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14 juillet 2015

EXPLOSIF - Malgré le non grec, l'UE passe en force !

C'est l'effet d'une bombe ! L'euro a accouché d'un monstre politique. L'humiliant accord imposé à Alexis Tsipras le démontre une fois encore : il n'est pas de marges de manœuvre politiques possibles dans une zone monétaire devenue l'otage des idéologues du libéralisme.

Depuis dimanche soir, le hashstag #ThisIsaCoup est l’un des plus suivis sur Twitter. De l’économiste Prix Nobel, Paul Krugman, à l’ancien ministre grec, Yanis Varoufakis, en passant par le souverainiste français, Nicolas Dupont-Aignant, le #CestUnCoup canalise les indignations contre l’accord imposé par les Européens à la Grèce en échange de son sauvetage financier.

Coup d’Etat ? L’expression peut cristalliser les désaccords mais une chose n’est guère contestable : les « institutions européennes » ont bel et bien décidé de prendre le pouvoir en Grèce. La proposition du socialiste allemand Martin Schulz, président du parlement européen, d’installer « un gouvernement de technocrates » à Athènes s’est ainsi réalisée de fait, au terme d’un week end de négociations qui a vu l’Allemagne imposer de bout en bout sa ligne.

Il est intéressant de constater que ce débat n’existe pas, ou pas dans les mêmes proportions, dans les autres pays de l’Union. C’est notamment le cas aux Pays-Bas qui ont pourtant rejeté, le 1er juin 2005, par une majorité de plus de 60 %, le traité constitutionnel européen : pourtant, pas plus qu’en France, qui a dit non le 29 mai 2005, les autorités politiques de ce pays n’ont jugé utile de convoquer un second référendum. C’est aussi le cas en Irlande et au Danemark, deux autres pays réticents à l’intégration communautaire pour des raisons différentes.

C’est la vraie démonstration de ce week end : la zone euro et ses présumés critères de gestion ont accouché d’un monstre politique. Et ce monstre est en train de dévorer ce qui est au cœur même du projet européen : l’approndissement démocratique. La zone euro n’est plus l’Europe, elle est devenue une machine à balayer les peuples et à écraser la démocratie. Nous l’avions déjà expérimenté à l’automne 2011, quand deux chefs de gouvernement furent renversés sous les pressions des marchés et du duo Merkel/Sarkozy. Il s’agissait alors de Silvio Berlusconi et Georges Papandréou.

Cette fois, la démonstration de force est autrement plus violente parce qu’elle s’est faite de bout en bout sous les yeux des citoyens européens. Le premier ministre grec Alexis Tsipras se trouve de fait démis de ses fonctions, de la principale au moins, celle de conduire une politique économique ; c’est ce qu’explicite par le menu le texte de l’accord obtenu à l’arraché à l’issue de 17 heures de négociations.

Tsipras et la Grèce ne sont pas seulement humiliés ; le premier ministre est brisé politiquement tant il a été contraint d’abdiquer de la plupart de ses demandes. Et si sa majorité parlementaire peut encore le suivre un temps, il ne fait nul doute qu’un bouleversement radical du paysage politique grec va intervenir dans les mois qui viennent. A Bruxelles, de nombreux dirigeants européens suggèrent déjà un remaniement, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, la démission des ministres jugés les plus radicaux.

 « Ils l'ont crucifié sur place », disait dimanche de Tsipras un responsable européen au Guardian. Un autre décrivait ainsi l'aparté Hollande-Merkel-Tsipras dans la nuit de dimanche à lundi : « Ils lui font du waterboarding psychologique », waterboarding, comme cette technique de torture utilisée par la CIA en Irak… Arrivé au sommet de la zone euro, Alexis Tsipras s'est trouvé pris dans un traquenard dont il n'a pu sortir qu'épuisé, livide et contraint d'accepter une reddition sans condition. Cela donne la mesure de la puissance du monstre politique « Euro ». Car en moins d'une semaine, Alexis Tsipras venait de réussir un triple exploit politique pour renforcer et élargir encore sa légitimité : un référendum largement gagné, le dimanche ; une déclaration politique commune de tous les partis grecs (à l'exception des néo-nazis d'Aube dorée), le lundi ; un mandat de négociation clair validé à une très large majorité par le Parlement grec, le vendredi.

Cette légitimité politique, dont pourraient rêver bien des dirigeants européens, a été méthodiquement brisée en seulement deux jours de réunions de l'Eurogroupe puis du sommet de l'euro. Car il est aussitôt apparu que les conditions techniques d'un éventuel sauvetage financier de la Grèce n'étaient pas le seul point à l'ordre du jour. Il s'agissait bien d'en découdre avec Alexis Tsipras et le nouveau pouvoir grec élu en janvier. Il s'agissait de mettre à genoux le seul gouvernement de gauche radicale en Europe. Démonstration d'autant plus nécessaire qu'en Espagne, Podemos apparaît toujours en mesure de devenir incontournable à l'issue des prochaines élections générales de l'automne.

Il fut donc dit et répété, tant samedi que dimanche, que le monstre « Euro » ne pouvait faire confiance à Tsipras et son gouvernement. « La confiance est rompue », « Il n'y a a pas de confiance », ce fut le refrain entonné par les dirigeants allemands, néerlandais, ne parlons pas même des Slovaques et des Finlandais. Et c'est la première phrase de l'accord issu du sommet : « Le sommet de la zone euro souligne la nécessité cruciale de rétablir la confiance avec les autorités grecques, condition préalable pour un éventuel futur accord. »

Dès lors, le plan grec présenté jeudi soir – propositions jugées « crédibles et sérieuses » par François Hollande – put être aussitôt déchiré – sans que la France ne trouve rien à y redire –, pour imposer à Tsipras la prise de pouvoir des institutions européennes. Peu importait samedi que ce plan grec porte des concessions majeures, des mesures d'austérité très importantes et des engagements de réformes multiples .

L'essentiel était dans la délégitimation de Tsipras, la destruction de son mandat de négociation, le refus d'intégrer ce que venait de produire le jeu démocratique grec.

Le résultat est un accord dont la lecture doit faire honte à tous les Européens. Car il décrit, dans la novlangue bureaucratique bruxelloise, comment va s'effectuer dans le détail la prise de pouvoir du monstre « Euro » à Athènes. « Cette liste de demandes est de la folie, note Paul Krugman. Elle n'est que punition, destruction complète de la souveraineté nationale, sans espoir aucun de redressement. »

Au-delà des mesures imposées, c'est bien la méthode qui apparaît tout aussi insupportable tant elle fait des gouvernements grecs de simples exécutants sous surveillance. Il y a d'abord le calendrier : ce qui doit être fait avant le 15 juillet, avant le 20 juillet, le 22 juillet, avant l'automne, etc. Le tout, chaque fois « avec vérification par les institutions et l'Eurogroupe ». Il y a ensuite le niveau de précision des réformes exigées qui doivent impérativement porter sur : « ouverture des magasins le dimanche, périodes de soldes, propriété des pharmacies, lait et boulangeries, à l'exception des produits pharmaceutiques vendus sans ordonnance qui feront l'objet d'une mise en œuvre à un stade ultérieur. »

Il y a également cette mise sous tutelle préalable à toute action gouvernementale : « Le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement. » Et ultime vexation, il est exigé du pouvoir grec qu'il revienne sur certaines réformes adoptées depuis janvier : « Le gouvernement grec procédera à un réexamen en vue de modifier les dispositions législatives adoptées qui sont contraires à l'accord du 20 février puisqu'elles constituent un retour en arrière par rapport aux engagements pris au titre du programme précédent. »

Coup d'État ? Officiellement non, puisque le pouvoir grec, rendu impuissant, demeure en place. Mais dépossession et prise de pouvoir par le monstre « Euro », incontestablement. Dès lors, l'expérience grecque révèle à ceux qui en doutaient encore combien la zone euro est partie à la dérive, loin de toutes les valeurs qui ont fondé l'Europe, celles d'une Europe démocratique, sociale et solidaire. Et le débat qui fait rage depuis des années entre économistes est cette fois brutalement tranché : il ne peut y avoir de véritables marges politiques – ne parlons pas même de politiques économiques alternatives – dans un ensemble monétaire qui s'est transformé en un dogmatique carcan idéologique. Ce que Paul Krugman résume par cette formule : « Etre membre de la zone euro, cela signifie que vos créditeurs peuvent détruire votre économie si vous sortez du cadre. »

C'était de longue date le projet des responsables allemands, déjà réticents, il y a vingt ans, à sacrifier leur deutschemark pour un outil monétaire qu'ils ne contrôleraient pas : contraindre, au nom des vertus supposées de l'intégration, les pays membres à se ranger au seul et unique ordolibéralisme allemand .Exemple est ainsi fait avec la Grèce.

Les conséquences politiques de cette prise de pouvoir par les idéologues du monstre « Euro » promettent d'être catastrophiques. Pour les Grecs bien sûr, qui auront quelque mal à comprendre pourquoi il faut renforcer encore et encore une politique austéritaire qui a échoué sur toute la ligne depuis cinq ans. Pour les sociaux-démocrates européens ensuite, qui sont apparus, au pire, comme les supplétifs de la droite conservatrice allemande, au mieux, comme incapables de construire un rapport de force sérieux avec le tandem Merkel-Schäuble. Pour les citoyens européens enfin, qui voient depuis maintenant dix ans (le référendum sur le traité constitutionnel) la plupart de leurs votes foulés aux pieds par les dites « institutions ».

  • La Grèce a mis sa foi dans la démocratie mais l'Europe a mis son veto sur son résultat 

L'UE a humilié Syriza et a ignoré son référendum malgré le non du 6 juillet : maintenant le seul pouvoir que le pays a : c'est d'exécuter ce que les prêteurs veulent et de fermer sa gueule

La seule chose certaine à propos de la suite de l'Euro du sommet de dimanche est la disgrâce des dirigeants politiques. Principales puissances de l'UE ont essayé d'humilier rituellement le gouvernement grec, mais la cruauté d'intention a été appariés par l'incompétence quand il est venu à l'exécution. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a jeté sur la table une proposition pour la Grèce de quitter la monnaie unique depuis cinq ans. Les députés supérieurs de son partenaire de coalition, le SPD socialiste, ont crié dans les coulisses qu'ils avaient pas accepté à ce - pas encore assez de partenaires de l'Allemagne étaient d'accord pour obtenir la proposition dans le dernier ultimatum.

Les Grecs négociaient sous la menace de leur système bancaire étant admis à l'effondrement, une menace faite par le régulateur très censé maintenir la stabilité financière.

Pour les dirigeants grecs, il a également été une semaine d'erreur de calcul. Armés, ils ont pensé, avec un mandat de moins d'austérité, ils ont écouté une fois de plus aux Français, dont les technocrates effectivement contribué à la conception de l'offre grecque entrer dans le sommet de Bruxelles, seulement pour voir cette offre déchiré et remplacé par une demande pour la reprise de toutes les mesures contre l'austérité, le gouvernement a déjà pris.

Mais le vrai problème ne sont pas les hommes politiques. Il est l'incapacité de la zone euro pour contenir les souhaits démocratiques des 19 électeurs. Lorsque le gouvernement finlandais a menacé de faire écrouler les pourparlers, il ne faisait qu'exprimer la volonté de la 38% des électeurs qui ont soutenu les ailiers nationalistes de droite de Vrais Finlandais. De même, lorsque Schäuble bondit de son plan de Grexit temporaire, il exprimait la demande de 52% des électeurs allemands, qui veulent que la Grèce dégage.

Comme pour les Grecs, après avoir défilé dans les rues d'Athènes à leurs côtés pour la meilleure partie de deux mois, je suis certain que le mouvement "Oxi" était essentiellement une demande de rester dans la zone euro à des conditions différentes. Vous ne pouvez pas obtenir les 3 quarts des personnes dans les banlieues de la classe ouvrière d'Athènes se terminant – face à un bombardement médiatique de droite – sur le seul sentiment contre l'euro par l'extrême gauche.

Maintenant, il semble que les deux côtés du référendum grec votaient pour une illusion. Un des aspects les plus touchantes de la vie grecque est le respect obsessionnel de la population pour la démocratie parlementaire. Le Syriza lui-même est l'incarnation d'un gauchisme qui a toujours cru que vous pourriez réaliser plus au Parlement que dans la rue. Pour la moitié de l'aile gauche de la société grecque, cependant, le résultat est que les personnes qui votent toujours pour les choses vraiment radicales et qu'ils sont prêts à se révolter.

J'ai demandé à un des organisateurs populaires de Syriza, un cadre du parti qui avait fait campagne pour une rupture avec les prêteurs pendant des semaines, qu'il pourrait mettre ses membres dans la rue pour maintenir l'ordre en dehors des pharmacies et des supermarchés assiégées. Il hochait la tête. La police, ou plus probablement l'armée de conscription devraient le faire.

Quand il vient au Programme Thessaloniki maintenant abandonné, le manifeste radical sur lequel Alexis Tsipras a accédé au pouvoir, il y a toujours la conversation d'exécution de cela "par en-dessous" : c'est-à-dire la demande des droits de tant d'ouvriers à l'intérieur des industries a désigné pour la privatisation que cela devient impossible ; ou l'exécution du salaire minimal par le biais des grèves risquées. Mais cela n'arrive jamais. Quand on appelle des grèves, c'est par les communistes. Quand les émeutes arrivent, ce sont les anarchistes. Le reste de l'aile gauche en Grèce est hypnotisé par le parlement.

Peu-t-il comprendre comment guère était le pouvoir que ses ministres ont brandi en fait de leurs bureaux. Et maintenant les aubes de réalisation : le parlement grec n'a aucun pouvoir à l'intérieur de la zone euro du tout. Il a le pouvoir seulement pour exécuter ce que ses prêteurs veulent.

Et que dire de la droite et du centre en Grèce ? Ses structures des parties sont déjà fracassées par les défaites politiques de janvier et du référendum. Mais là aussi, la base de masse est sujette à voter pour une illusion. Quand ils sont allés dans les rues avec leurs pancartes rouges mal traduits à la mi-juin, la droite grecque prétend être rien de plus que l'Europe. Mais l'Europe qu'ils veulent est l'Europe qui tolère la corruption et la prodigalité budgétaire, et même payé pour cela. L'Europe des sous-marins achetés à partir de l'Allemagne, dans des conditions qui mettent un ancien ministre grec de la défense en prison pour corruption. Les peuples avec la souveraineté ont le droit de voter pour des choses illusoires. Mais l'euro a pris la souveraineté de marnière sournoise.

Je suivais le sommet dans un bar, avec un tas de jeunes indépendants grecs - les photographes, les journalistes de magazine de mode, les orateurs d'anglais parfait qui pourrait travailler n'importe où, mais choisir à transporter leurs reflex numériques et les ordinateurs portables ici. Ils savent qu'ils sont assis sur l'histoire la plus visuellement superbe et convaincante dans le monde développé. Nous avons regardé le hashtag #ThisIsACoup proliférer jusqu'à ce que nos yeux ne pouvaient pas rester ouverts. Alors, dit l'un: "Allons à la plage. Ramenons les femmes et hommes qui ressemblent à des mannequins et nous allons retourner le doigt sur le monde ", en disant : "Nous sommes encore la Grèce. Cela va devenir viral." Il le ferait probablement, mais la Grèce où ils font partis est brisé. L'économie peut et va rebondir. Syriza va s'auto-purger et être réformée. La droite va trouver des dirigeants qui ne semblent pas déconcertés par leurs propres défaites.

Le problème est avec la démocratie. Si la démocratie ne peut pas exprimer les illusions et les espoirs fous - si elle ne peut pas contenir des récits de l'émotion et l'idéal, elle meurt. En décommandant d'abord la victoire écrasante d'un gouvernement élu et une majorité de non à 61% au référendum, l'UE a mis son veto fonctionnellement sur les résultats de la démocratie grecque. Si l'esprit démocratique meurt aujourd'hui en Grèce - et il pourrait - on avait mieux espérer que phénomène ne soit pas trop viral.

"Il est nécessaire qu’un soulèvement populaire est lieu. Le peuple doit montrer la force de ses droits. Le peuple grec n’accepte pas que la Grèce soit piétinée, mise plus bas que terre. Voilà le message qu’on veut faire passer. Nous souhaitons que le peuple grec et les peuples européens se soulèvent. Le peuple ne cédera pas, ne pliera pas. Debout, il revendiquera ses droits. Nous resterons autant que nécessaire à l’Acropole."


Sources : Mediapart et Guardian
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