ceux d’une large périphérie contrôlée et exploitée par les règles d’un système capitaliste destructeur mondialisé.

[...]

Le découpage géopolitique mondial sera de plus en plus difficile à modifier et, notamment, celui qui a été marqué par l’histoire et la colonisation, le tracé des frontières actuelles devenant entre de nombreux pays totalement immuable étant bétonné et grillagé à l’instar des murs qui entourent les établissements pénitentiaires.

La réalité des murs est comme celle des remparts des cités fortifiées du Moyen Âge en ce qui a trait aux stratégies ou dispositifs de défense devant les assauts ou invasion des « ennemis » (terroristes, djihadistes ou migrants clandestins). Les murs sont construits aujourd’hui non seulement pour assurer la sécurité de ceux qui les édifient mais aussi pour séparer les « tenants de diverses croyances ou allégeances religieuses » ou pour contrer les mouvements migratoires de masse et/ou réfugiés comme on peut l’observer entre les Amériques et entre le continent africain et l’Union européenne.

La recherche d’un contrôle absolu des frontières voire même de leur fort de degré de militarisation risque de s’accentuer en dépit des efforts consentis pour l’établissement des espaces protégés transfrontaliers pour la paix et la coopération. La militarisation planétaire grandissante accompagnée par la guerre contre la terreur perpétrée par les puissances impérialistes crée une atmosphère peu propice au rapprochement entre les peuples. Heureusement, les moyens de télécommunication permettent encore aux forces vives de la société civile de tisser des liens permanents de solidarité et de coopération dans tous les domaines de l’activité humaine.

Nous avons constaté que le Mur de fer condamne les Palestiniens à vivre comme des prisonniers étant assujettis à un contrôle serré de leurs mouvements par les Israéliens, un contrôle marqué par une occupation accablante de leur espace de vie désormais déstructuré à tout jamais. Les murs de Belfast et de Bagdad séparent, soi-disant, des protagonistes prônant des croyances religieuses divergentes. Ces deux réalités laissent présager la construction d’autres murs dans les mégalopoles pour séparer les quartiers riches des quartiers pauvres, réalité dont nous avons un avant-goût avec les ghettos pour les mieux nantis avec entrée contrôlée et surveillance.

On assiste maintenant à une véritable prolifération des barrières de sécurité, une espèce de paranoïa qui risque d’avoir un effet fort négatif sur la gouvernance mondiale et sur les politiques en matière des droits humains et des libertés fondamentales. Le droit à la liberté de circulation sera affecté à l’instar de celui de manifester, tout ceci allant à l’encontre de l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’homme, de celui des Chartes et du libellé en cette matière à l’intérieur des constitutions nationales. Le droit fondamental de la citoyenneté va s’étioler peu à peu et l’humanité sera à toutes fins pratiques prise en otage et condamnée à obéir aux impératifs des puissances impérialistes. Bien plus, le sort qui lui est réservé est la mise en opération de barrières virtuelles mise en place entre toutes les entités nationales, les frontières politiques de la surface terrestre se transformant peu à peu en un casse-tête électronique dont les contours seront placés sous très haute surveillance grâce à des techniques de télédétection avancées, le tout appuyé par un contrôle militaire de plus en plus développé sur le terrain. La frontière entre les États-Unis et le Canada sera l’une des premières à être pourvue d’un tel système de contrôle virtuel.

Des murs méconnus

Des murs d’une grande signification sont méconnus du public : Le mur entre l’Inde et le Bangladesh entourant le pays tout entier, le territoire d’Israël et les murs du Sud sont aujourd’hui peu connus. Ces murs n’ont pas été suffisamment couverts par la presse internationale. Le mur construit par l’Inde sur sa frontière avec le Bangladesh s’apparente au surréalisme. Comment concevoir et exécuter un projet aussi absurde que d’encercler d’une barrière tout un pays dont la longueur de la frontière est la cinquième au monde, des milliers de kilomètres qui demandent une surveillance serrée? (figure 13).

Des espaces ou parcs transfrontaliers pour la paix

Par contre, dans l’univers où l’on favorise le développement de la coopération entre les États s’est développé le concept de l’implantation d’un réseau mondial d’espaces transfrontaliers pour la paix ou Parcs pour la Paix, conçu et promu par l’Union mondiale de la Conservation de la Nature (UICN) depuis les années 1990. Les aires protégées transfrontalières pour la paix formaient, en 2007, un réseau mondial réparti sur tous les continents, le continent Antarctique s’avérant l’aire protégée dédiée à la coopération et à la paix entre les nations la plus étendue de la Planète. On les retrouve principalement en Europe, en Afrique subsaharienne, en Asie centrale, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Plusieurs incluent des zones marines. Le réseau comprenait, en 2007, 227 composantes (Lopoukhine, N., 2007) (mondialisation.ca).

De grands murs de portée mondiale

Deux grands murs, ceux-là davantage mentaux, sont construits depuis des décennies dans les esprits : Un mur entre l’Occident et le reste du monde et un autre, bien ancré dans l’intelligence globale, soit celui qui sépare le monde dit industrialisé et riche de celui des pays dits en développement. Deux murs qui hantent le devenir de l’humanité et expliquent les malheurs qui l’affectent.

Le mur entre les États-Unis et le Mexique, voire entre l’Amérique du Nord et l’Amérique latine et le mur de la Méditerranée qui sépare le continent africain du continent européen sont sans contredit l’illustration la plus flagrante de la séparation entre le Nord et le Sud. Ces barrières scellent le type de relations établies entre ces grandes entités de portée continentale.

Nous terminons avec le témoignage du Père Luis Kinzierski de Tijuana, Mexique, un défenseur de la cause des migrants : « Le mur a tué 4.000 personnes en 11 ans “…” L’histoire a montré que les murs n’ont jamais donné de résultats. Dans dix ou quinze ans, les Américains vont avoir honte de ce qu’ils ont fait, ” témoigne le Père Luis Kinzierski, de la Colonia postal de Tijuana (“Libération”, 4 de marzo de 2006) » 

Source : Global Reseach (voir les cartes)
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