Recherche

28 avril 2015

FLASH - Le secret des affaires, un intense lobbying dans les couloirs de Bruxelles


EXPLOSIF - Droit de l’information, droit du travail, droit de l’environnement… la directive européenne sur le secret des affaires s’apprête à mettre à bas des pans entiers de la législation. Ce texte est le fruit d’une quinzaine de groupes et de fédérations qui, pendant quatre ans, ont mené un lobbying intense auprès de la direction du marché intérieur. Voyage dans les coulisses de Bruxelles, documents à l’appui.

La directive européenne sur le secret des affaires continue de cheminer dans l’ombre. Les consultations des différentes commissions chargées d’examiner le texte ne sont pas encore achevées. Mais les ébauches dont ont eu connaissance, à ce stade, les parlementaires européens et certaines ONG font froid dans le dos. Droit de l’information, droit du travail, droit de la santé, droit de la consommation, droit de l’environnement, ce sont des pans entiers de la législation et de la réglementation qui sont menacés. Par un retournement historique, là où, auparavant, l’Europe se faisait forte de promouvoir la transparence, l’information des consommateurs et des citoyens, la publicité des actions, elle met en place la loi du secret, de l’ombre et de l’opacité.

Un seul exemple des dérives de ce texte : la loi sur les lanceurs d’alerte. Alors que les responsables politiques ne cessent de promettre un cadre législatif plus protecteur pour les lanceurs d’alerte qui ont été, ces dernières années, à l’origine de la découverte de multiples scandales, la directive européenne est en train de mettre à bas tout le fragile édifice légal en cours de construction.

L’article 4. 2 (b) du texte, censé traiter du cas des lanceurs d’alerte, prévoit en fait que ceux-ci ne pourront bénéficier d’une protection qu’à la condition qu’ils n’aient dénoncé les pratiques illégales dont ils ont eu connaissance qu’auprès des autorités administratives ou judiciaires compétentes. En revanche, toute protection semble tomber s’ils avertissent la presse et l’extérieur. Du Mediator à UBS France, combien de cas n’auraient jamais été rendus publics, si ces informations, largement connues par des administrations totalement passives, n’avaient pas été relayées par la presse et dans l’opinion publique ?

« Pur fantasme », ont répliqué les partisans d’un texte sur le secret des affaires. À les entendre, aucune atteinte contre la protection des lanceurs d’alerte et contre le droit de la presse n’est à craindre avec l’adoption d’une telle directive. L’affaire Luxleaks vient rappeler que les craintes ne sont pas du tout infondées. Antoine Deltour, qui a apporté les documents démontrant le système de fraude fiscale à l’échelle industrielle mis en place par le cabinet d’audit Pricewaterhouse Coopers, et le journaliste Édouard Perrin qui a dévoilé cette affaire au grand public dans l’émission Cash Investigation, sont tous les deux poursuivis par la justice luxembourgeoise pour violation du secret des affaires notamment.

Sans attendre, de nombreuses ONG ont dénoncé les dérives de ce texte sur le secret des affaires, les risques qu’il fait peser sur des droits constitutionnels fondamentaux, ce qu’elles représentent comme une captation de l’appareil judiciaire et d’État par des intérêts d’argent. « Nous nous opposons fortement à la précipitation de la Commission européenne et du Conseil européen en vue de promouvoir une nouvelle directive européenne sur le secret des affaires parce que celle-ci contient une définition allant au-delà du raisonnable du “secret des affaires” qui permet que presque tout dans l’entreprise en relève ; parce que les remèdes légaux pour les groupes dont les secrets d’affaires auraient été illégalement acquis, utilisés ou divulgués, sont disproportionnés ; parce que les sauvegardes sont inadéquates pour assurer que les consommateurs européens, les journalistes, les lanceurs d’alertes, les chercheurs et les salariés pourront avoir un accès sûr à des informations importantes qui sont dans l’intérêt général », écrivent-elles dans un communiqué commun publié le 23 mars.

L’étude d’impact accompagnant la proposition législative de la commission sur les secrets d’affaires reconnaît elle-même que le texte limite la liberté d’information. Mais, ajoute-t-elle : « Dans l’équilibre des intérêts, la protection et la réputation des droits des autres ont déjà été reconnus par la Cour européenne des droits de l’homme, comme une raison valable, compatible avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, d’accepter une injonction donnée à une troisième partie pour éviter la publication d’information confidentielle relative au monde des affaires sans le consentement du propriétaire, au regard du préjudice particulier que pourrait subir l’entreprise si cette information été rendue publique. Le fait que cette troisième partie puisse être un journaliste ne change pas le raisonnement sur ce point. » Nous voilà donc prévenus : il y a des intérêts d’affaires supérieurs aux piliers fondamentaux de la démocratie.

Alors que les mâchoires du piège semblent se refermer, une énigme politique continue d’entourer ce texte. Car officiellement, ce projet de directive ne semble porté par personne. Aucun groupe politique ne le revendique vraiment. Pourtant, il continue d’avancer toujours plus loin, à un rythme administratif, sans que les observateurs comprennent qui sont réellement les partisans de ce texte, qui semblent parvenir à passer tous les obstacles, trouvent des appuis pour démolir des traditions juridiques et démocratiques, bâties pierre par pierre parfois depuis des siècles, pour assurer la liberté de tous.

Pour tenter de comprendre comment est né ce monstre législatif, quelles sont les forces qui agissent en coulisses, l’ONG Corporate Europe Observatory, très au fait des pratiques de lobbying à Bruxelles, a demandé à la commission européenne de lui communiquer différents documents pendant toute la période de l’élaboration de ce projet de directive, comme le prévoient les textes européens sur l’accès aux documents administratifs.

Il y a plusieurs façons de pratiquer la censure. La première, la plus visible, qui énerve le plus l’opinion, est d’opposer un refus catégorique à toute communication de documents administratifs, d’apposer un secret-défense sur tout. La seconde est de donner des tombereaux de documents, de noyer les informations intéressantes sous des tombereaux de papiers insignifiants, dans l’espoir de dissuader toutes les curiosités face à la masse de travail requis.

La commission européenne a naturellement opté pour cette seconde voie. Après avoir tergiversé, elle a expédié des centaines de pages, de courriels internes, de présentations à Corporate Europe Observatory. En association avec le bureau of investigative journalism à Londres, un collectif s’est constitué au travers de l’Europe – auquel Mediapart s’est associé – pour dépouiller ces documents, repérer ceux qui ont vraiment un intérêt, comprendre les différents acteurs et leurs motivations. Tous les documents présentés ont été obtenus par Corporate Europe Observatory dans le cadre de cette requête d’accès aux documents à la commission européenne.

Un projet bâti sur quatre cas

Dans cette longue, et parfois très fastidieuse, lecture, un élément surprend d’emblée : du début à la fin, le projet de directive sur le secret des affaires est l’œuvre d’une poignée de personnes. Un groupuscule de quinze personnes environ – toujours les mêmes, sans aucune recrue extérieure au fil du temps –, issues du cabinet de lobbying américain Hill & Knowlton et des cabinets d’affaires américains White & Case et Baker & McKenzie, a conduit le sujet, dans la plus grande discrétion et l’indifférence générale. C’est ce petit groupe qui repère les membres qui comptent au sein de l’appareil administratif, leur fournit les argumentaires nécessaires, fait évoluer les textes dans un sens toujours plus large et plus répressif souhaité par certaines fédérations et grands groupes. C’est lui qui organise colloques et rencontres, études et questionnaires, où se manifestent ceux qui sont déjà convaincus par avance, sans qu’à aucun moment, la société civile soit consultée d’une façon ou d’une autre.

Plus surprenant encore : alors que la violation du secret des affaires est censée être une menace grandissante pour les entreprises, que les méfaits se multiplieraient de façon exponentielle, ce sont les mêmes cas – quatre au total – qui sont cités de colloques en réunions, de documents préparatoires en communiqués officiels, entre 2011 et 2014. Des cas qui sont d’ailleurs déjà couverts par les législations existantes sur le vol, l’espionnage industriel ou la protection de la propriété intellectuelle. À la fin des centaines de pages de documents fournis par la commission, on n’ignore plus rien des mésaventures d’Alstom Power qui s’est fait voler des technologies par un partenaire chinois, des mécomptes du chimiste américain DuPont de Nemours qui a vu copier sa formule du kevlar (un matériau synthétique) par un fabricant coréen, du préjudice subi par Michelin après le vol d’un pneu révolutionnaire sur un stand de course de Formule 1, des déboires rencontrés par une société américaine d’électronique, AMSC, qui s’est fait subtiliser un logiciel d’application pour les éoliennes. Comment expliquer, si le problème est si brûlant, qu’aucun autre cas ne puisse être cité depuis ?

Ainsi, la directive européenne sur le secret des affaires s’est construite à partir de cinq noms de groupes : DuPont de Nemours, Alstom, Michelin, Air Liquide, Intel, et d’une entreprise innovante AMSC. Des entreprises appuyées et relayées par six fédérations et associations : l’European chemical industry council (Cefic) – la fédération européenne de la chimie –, l’International Fragrance Association (IFRA) – fédération internationale des parfumeurs –, Business Europe (association européenne du patronat), la fédération européenne des semenciers céréaliers, une association de PME européennes (Europe 500) et la Trade Secret and Innovation Coalition ((TSIC) – coalition pour le secret des affaires et de l’innovation.

Tout apparaît essentiellement être en fait une affaire franco-américaine. Tous les autres pays paraissent beaucoup plus en retrait. « L’importance des groupes français dans ce dossier est vraiment surprenante. La France est le pays qui est le plus engagé dans ce dossier des secrets d’affaires. Par trois fois déjà, les gouvernements successifs ont tenté de faire passer un texte sur le sujet, alors que c’est un dossier totalement ignoré dans de nombreux pays européens. Cela en dit long sur l’état de délabrement des relations sociales en France, sur le climat de défiance instauré par le patronat à l’égard des salariés », constate Martin Pigeon, responsable de Corporate Europe Observatory.

Le moment où ces associations ont commencé à se mettre en mouvement sur le sujet reste indéterminé. La coalition pour le secret des affaires et l’innovation (TSIC) et la fédération européenne de la chimie semblent être en pointe dans le combat depuis le début, autour de 2008-2009. Un homme va être la cheville ouvrière de ce dossier du début à la fin, animant les actions de lobbying, arpentant sans relâche les couloirs de la commission. Il s’appelle Thomas Tindemans. Travaillant au départ dans le cabinet d’avocats d’affaires américain White & Case, qui a la TSIC comme client, il retrouvera le dossier en 2012, alors qu’il est parti diriger le cabinet de lobbying américain Hill & Knowlton, à Bruxelles.

Dès 2010 en tout cas, le contact entre les différentes fédérations, les responsables du lobbying qui militent en faveur d’une législation sur le secret des affaires et les fonctionnaires travaillant à la direction européenne du marché intérieur (DG Markets), dirigée alors par Michel Barnier, semble bien établi. À l’origine, cette direction pense surtout à une harmonisation législative au sein du marché unique, afin que la protection intellectuelle, le droit des brevets soient les mêmes partout au sein de l’Union européenne. Mais cette intention de départ va beaucoup dériver, sous l’influence des groupes de pression.

Le 16 mars 2010, Thomas Tindermans envoie une longue lettre à l’une des fonctionnaires européennes travaillant à la direction du marché intérieur, au nom de la coalition pour le secret des affaires et l’innovation. Après l’avoir remerciée pour la réunion « fructueuse » qu’ils ont pu avoir dans les murs de la commission, qui leur a permis d’exposer l’importance d’une législation européenne sur le secret des affaires, il enfonce le clou, avec un argument qui sera rabâché à longueur de documents : « Une protection réelle et un renforcement du secret des affaires amélioreraient la compétitivité européenne et encourageraient l’innovation à tous les niveaux de l’industrie », écrit-il. Avant d’ajouter : « Quelque chose doit être fait et nous espérons que nous pourrons vous accompagner dans la mise en forme d’une stratégie cohérente et efficace pour inscrire ce sujet dans l’agenda de la commission européenne sur les droits de la propriété intellectuelle. » Leur aide sera effectivement sans faille.

Deux mois plus tard, le même Thomas Tindermans n’en est plus aux lettres officielles. Il écrit directement par courriel aux différents fonctionnaires de la direction du marché intérieur, au nom du TSIC. Le ton est déjà très amical. Il ne s’agit plus de les convaincre de l’importance du secret des affaires, mais de la pertinence de mettre en œuvre une directive européenne sur le sujet. Les différentes législations en vigueur en Europe constituent « un défaut du marché unique », assure-t-il. Un argument massue pour une administration qui a fait de la « concurrence libre et non faussée » un impératif catégorique.

Mais si certains fonctionnaires semblent déjà très au fait de toutes les subtilités du secret des affaires, il n’en va pas de même à la direction générale. Un avocat du cabinet de White & Case ne peut s’empêcher d’écrire sa déception, le 30 septembre 2010, au lendemain d’une rencontre avec l’un des membres du cabinet de Michel Barnier. « Une chose m’a un peu surpris : le problème du secret des affaires semblait tout à fait nouveau pour lui. […] Est-ce un sujet sur lequel il avait été informé ? Dans tous les cas, je lui ai laissé une documentation, mais manifestement faire de l’information au sein de la commission serait plus utile », écrit-il à l’un des fonctionnaires de la direction du marché intérieur.

Une intense campagne de lobbying est déjà mise en place. Les fédérations abreuvent les responsables de la direction européenne de documents, de plaquettes, pour leur présenter l’importance pour elles d’une loi sur le secret des affaires, des dangers qui les menacent si rien n’est fait. Les arguments sont toujours les mêmes : ces fédérations mettent toutes en avant les milliards d’euros de chiffres d’affaires, les milliers d’emplois qu’elles représentent, les centaines de millions d’euros qu’elles réalisent chaque année dans la recherche et l’innovation, sans parler des PME innovantes qui sont l’avenir du secteur. Tout cela, préviennent-elles, risque d’être mis à mal, et l’Europe est menacée d’un déclassement irrémédiable dans l’économie mondiale si une loi d’airain sur le secret des affaires n’est pas instaurée pour les protéger.

« Vous avez un contrat avec nous, pas avec certains industriels intéressés »

Mais le dossier semble prendre un tout autre rythme quand Jean Bergevin, jusqu’alors responsable du commerce électronique et auteur notamment d’un livre vert sur les jeux d’argent en ligne au sein de la direction du marché intérieur, passe à la direction de la lutte contre la contrefaçon et le piratage en avril 2011. Cette nomination semble satisfaire de nombreux lobbyistes. « Un de nos amis, Jean Bergevin, a obtenu un nouveau poste et une nouvelle mission au sein de la commission. Je lui ai parlé de votre travail », écrit, en juillet 2011, un avocat de White & Case à Roger Milgrim, un professeur de droit américain, auteur d’un ouvrage sur le secret des affaires. Jean Bergevin est mis en copie de ce courriel afin de les inciter à prendre contact. Ce qu’ils ne manquent pas de faire.

Deux jours plus tard, Roger Milgrim écrit à Jean Bergevin pour l’inciter à correspondre avec lui : « Alors que la commission approfondit sa connaissance sur les problèmes des secrets d’affaires, la loi américaine, qui est extrêmement développée, pourrait lui apporter un éclairage », précise-t-il. Jean Bergevin lui répond dès le lendemain. Après l’avoir assuré que la commission européenne allait faire l’acquisition de son ouvrage, il ajoute : « Il sera très important pour nous de pouvoir comparer notre système des États membres avec celui des États-Unis. J’espère que vous m’autoriserez à vous informer de nos progrès et de demander parfois votre avis. »

À partir de ce moment-là, les échanges entre les responsables du marché intérieur, les différentes fédérations et les lobbyistes sont incessants. Les fédérations et notamment la fédération européenne de la chimie, très engagée dans ce dossier, multiplient les réunions où les fonctionnaires européens chargés du dossier sont naturellement cordialement invités. Un rendez-vous est organisé le 9 octobre 2011 entre la TSIC et Michel Barnier. Mais le commissaire européen se décommande. Un membre du cabinet White & Case s’empresse d’écrire à Jean Bergevin pour l’inviter à participer à un déjeuner avec les membres de la délégation. « Nous vous serions très reconnaissants si vous pouviez nous donner des informations sur la façon dont les choses avancent. Ce serait formidable si vous pouviez rassurer et encourager le groupe. Ce serait très utile si vous pouviez faire part au groupe que leur effort est apprécié, que la Commission accueille volontiers les pressions bien informées », écrit-il. Manifestement, l’entente est si cordiale que toute précaution de langage semble superflue.

Dans son désir de faire avancer le sujet, la fédération internationale des parfumeurs (IFRA) va même jusqu’à proposer un projet de directive tout fait, comprenant même la dimension pénale du dossier. « Je suis désolé mais pour des raisons évidentes, je ne peux pas accepter que mon équipe discute avec l’industrie une proposition de texte législatif », lui répond Jean Bergevin, responsable de la direction contrefaçon, chargé à ce titre de l’élaboration de la directive sur le secret des affaires. Cela n’empêchera pas par la suite d’entretenir les meilleures relations. En 2013, la même fédération proposera à Jean Bergevin une réunion de travail avec Edit Herczog, parlementaire européenne (socialiste) de Hongrie, et Malcom Harbour, parlementaire européen britannique (démocrate-chrétien) ainsi que quelques autres parlementaires, afin de les sensibiliser au sujet.

Impossible de tout citer dans cette masse de documents. Alors venons-en au grand moment d’élaboration de ce projet de directive : la conférence sur le secret des affaires, intitulée « Soutenir l’innovation, protéger les savoir-faire », du 29 juin 2012. Tous s’activent pour sa préparation. La direction du marché intérieur a demandé au cabinet américain Baker & McKenzie de lui préparer pour l’occasion une étude sur le secret des affaires. Un questionnaire et la méthodologie doivent être présentés et discutés avec les entreprises lors de cette rencontre afin d’aider la direction du marché intérieur à bien cerner le sujet. « Ce rapport est crucial car nous avons besoin de savoir quels secteurs et fédérations nous devons contacter », précise un responsable de la direction du marché intérieur.

De son côté, la société de communication et lobbying Hill & Knowlton, qui a repris tout le travail de coordination du cabinet White & Case, se démène pour assurer le succès de cette journée. Début mai, elle propose déjà plusieurs noms d’intervenants. Hasard, il s’agit des représentants à Bruxelles des groupes Alstom, DuPont de Nemours et Michelin ! Les mêmes que d’habitude. Par la suite, la liste s’étoffe. On y adjoint une entreprise innovante, AMSC, pour servir d’alibi aux grands groupes.

Le cabinet Baker & Kenzie dépêche deux de ses associés, Thomas Respess et Lorenzo de Martinis, pour apporter l’éclairage du droit. Le cabinet réclame d’ailleurs son dû. « Nous pensons qu’il serait équitable d’avoir une claire reconnaissance du rôle leader de Baker & McKenzie pour la partie juridique de la conférence (…) La visibilité et non l’argent est censée nous récompenser », écrit Lorenzo de Martinis à un fonctionnaire européen. L’argent viendra après : car tous les intéressés ont pu noter que le cabinet d’avocats avait ses entrées au sein de la direction européenne.

Dans cet aréopage qui fonctionne en circuit fermé depuis des mois, un seul membre semble un peu extérieur : un professeur de droit de l’université de droit de Bologne, Luigi Alberto Franzoni. Pas un seul représentant d’association de consommateurs, de défense de l’environnement, pas une seul ONG, bref, pas un seul membre de la société civile n’est convié à participer à cette réunion et donner son point de vue.

Tout est si bien pris en main que même Jean Bergevin finit par s’énerver. À quelques jours de la conférence, il adresse un mail incendiaire aux responsables de Baker & McKenzie : « Manifestement, vous avez testé le rapport avec certains groupes et certaines associations. Celles-ci, si je comprends bien, auraient une version révisée que nous n’aurions pas vue ? De plus, vous proposez d’attendre leurs réactions, et en conséquence, il ne serait pas possible de présenter ce rapport en raison de leurs procédures internes !!! Je trouve cela très dommageable. Premièrement, vous avez un contrat avec nous et pas avec certains groupes industriels intéressés. Deuxièmement, cette approche est biaisée et manque totalement de transparence. »

Ce fut le seul nuage visible dans cette relation étroite entre la commission européenne et les partisans du secret des affaires. Michel Barnier, en tant que commissaire européen, fit un discours d’introduction pour souligner les défis à relever face au secret des affaires. Les intervenants tinrent de grands discours avec les mêmes exemples à l’appui, pour insister sur l’urgence d’élaborer une grande directive européenne. À l’issue de cette grande conférence, un communiqué fut publié par la commission européenne, insistant sur l’urgence de mettre en œuvre une législation européenne sur le secret des affaires. Selon les correspondances électroniques, 90 participants environ ont participé à cette conférence.

La collaboration est si étroite que les fédérations relisent les questionnaires qui doivent être soumis aux entreprises. Tous leurs amendements et suggestions sont acceptés par la direction du marché intérieur. Finalement, ce questionnaire ne sera que très succinctement utilisé par la commission européenne. Les fonctionnaires européens font aussi mention d’une enquête publique auprès des citoyens en décembre 2011. Mais aucune trace de cette enquête publique, aucun résultat ne figure dans les documents de la commission européenne. Tout continue à se dérouler en circuit fermé.

À partir de début 2012, le patronat européen commence à s’impatienter. Il demande une directive européenne sur le secret des affaires dans les meilleurs délais. Business Europe, la fédération patronale européenne, écrit pour souligner les points qu’il lui importe de voir figurer dans le texte. Elle est prête, comme toutes les autres fédérations professionnelles, à apporter, en cas de besoin, toutes ses lumières et son aide aux fonctionnaires de la direction du marché intérieur. « Business Europe m’a demandé pour avis ce qu’il pouvait faire pour soutenir le dossier au sein de la commission. Je leur ai répondu qu’il serait peut-être utile d’essayer d’éviter de donner une dimension extérieure aux discussions sur ce dossier à ce stade », écrit un haut fonctionnaire à Jean Bergevin, dans un courriel résumant la situation en juin 2013.

Dans le même courrier, il se fait également écho des demandes du patronat européen de joindre le secret des affaires à la discussion sur le traité commercial transatlantique (TAFTA). « Business Europe dit que l’Europe et les États-Unis pourraient s’entendre sur une stratégie commune contre les appropriations frauduleuses dans les pays tiers », note-t-il.

Le député européen écologiste Pascal Durand avait vu juste : la directive sur le secret des affaires est bien « indissociable de la négociation du traité de libre-échange transatlantique » (voir son entretien). Le 23 octobre 2013, la fédération patronale européenne et l’association nationale des manufacturiers américains adresseront une lettre commune aux négociateurs européen et américain du traité transatlantique, Karel De Gucht et Michael Froman. Après avoir rappelé l’importance de la protection des secrets d’affaires pour les entreprises, ils insistent : « Un accord sur les éléments servant “d’étalon or” pour la législation pour protéger les secrets d’affaires assurera que les lois aux États-Unis et en Europe refléteront les meilleures règles pour protéger les secrets d’affaires. »

Et ils listent leurs demandes législatives pour s’adapter, disent-ils, à l’ère numérique : « Reconnaître explicitement les secrets d’affaires comme propriété intellectuelle. Des peines réelles civiles et quand cela est nécessaire, pénales, et des remèdes en cas d’appropriation frauduleuse de secrets d’affaires (amendes, pénalités, dommages compensatoires et/ou emprisonnement aussi bien que des injonctions pour prévenir des appropriations frauduleuses réelles ou menaçantes. Un tribunal pour les auteurs qui auraient commis une violation du secret des affaires hors d’une juridiction particulière (c’est-à-dire hors d’Europe et des États-Unis) si les conséquences de ce crime économique sont dans cette juridiction. Des mesures appropriées pour protéger la confidentialité des secrets d’affaires et d’autres informations confidentielles en cas de procès civil ou pénal. Des règles et des procédures pour la production et la protection des preuves et des mesures pour éviter des procédures inutilement compliquées, coûteuses et dévoreuses de temps. »

Hasard, le projet de directive européenne sur le secret des affaires a retenu toutes ces exigences.

Cette enquête est le fruit d’une collaboration avec l’ONG Corporate Europe Observatory, à Bruxelles, et le Bureau of Investigative Journalism, à Londres. Tous les documents cités ont été obtenus dans le cadre d’une requête présentée à la commission européenne par Corporate Europe Observatory.

Source : Mediapart

27 avril 2015

FLASH - Basculement des pôles : l'affaiblissement du champ magnétique terrestre se confirme

Les craintes relayées depuis maintenant plusieurs années par de nombreux médias alternatifs, dont le veilleur, selon lesquelles une inversion des pôles magnétiques de notre terre serait en cours, se voient désormais à demi-mot confirmées par les scientifiques.

En effet, après analyse de l'ensemble des données rassemblées par les trois satellites Swarm de l'agence spatiale européenne (ESA), les résultats sont formels et confirment que le champ magnétique qui protège notre planète (la magnétosphère) s'affaiblit, révélant la forte probabilité d'un prélude à une inversion des pôles. Les conséquences qui en découleraient, bien que la science officielle se veuille rassurante, ne laisse rien présager de bon pour l'avenir, et pas seulement concernant notre civilisation - principalement basée sur les technologies -, mais aussi sur l'ensemble de la vie animale comme végétale qui est essentielle à notre survie.

Qu'ont découvert les scientifiques ?

La mission Swarm est composée de trois satellites (Alpha, Bravo et Charlie) lancés en novembre 2013, et en charge d'étudier les changements du magnétisme terrestre. Situés à des orbites variant entre 300 et 530 km d'altitude, Ils embarquent une armada d'instruments parmi lesquels les magnétomètres à saturation de flux (VFM) qui mesurent la direction du champ magnétique et les magnétomètres scalaires absolus (ASM) qui enregistrent l'intensité du champ. Selon l'Agence spatiale européenne,
« Swarm fournit un aperçu sans précédent des rouages complexes du champ magnétique terrestre, qui nous protège des rayons cosmiques et des particules chargées qui nous bombardent. »
Le champ magnétique terrestre n'est pas stable et s'inverse à des intervalles irréguliers, qui selon les scientifiques, pouvant varier de 100.000 ans à plusieurs millions d'années. Le dernier changement notable des pôles magnétiques - appelé Brunhes-Matuyama - s'est produit il y a déjà plus de 780.000 ans (soit une période de temps bien plus élevée que l'intervalle moyen entre deux inversions). Ce processus se déroule en plusieurs phases durant lesquelles le champ s'affaiblit à certains endroits, pendant qu'il se renforce à d'autres. Puis les deux champs (positif et négatif) semblent se « diluer » - un peu à l'image d'un verre contenant de l'eau et de l'huile que l'on secouerait -, laissant ainsi apparaître plusieurs pôles nord et sud répartis aléatoirement en divers endroits du globe. Enfin, toujours à l'image du mélange eau/huile, la « dissolution » magnétique diminue, et les pôles multiples s'agrègent, permettant la reconstitution de deux pôles bien distincts, mais cette fois inversés.

Or, selon les mesures effectuées sur les six derniers mois, les résultats confirment la tendance à l'affaiblissement de notre magnétosphère, dont le déclin est le plus spectaculaire sur l'hémisphère occidental et notamment en Amérique du Nord, mais aussi dans d'autres zones, comme par exemple le sud de l'Océan Indien ou le champ magnétique s'est renforcé depuis le mois de janvier 2014. Selon l'Institut national des sciences de l'univers, l'intensité du champ magnétique terrestre actuel diminue en moyenne de 5% par siècle, et cette diminution s'est accélérée brusquement depuis 1840.
Les changements mesurés par le satellite Swarm au cours des 6 derniers mois prouvent que le champ magnétique de la Terre change. Les nuances de rouge montrent les zones où il se renforce, et les nuances de bleu là où il s'affaiblit. ESA/DTU.

Selon les analyses géologiques des inversions précédentes, la phase de transition dure au plus un millier d'années. Pendant cette période, « l'intensité du champ chute à moins de 10 % de sa valeur normale » indique Vincent Courtillot dans un article du journal Le Figaro. Auparavant, les chercheurs avaient estimé que le champ magnétique s'affaiblirait d'environ 5 pour cent par siècle, mais les nouvelles données ont révélé que le champ s'affaiblit en fait de 5 pour cent par décennie, soit 10 fois plus rapidement que ce qui avait été suggéré ! De plus, les mesures les plus récentes confirment également que le pôle Nord magnétique, actuellement situé dans la région arctique du Canada, se déplace vers la Sibérie à une vitesse moyenne de 90 mètres par jour !

Le pôle Nord magnétique a dérivé relativement lentement (moins de 10 km/an) en direction de la Sibérie depuis 1834 jusqu'en 1980. A partir du milieu des années 1980, la vitesse de dérive a augmenté fortement pour atteindre 55 km/an environ aujourd'hui (toujours en direction de la Sibérie). Depuis le début des années 2000, cette vitesse semble s'être stabilisée.

S'il continue à ce rythme-là, le pôle Nord magnétique atteindra la Sibérie vers 2040. Ce phénomène d'accélération brutale n'est pas encore complètement expliqué, et pourrait être lié à une augmentation du flux de champ magnétique dans la région polaire Nord du noyau terrestre. Celle-ci serait causée par l'expulsion de lignes de champ magnétique du noyau, selon un mécanisme proche de celui à l'origine de l'apparition des tâches solaires.

L'anomalie de l'atlantique sud et couche d'ozone

il existe un endroit sur Terre où le champ magnétique s'est considérablement affaibli. Cette zone qui se situe au large des côtes brésiliennes est baptisée l'anomalie de l'atlantique sud (AMAS ou SAA), et elle couvre 7.800.000 km2 (soit ?2780 km par 2780 km) et elle ne cesse de s'étendre. De plus les scientifiques ont remarqué que dans cette zone le champ magnétique s'est inversé et les radiations solaires entrent dans la haute atmosphère plus profondément.

Au dessus de cet endroit fragilisé, le rayonnement cosmique se rapproche de plus en plus près de la surface terrestre. Dans cette zone, à l'altitude où volent les avions les rayonnements solaires sont moins filtrés. L'augmentation du rayonnement cosmique dans l'anomalie magnétique de l'Atlantique Sud force, par exemple, la station spatiale internationale et les satellites passant dans cette zone à posséder un blindage supplémentaire pour ne pas endommager leurs instruments. Certains instruments du télescope spatial Hubble sont également éteints pendant la traversée de la zone.

Compte tenu des propriétés de l'AMAS, des courants géomagnétiques induits peuvent être produits dans le sud du Brésil, au travers d'infrastructures métalliques de grande taille comme les chemins de fer, les lignes électriques de haute puissance, le réseau de distribution d'eau ou d'autres grandes structures mécaniques. En cas de tempête géomagnétique de grande ampleur, ces courants peuvent endommager les structures. Plusieurs instituts de recherche à travers le monde développent des modèles de l'ionosphère et de la magnétosphère avec l'objectif de prévoir la conductivité globale et le champ magnétique terrestre. Les données nécessaires peuvent être acquises par mesure satellitaire permettant d'alerter à temps les autorités locales.

A cause d'une diminution de la protection magnétique de la Terre, ou de vastes régions du globe, la couche d'ozone peut être attaquée par des particules solaires, et faire diminuer la couche au point de rendre la vie très problématique en différentes régions. C'est déjà le cas à Punta Arena au sud du Chili, ville de 120.000 habitants, à la verticale d'un vaste trou d'ozone. Les habitants restent confinés chez eux entre 11h et 15h. Aux autres heures de la journée les enfants doivent sortir avec de la crème solaire sans quoi ils attrapent des coups de soleil en quelques minutes.

Un cas similaire vient d'être découvert dans les Andes boliviennes, ou des chercheurs américains et allemands ont enregistré un record d'intensité d'UVB avec un indice à 43 ! Il a été mesuré près du volcan Licancabur (à 5917 mètres d'altitude) et à proximité de Laguna Blanca (4340 mètres). Ces zones élevées sont connues pour avoir des niveaux d'UV importants car la couche d'ozone y est plus fine mais les intensités relevées sont sans précédent.

Qu'est ce que la magnétosphère ?

Selon l'Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP),
« le champ magnétique de la Terre est principalement généré à l'intérieur de la Terre, par l'effet de dynamo dus aux mouvements de convection dans le noyau terrestre, composé à 90% de fer liquide. Ces mouvements sont générés par le refroidissement progressif du noyau et de la graine solide située au centre de la Terre. Il en résulte un champ magnétique dipolaire, incliné d'environ 10° par rapport à l'axe de rotation de la Terre. La magnétosphère - la partie la plus externe - créée par le champ magnétique terrestre, a joué un rôle essentiel pour le développement de la vie sur terre en déviant les particules de haute énergie du vent solaire et des rayons cosmiques. Ceci a permis à l'atmosphère terrestre de se maintenir au cours du temps, contrairement à ce qui s'est passé sur Mars, où l'absence d'un champ magnétique important à permis au vent solaire d'arracher à son passage une grande partie de l'atmosphère de cette planète. Le bouclier fourni par la magnétosphère terrestre a ainsi réduit le flux de rayonnement à haute énergie qui arrive jusqu'au sol, permettant le maintient de la vie sur Terre. »
Il est cependant à mes yeux important de prendre en compte le manque de preuves concernant l'absence de champ magnétique de Mars dans le passé. Des analyses de d'échantillons de météorites provenant de la croûte martienne indiquent au contraire que les champs magnétiques peuvent avoir été présents à la surface de Mars au moment où ces météorites ont été éjectés par un impact géant il y a environs 180 millions d'années. Partant de ce constat, nous pouvons imaginer que Mars possédait dans le passé une magnétosphère active, et que cette dernière a disparu, ou du moins est devenue trop faible pour assurer la protection de la planète rouge.

Le noyau liquide décrit plus haut est animé de mouvements de convection qui évacuent la chaleur vers le manteau en déplaçant la matière, a initié un effet dynamo générant un champ magnétique, lequel a intensifié les courants et auto-alimenté le phénomène il y a au moins 3,5 milliards d'années, pour produire le champ qu'on connaît aujourd'hui. Mais rien n'est éternel, et à l'image de Mars dont le noyau a refroidi avec le temps, cessant ainsi de générer un champ magnétique suffisamment puissant pour la protéger, le centre de la Terre refroidi aussi, et un beau jour, la convection aura disparu...

Pourquoi la Terre ne ressemble pas à Mars ?

Mais pourquoi donc la Terre, sensiblement créée à la même époque que Mars a elle encore une magnétosphère ? C'est ici que la théorie de Théia intervient. Quelques dizaines de millions d'années après la formation de la Terre, une petite planète de la taille de Mars (environ 6.500 km de diamètre), baptisée Théia en souvenir de la divinité grecque mère d'Hélios et de Séléné, aurait heurté la Terre, produisant un impact qui aurait arraché une partie du manteau terrestre. La collision avec la Terre a été si violente et a libéré tellement d'énergie que Théia a fondu, tout comme d'ailleurs une grande partie de l'enveloppe terrestre.

La collision n'étant pas parfaitement frontale, un éjecta (la future Lune) est également projeté. Le reste des débris projetés ont été en partie dispersés un peu partout dans le système solaire, et en partie absorbés par l'éjecta par phénomène d'accrétion. La Lune a ainsi pris la forme sphérique que nous lui connaissons, en conservant en elle cet éjecta primaire constitué d'un fragment de la croûte terrestre et d'un peu de magma, plus dense. Ainsi lestée, la Lune aurait acquis son balourd et aurait cessé de tourner.

Cela reste une spéculation personnelle, mais si la théorie de l'impact avec Théia s'avère fondée, il est fort possible que cet évènement ait une incidence non négligeable sur le fait que notre Terre possède encore une magnétosphère. D'une part parce que cet impact a fortement réchauffé le noyau terrestre, augmentant ainsi la durée de vie du champ magnétique terrestre, qui nous l'avons vu, une fois refroidi, s'arrête. Et d'autre part, cet impact a peu être apporté à la Terre un apport en fer et nickel non négligeable, que cette dernière ne possédait peut être qu'en faible quantité... Ou pas.

Si nous partons de cette réflexion, sans cet impact phénoménal, notre Terre serait donc peut être « morte », à l'image de Mars. De plus, les scientifiques évoquent les précédentes inversions magnétiques de la Terre s'étant produites tout en émettant des possibilités sur la prochaine, mais il ne faut pas oublier qu'un jour le refroidissement inévitable de notre planète entraînera l'arrêt de la dynamo interne, et il ne sera donc plus question de basculement des pôles, mais de leur disparition pure et simple...

Quelles sont les conséquences d'une inversion du champ magnétique terrestre ?

La aussi, les médias officiels se veulent rassurants, annonçant qu'il faudrait s'attendre à une hausse des cancers de la peau. Tiens donc, c'est curieux, car déjà en 2009, la ligue contre le cancer annonçait que « ces dernières années, le nombre de personnes atteintes d'un cancer de la peau a fortement progressé », argumentant que dans certains pays, les chiffres avaient triplé en dix ans ! En mai 2014, le Canada dénonce « une hausse fulgurante des cancers de la peau », dénombrant 30.000 nouveaux cas de cancer de la peau rien que cette année. Comme si cela ne suffisait pas, l'exposition à d'extrêmes radiations peuvent affecter l'ADN de tout être vivant.

En effet, durant une période d'instabilité, l'émergence magnétique étant un endroit peu protégé contre les rayonnements cosmiques et contre les tempêtes solaires, les régions jusque là stables deviendraient des zones à risque, ce qui semble être constaté dans diverses régions du globe comme nous venons de le voir, et cela ne concerne pas que les risques de cancer. En effet, les éruptions solaires comme celle qui ont lieu régulièrement perturberaient l'ionosphère dans des régions très habitées et sur des trajets fréquentés de transport aérien ou maritime. Il faut savoir que l'ionosphère est une couche haute de l'atmosphère de la Terre, caractérisée par sa forte conductibilité électrique, et vitale pour les transmissions à distances (téléphones, GPS, etc...).

Les communications pourraient être donc interrompues, les avions ne pourraient plus emprunter les même routes, ou pire, ne pourraient plus décoller. Les satellites ne seraient plus contrôlables, les bateaux perdraient leur route, sans parler des satellites militaires ou destinés à l'exploration de l'univers. Sans ionosphère et donc sans satellites, les pays très dépendants de l'électronique deviennent aveugles.

Les pannes d'électricité géantes deviendraient habituelles, comme au Québec en 1989 ou plusieurs réseaux électriques en Amérique du Nord ont ressenti l'impact de la tempête magnétique, provoquant le déclenchement des mécanismes de protection des lignes de transport d'électricité, isolant le réseau de la Baie-James et entraînant une panne d'électricité générale qui a duré 9 heures. Pire encore, l'éruption solaire de 1859, appelée évènement de Carrington (découvert par l'astronome anglais Richard Carrington), qui a produit de très nombreuses aurores polaires visibles jusque dans certaines régions tropicales, et qui a fortement perturbé les télécommunications par télégraphe (qui était à l'époque le seul moyen de communication électrique).

Ces pannes habituelles, pourraient aussi selon la puissance des éruptions solaires, devenir définitives ou presque, quand on sait que les gros transformateurs électriques dont nous sommes tributaires peuvent prendre des mois à être réparés, sans parler des lignes à très haute tension. Inutile de préciser que cela paralyserait la vie des gens ainsi que les entreprises, les réseaux informatiques, les transports, l'acheminement de l'eau, du pétrole, du gaz. Les pipe-lines sont en effet protégés de la corrosion par un système électromagnétique, et lors d'orages magnétiques cette protection est inefficace. Une perturbation durable ou trop répétée du champ magnétique provoqueraient à terme des catastrophes écologiques et la rupture d'approvisionnement de régions entières du globe en gaz et pétrole ! A cela vient s'ajouter le risque nucléaire, car que devient un réacteur qui ne peut plus être refroidi ?

Les conséquences seraient donc plus que significatives sur le vivant et nos technologies et vont bien au delà de la simple augmentation des cancers mise en avant, puisque les effets réels pourraient signifier la disparition des modes de communication et d'information auxquels nous sommes habitués, la paralysie des moyens de déplacement actuels, ainsi qu'un changement drastique de notre mode de vie, puisque plus de chauffage au gaz ou électrique, plus d'eau au robinet, plus de frigidaire pour conserver nos aliments, etc. Bref, le retour à l'âge de pierre ! L'ironie dans tout cela, c'est que ce sont les pays les plus pauvres qui auront potentiellement le plus de chances de survivre à ces changements...

Prévision et alarmisme : Doit on s'inquiéter ?

Aujourd'hui les scientifiques mesurent que le champ magnétique diminue petit à petit et qu'il présente des variations alarmantes. Il est difficile de pouvoir faire des prévisions sur l'inversion des pôles en cours, d'autant plus que selon le scientifique Gauthier Hulot :
« Les cycles sont très irréguliers, on a constaté des périodes de stabilité de 30 millions d'années, tandis que des inversions se sont produites à quelques centaines de siècles d'intervalle. »
Si le point de vue scientifique actuel nous dit que l'inversion complète de polarité de la planète devrait prendre plusieurs centaines d'années, cela comprend le processus dans son intégralité, et non le temps qui nous sépare de l'état d'affaiblissement actuel de notre magnétosphère à celui ou cette dernière sera dans l'incapacité de continuer à assurer son rôle protecteur. Or, selon certains, cette période instable d'une inversion ne pourrait prendre qu'une centaines d'années. Nous avons vu plus haut qu'en l'espace de 10 ans seulement, le pôle magnétique s'est déplacé 50 fois plus vite, et cela n'est peut être pas étranger à l'augmentation inquiétante tant en nombre qu'en puissance de certains phénomènes naturels (séismes, activité tectonique, éruptions volcaniques, dérèglements climatiques).

Partout dans le monde la température se dérègle, donnant lieu à des phénomènes météo violents. Grêle, fortes pluies, périodes prolongées de sécheresse, tornades, ouragans gigantesques, variations subites de température, et ce parfois dans des endroits ou cela ne s'était jamais manifesté auparavant. De plus, dans la nature les animaux qui utilisent le champ pourraient être dans un état de grande confusion. Les oiseaux, les abeilles et certains poissons se servent tous du champ magnétique pour la navigation, et on observe déjà depuis quelques années une nette augmentation des morts massives d'animaux généralement sensibles aux fluctuations magnétiques, certaines restant inexpliquées, et d'autres affublées parfois de raisons scientifiques plus que douteuses.

Dans ce contexte, la disparition de certains représentants de la chaîne alimentaire, ajoutée aux énormes modifications des différents biotopes affectés de par le monde, va tel un château de cartes, entraîner la disparition d'autres espèces, aussi bien animales que végétales. Les espèces qui survivront alors seront principalement celles vivant sous terre, et pour survivre aussi, l'espèce humaine sera contrainte elle aussi à s'adapter à ce mode de vie. Peut-être devront nous concevoir des villes souterraines, telles que Derinkuyu en Turquie, érigée entre le 5ème et 6ème siècle, dont les huit étages dégagés à ce jour atteignent une profondeur d'environ 85 mètres, conçue pour accueillir 10.000 personnes en moyenne pour de longues durées.

En conclusion, nous n'avons pas à paniquer, car si nous constatons les signes avant coureurs d'un inversion des pôles, le processus en cours va nécessiter encore beaucoup de temps. Toutefois, au vu de la durée incertaine qui nous sépare du moment ou notre bouclier magnétique n'assurera plus sa fonction protectrice, nous devons nous y préparer sérieusement dès maintenant...

Source : Le Veilleur.com (2014)


25 avril 2015

Les 11 signes de la prochaine phase de la crise économique mondiale

Eh bien, le Nasdaq l'a finalement fait. Il a grimpé au niveau où il était au plus fort de la bulle Internet. En mars 2000, le Nasdaq a établi un record de tous les temps de 5048.62 points. Le jeudi, après toutes ces années, ce record de tous les temps a finalement été éclipsé. Le Nasdaq a clôturé à 5056.06 points, et Wall Street se réjouit grandement. Donc, si vous avez investi dans le Nasdaq au sommet de la bulle Internet, vous êtes en train de le rompre finalement 15 ans plus tard. Malheureusement, la vérité est que les stocks n'ont pas monté en flèche parce que l'économie américaine est fondamentalement solide. Tout comme les deux dernières fois, à quoi nous assistons est une bulle financière irrationnelle. Parfois, ces bulles irrationnelles peuvent durer pendant une période étonnamment longue, mais à la fin : ils ont toujours éclater. Et même maintenant, il y a des signes de difficultés économiques bouillonnant sur la surface partout autour de nous. Ce qui suit sont les 11 signes que nous entrons dans la prochaine phase de la crise économique mondiale ...

1. Il est prévu que la moitié de toutes les entreprises de fracturation aux États-Unis sera "mort ou vendu" à la fin de cette année.

2. Le nombre de forages continue juste à chuter comme le secteur pétrolier américain n'implose. Incroyablement, le nombre de forages en activité aux États-Unis a diminué pendant 19 semaines consécutives.

3. Mc Donald a annoncé qu'elle fermera 700 restaurants peu rentables en 2015. Pourquoi Mc Donald fait cela si l'économie a été fait de mieux en mieux ?

4. Comme je l'écrivais l'autre jour, nous pourrions être à droite sur le bord d'une faillite de la dette grecque. En fait, nous avons appris jeudi que le gouvernement grec tourne à vide pendant plusieurs mois ...
La Grèce a averti qu'il va faire faillite la semaine prochaine faute d'avoir assez d'argent pour payer des millions de salariés du secteur public et ses dettes internationales.

Le vice-ministre des Finances, Dimitras Mardas, a tiré la sonnette d'alarme hier quand il a déclaré que le pays tourne à vide depuis février.

Avec un délai de remboursement de la dette se profile le 1er mai, la Grèce fait face à la perspective très dommageable d'avoir à snober ses propres employés pour effectuer un paiement de 200 millions d'euros au Fonds monétaire international.
5. Le charbon représente environ 40% de toute la production d'électricité sur l'ensemble de la planète. Lorsque le prix du charbon commence à baisser, c'est un signe que l'activité économique se ralentit. Juste avant la dernière crise financière en 2008, le prix du charbon a grimpé de façon spectaculaire et s'est ensuite effondré très fort. Eh bien, devinez quoi ? Le prix du charbon a rechuté, et il est déjà inférieur à ce qu'il était à tout moment au cours de la dernière récession.

6. Le prix du minerai de fer a se écraser ainsi. Il est en baisse de 35 pour cent au cours des neuf derniers mois, et David Stockman estime que ce est à cause d'une grave crise déflationniste qui se prépare en Chine ...
Il n'y a pas meilleure mesure de la vraie contraction en cours en Chine que le prix du minerai de fer. Les colporteurs de stock de Wall Street vous diront de ne pas être dérangé par la chute de 70% par rapport aux sommets de 2012 et la chute de 35% en 9 mois. Selon eux, tout est de la faute des grands mineurs globaux qui sont allés à l'extrême en ouvrant de nouvelles fosses de minerai de fer massives et des infrastructures minières.
7. À ce point, la Chine représente plus de commerce mondial total que n'importe qui d'autre dans le monde. C'est pourquoi il est si alarmant que les importations chinoises et les exportations s'effondrent absolument …
Les données commerciales mensuelles de la Chine montrent les exportations ont chuté en mars, il y a un an, de 14,6% en termes de yuans, par rapport aux attentes d'une hausse de plus de 8%.

Les importations ont baissé quant à lui de 12,3% en termes de yuans par rapport aux prévisions pour une chute de plus de 11%.
8. Le nombre de sociétés inscrites en bourse aux États-Unis qui ont fait faillite au cours du premier trimestre de 2015 était plus du double du nombre qui a déposé son bilan au cours du premier trimestre de 2014.

9. Les ventes immobilières aux Etats-Unis ont juste diminué à leur rythme le plus rapide en presque deux ans.

10. Les données industrielles américaines ont été scandaleusement faibles ces derniers temps ...
Sur les talons des PMI faibles d'Europe et d'Asie, l'indice PMI manufacturier américain Markit a chuté à 54,2 en Avril (de 55,7). Contre toute attente d'une hausse à 55,6, ce est le principal manquer sur dossier. Bien sûr, Bien sûr, ce est "post-temps" de manière que les têtes parlantes devront trouver une autre excuse que des nouveaux ordres ont diminué pour la première fois depuis novembre 2014.
11. Selon Sovereign Man, les actions américaines sont les plus chères qu'ils ne l'ont jamais été dans l'histoire en ce moment. Pour dire que cette bulle financière est en souffrance à éclater est un euphémisme massif.

Pendant longtemps, je ai été signale à 2015 comme un grand "tournant" pour le système financier mondial, et je ressens encore de cette façon.

Mais pour les quatre premiers mois de cette année, tout ont été étonnamment calme - au moins sur la surface.

Donc, ce qui s'y passe ?

Eh bien, je crois que ce que nous vivons en ce moment est le calme avant la tempête légendaire. Il y a toutes sortes de turbulences de brassage juste sous la surface, mais pour le moment tout semblent comme ils tournent ainsi très bien pour la plupart des personnes. Malheureusement, cette période de calme ne va pas durer beaucoup plus longtemps.

Et ceux qui sont dans le savoir évoluent déjà leur argent en prévision de ce qui est à venir. Par exemple, considérez les mots du fondateur de Snapchat et directeur général, Evan Spiegel ...
La Réserve fédérale a créé des conditions du marché anormales en imprimant de l'argent et en gardant des taux d'intérêt bas. Les investisseurs cherchent la croissance n'importe où ils peuvent le trouver et les compagnies technologiques sont de bonnes cibles – à ces valeurs, cependant, toutes les valeurs technologiques sont chères – même regarder plus de 5 ans de croissance des revenus. Cela signifie que la plupart des investisseurs axés sur la valeur ont quitté le marché et l'augmentation reste de 5 à 10% en valeur du marché sera alimentée par d'investisseurs itinérants. À un certain point, il n'y aura pas d'investisseurs itinérants pour acheter à des prix plus élevés, et le marché commence à dégringoler. Peut-être 10 à 20% de correction ou de quelque chose de plus important, en particulier dans les valeurs technologiques.
Il ne peut pas arriver la semaine prochaine, ou même le mois prochain, mais de gros problèmes financières sont à venir.

Et quand il arrive enfin, il va secouer le monde même si tous ceux qui un sens peut voir venir la crise approcher à nos portes.

FLASH - Loi sur le Renseignement : la lettre pour ceux qui s'en foutent !

Cette fois-ci, c'est à vous, citoyens, que je m'adresse.

Vous qui avez entendu parler d'une certaine "loi sur le renseignement", mais qui vous en foutez.

J'aurais pu, comme beaucoup, revenir sur les débats qui ont conduit nos représentants à voter cette loi délirante, me moquer du faible nombre de députés présents à l'enterrement de l'état de droit, féliciter les 5 qui ont fait leur boulot honnêtement et porter l'opprobre sur un ministre de l'intérieur qui n'a cessé de montrer qu'il n'avait que morgue et mépris pour la très longue liste d'organismes et de personnes - tous bien plus qualifiés que lui - qui critiquaient son texte dans les médias.

À quoi bon ?

Nos représentants nous représentent. Et, dans le cadre de cette loi, ils n'ont rien fait d'autre.

Combien étiez vous qui, quand mes camarades de la Quadrature du Net essayaient de convaincre de l'importance de ce texte pour vos libertés, ont répondu "Bof, je m'en fous, je n'ai rien à cacher" ?

Combien d'entre vous sont persuadés que dans le monde de Facebook et Google, la vie privée n'a plus aucune valeur ?

Combien, parce qu'ils n'en maîtrisent pas les enjeux techniques, ont préféré faire l'autruche plutôt que de lire les - nombreux - avis de ceux qui savent ?

Et combien encore, qui pensent sans rougir qu'en échangeant un peu de liberté pour plus de sécurité, ils font une bonne affaire ?

Vous, qui vous reconnaissez un tant soit peu dans les lignes ci-dessus, vous êtes au moins aussi responsables de l'immense gâchis en cours au plus haut niveau que nos "responsables" politiques.

En refusant de prendre le temps - ou le recul - nécessaires pour comprendre les enjeux réels de cette loi, vous faites le lit du populisme, de la bêtise et de l'obscurantisme d'un ministre de l'intérieur assez minable pour affirmer que la vie privée n'est pas une liberté (et qu'il ne croit pas la presse de son pays).

Nos représentants, vos représentants, vous ont parfaitement représenté en n'étant qu'une trentaine à prendre part à un vote sur la surveillance généralisée de tous les citoyens, et qu'une poignée à voter contre. Les autres, tout comme vous, s'en fichaient, préféraient rester au soleil à se dorer la couenne en attendant les grandes vacances.

Oui, je sais, il est d'autres combats que celui là.

J'ai lu des commentaires, du genre "oui, mais la loi Santé", "oui, mais le chômage"...

Permettez, malgré ma colère, que je vous pose une question, une seule: vous comportez-vous de la même manière quand vous êtes seul que lorsque vous savez qu'on peut vous voir ?

Parce que, si la réponse est "non", alors comprenez, je vous prie, que quand l'État aura placé ses grandes oreilles partout, vous n'aurez plus le loisir de vous battre pour le moindre combat. Que celui-ci est le premier de tous les autres.

Parce que, quand on se sait potentiellement surveillé, on n'agit pas, on ne pense pas librement.

Parce que, quand un gouvernement sait tout de vous, il sait aussi quels mots utiliser pour vous vider l'esprit et vous ôter toute velléité de combat. Il sait quelle crainte agiter, quel bouc-émissaire dénoncer, quelle promesse faire, pour que vous restiez couché.

Et parce que les enfants élevés dans le monde du panopticon ne seront plus libres de leurs pensées que dans la mesure où elles ne gêneront plus personne.

Vous qui pensez n'avoir rien à cacher au gouvernement, n'oubliez pas que, demain, ce ne sera plus forcément le même. Mais que les outils de surveillance resteront.

N'oubliez pas non plus que les données recueillies aujourd'hui seront toujours là demain. Ce que vous estimez sans importance à présent sera peut-être un jour la raison pour laquelle on viendra vous chercher.

La démocratie est une chose fragile.

Vous pouvez croire que votre vie privée n'a aucune valeur, vous pouvez croire n'avoir rien à cacher, mais vous n'êtes pas seul, ni isolé: quand l'état vous regarde, il regarde aussi vos proches, vos amis et vos contacts qui, allez savoir, ont peut-être, eux, quelque chose à vous dire qu'ils ne souhaitent pas partager avec d'autres. Pensez-y.

Vous pouvez croire sur parole un ministre qui affirme des contre-vérités techniques sans rougir devant la représentation nationale: après tout, chacun sait bien (surtout dans ces colonnes) que nul ne saurait mentir dans de telles conditions, n'est-ce pas ?

Vous pouvez ignorer les avis de tous les spécialistes du droit, des libertés fondamentales, du renseignement et j'en passe: après tout il n'y a pas de raison de ne pas faire confiance à un gouvernement qui respecte à ce point les engagements pris avant la présidentielle, n'est-ce pas ?

Vous pouvez, enfin, accepter de vivre dans un pays dont la première des libertés vient d'être abolie.

Vous avez, dans ce cas, élu des représentants adéquats.

Ou bien vous pouvez vous lever, et vous battre. Il est encore temps de vous renseigner, de quitter quelques minutes Candy Crush pour lire des articles sur ce texte de loi, qui tenteront de parler maladroitement à votre raison plutôt qu'à vos émotions: ils abondent.

Il est encore temps d'appeler votre député : le vote final de cette loi en séance plénière n'aura lieu que le 5 mai.

Après, il sera trop tard.
Source : Mediapart

20 avril 2015

Le resserrement des liquidités mondiales est une bombe à retardement pour l'économie mondiale

Se préparer pour une autre grande crise du crédit dans le monde entier. Aujourd'hui, l'ensemble du système financier mondial ressemble à une spirale de la dette colossale. Juste au sujet de toute activité économique implique le flux de crédit d'une certaine façon, et la seule façon d'avoir une croissance économique est d'introduire encore plus la dette dans le système. Lorsque le système a commencé à chuter en 2008, les autorités mondiales ont répondu par pompage cette spirale de la dette de sauvegarde et de le faire tourner encore plus vite que jamais. Si vous pouvez le croire, le montant total de la dette globale a augmenté de 35 trillions dollars depuis la dernière crise.

Malheureusement, tout système basé sur la dette va imploser éventuellement, et il y a des signes qu'il est en train de se reproduire une fois de plus. Par exemple, il y a quelques jours le FMI a mis en garde les régulateurs pour se préparer à un choc de liquidités mondiale. Et le vendredi, les autorités chinoises ont annoncé une interdiction de certains types de financement de marge sur les opérations de gré à gré des actions, et nous avons appris que les préparatifs sont en cours dans les coulisses de l'Europe pour un défaut de la dette grecque et une sortie de la Grèce de la zone euro . En plus de tout le reste, nous venons d'assister le plus grand pic de rejet des demandes de crédit jamais enregistrées aux États-Unis. Tous ces éléments sont des signes que les conditions de crédit se resserrent, et une fois que le resserrement des liquidités commence, il peut créer beaucoup de crainte.

[...]

En Europe, la crise de la dette grecque est enfin à un point de rupture. Pendant des années, les autorités ont continué à tirer sur la ficelle ont continué à prêter la Grèce encore plus d'argent.

Mais maintenant, il semble que la patience avec la Grèce est arrêtée.

Par exemple, la tête du FMI dit qu'aucun délai ne sera autorisé sur le remboursement des prêts du FMI qui sont dus le mois prochain ...
La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a résonné les marchés monétaires et obligataires jeudi que les rapports sont sortis de sa conférence de presse d'ouverture en disant qu'elle avait refusé tout retard de paiement à la Grèce sur les prêts du FMI arrivant à échéance le mois prochain.

Sauf si la Grèce conclut ses négociations pour un nouveau cycle de renflouement par l'Union européenne, cependant, il ne est pas susceptible d'avoir les fonds pour rembourser le FMI.
Et nous obtenons des rapports que les choses se passent dans les coulisses de l'Europe pour se préparer à l'inévitable moment où la Grèce va enfin sortir de l'euro et revenir à leur propre monnaie.

Par exemple, considérez ce Art Cashin a dit à CNBC, vendredi ...

Tout d'abord, "il y avait des rapports dans les médias en disant que les autorités de la BCE et / ou bancaires ont suggéré aux banques de se débarrasser d'une dette souveraine grecque qu'ils avaient, ce qui suggère que peut-être la prochaine étape sera sortie de la Grèce," Cashin a dit CNBC .

Aussi, l'un des plus grands journaux de la Grèce signale que les pays voisins obligent les filiales de banques grecques qui opèrent à l'intérieur de leurs frontières pour réduire leur risque à une faillite de la dette grecque à zéro ...
Selon un rapport de Kathimerini, un des plus grands journaux de la Grèce, les banques centrales en Albanie, Bulgarie, Chypre, la Roumanie, la Serbie, la Turquie et l'ancienne République yougoslave de Macédoine ont tous forcé les filiales de banques grecques opérant dans ces pays pour apporter leur exposition au risque grec - y compris des obligations, bons du Trésor, les dépôts aux banques grecques, et de prêts - jusqu'à zéro.
Une fois que la Grèce sort de l'euro, qui va créer une crise du crédit énorme en Europe que la peur commence à se répandre comme une traînée de poudre. Tout le monde va se demander quelle nation sera la prochaine Grèce, et les investisseurs voudront tirer leur argent hors de zones de danger perçu avant qu'ils ne soient enfoncés.

Dans le passé, d'autres pays européens ont été disposés à se plier en quatre pour accueillir la Grèce et éviter ce genre de désordre, mais ces jours semblent être terminé. En fait, le ministre des Finances français admet ouvertement que les Français "ne sont pas favorables à la Grèce" ...
La Grèce ne est pas en train de gagner de la sympathie de ses homologues européens à la dette accumulé alors que le pays se rapproche de la faillite pour ne pas avoir à effectuer des remboursements de sauvetage. "Nous ne sommes pas favorables à la Grèce", a déclaré le ministre français des Finances, Michel Sapin, dans une interview dans des réunions de printemps du Fonds monétaire international et la Banque mondiale. "Nous exigeons parce que la Grèce doit respecter les règles européennes qui se appliquent à tous les pays", a déclaré Sapin.
Oui, il est possible qu'un autre accord à court terme pourrait être conclu qui pourrait être douloureux pour quelques mois de plus.

Mais de toute façon, les choses en Europe vont continuer à s'aggraver.

Pendant ce temps, des rapports de revenus très décevants aux États-Unis commencent à ébranler sérieusement les investisseurs.

Par exemple, nous venons d'apprendre qu'il a perdu 13,6 milliards de dollars au premier trimestre ...
Une semaine après l'annonce qu'il démantèlerait la plupart de ses opérations de financement du capital de General Electric (GE) pour se concentrer plutôt sur ses racines industrielles, GE a enregistré une perte de 13,6 milliards de dollars au premier trimestre.

Les résultats ont été impactés par des charges relatives à la réorientation stratégique du conglomérat. Il y a un an, GE a rapporté un bénéfice du premier trimestre de 3 milliards de dollars.
C'est beaucoup de fric.

Comment, dans le monde, une entreprise perd 13,6 milliards de dollars en un seul trimestre pendant une "reprise économique" ?

Autres grandes entreprises signalent des chiffres de résultats décevants aussi ...
Dans les nouvelles recettes, American Express Co. a dit jeudi soir ses résultats ont été impactés par la force du dollar américain, ce qui a réduit les recettes réservés dans d'autres pays. Le directeur général, Kenneth Chenault, a réitéré les prévisions 2015 de la société que les gains seront à plat avant une baisse modeste d'année en année. Les actions ont chuté de 4,6%.

AMD a déclaré ses pertes du premier trimestre et fait un plongeon de 13%. La société a déclaré qu'elle fermait Sea Micro, cette fermeture de serveurs entre en vigueur immédiatement.
Et tout comme nous avons vu juste avant la crise financière de 2008, les Américains sont de plus en plus à éprouver des difficultés pour acquitter de leurs obligations financières.

Par exemple, le taux de délinquance sur les prêts étudiants a atteint un niveau très effrayant ...
Plusieurs emprunteurs ne parviennent pas à effectuer des paiements sur leurs prêts étudiants, cinq ans après avoir quitté l'université qui est un tableau sombre pour les emprunteurs, selon la Réserve fédérale à New York.

"La dette étudiante ne cesse d'augmenter, en particulier pour les personnes qui ont contracté des prêts il ya des années. Ceux qui ont quitté l'école dans la Grande Récession, qui a pris fin en 2009, a eu des difficultés particulières avec le remboursement, avec plusieurs faillites et deviennent de sérieux délinquants ou ne pas être en mesure de réduire leurs soldes," a déclaré aujourd'hui la Réserve fédérale de New York.

Seulement 37% des emprunteurs sont actuellement sur leurs prêts et versent des acompte, et 17% sont en faillite ou dans la délinquance.
À ce stade, le consommateur américain est assez bien exploité. Si vous pouvez le croire, 56% de tous les Américains ont un crédit de subprime aujourd'hui, et comme je l'ai mentionné ci-dessus, nous avons juste été témoin de la plus grande flambée des rejets de demande de crédit jamais enregistrée.

Nous avons atteint un point de saturation de la dette, et le resserrement du crédit qui va suivre va être extrêmement douloureux.

Bien sûr, le plus grand fournisseur de la liquidité mondiale, au cours des dernières années, a été la Réserve fédérale. Mais avec la Réserve fédérale tirant sur l'assouplissement quantitatif (QE), cela crée des défis énormes dans le monde entier. Ce qui suit est un extrait d'un article paru récemment dans le Telegraph ...
La grande inquiétude est ce qui va arriver à la Russie, le Brésil et les économies en développement d'Asie qui ont emprunté lourdement en dollars lorsque la Réserve fédérale continuait à inonder le monde de liquidités pas cher. Les marchés émergents représentent environ la moitié des 9 trillions de dollars de la dette en dehors de la juridiction américaine.

Le FMI a averti que une grande partie de la dette due par les entreprises est dans le secteur des biens non échangeables. Ces entreprises ne ont pas de couvertures naturelles de revenus qui peuvent les protéger contre un double coup de la hausse des coûts d'emprunt et une nouvelle flambée du dollar.
Alors, quelle est la ligne de fond de tout cela ?

L'essentiel est que nous commençons à voir les premières phases d'une crise de liquidités.

Le flux de crédit va commencer à se resserrer, ce qui signifie que l'activité économique mondiale va ralentir.

Ce qui se est passé lors de la dernière crise financière, et au cours de cette prochaine crise financière, le resserrement du crédit va être encore pire.

Ce est pourquoi il est si important d'avoir un fonds d'urgence. Au cours de ce type de crise, vous pouvez avoir à être la source de votre propre liquidité. À un moment où il semble que personne n'a de l'argent, ceux qui ne ont certains seront en avance sur la partie.

Article traduit sur TEC

19 avril 2015

FLASH - Loi sur le Renseignement : une bombe à retardement pour les libertés civiles en France

La dictature, c'est maintenant ! Le projet de loi relatif au renseignement, dont le vote final est prévu le 5 mai, instaure une surveillance généralisée de la population, sans contrôles efficaces ni contre-pouvoirs forts. Comme l’ensemble des défenseurs des libertés, des associations et professions concernées, des autorités administratives impliquées, des acteurs de la révolution numérique, Mediapart dit non à cette loi scélérate.
Un attentat à nos libertés fondamentales est en cours. Ses auteurs sont ceux qui nous gouvernent, tous embarqués aux côtés de l’auteur principal, le premier ministre, jusqu’à celle qui devrait protéger nos droits et nos libertés, la garde des Sceaux, dont le profond silence vaut approbation. Leurs complices sont ceux qui nous représentent, droite et gauche confondues, empressés, à quelques rares et courageuses exceptions, d’approuver ce crime officiel, au point de l’aggraver par leur zèle législatif.

Des amendements cosmétiques n’y changeront rien : cette loi instaure une société de surveillance généralisée (et même, la dictature). Profitant des potentialités techniques de la révolution numérique et des opportunités politiques de l’émotion sécuritaire, elle autorise l’État profond, cette part d’ombre du pouvoir exécutif qui, à l’abri du secret-défense, n’a pas de visage et ne rend jamais de compte, à espionner tout un chacun, n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.

L’avènement de cette loi signifiera qu’en France, désormais, de façon légale, l’État de police l’emportera sur l’État de droit. Que le pouvoir en place pourra faire surveiller des citoyens et leurs entourages sans restrictions solides, sans contrôles indépendants, sans autorisations judiciaires. Que le soupçon remplacera la preuve. Que des opinions deviendront des délits. Que des fréquentations s’avéreront coupables. Que des curiosités se révéleront dangereuses. Que des différences ou des dissidences à l’égard des pensées dominantes ou des politiques officielles seront potentiellement criminelles.

Il suffit de lire l’avis circonstancié que vient de rendre à l’unanimité la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour en être convaincue et s'alarme en mettant en garde d'une surveillance de masse. De ne pas se laisser rebuter par sa longueur ni par son juridisme pour entendre l’alarme inquiète qui l’habite derrière son langage précautionneux. Ce texte fait litière radicale de la vulgate gouvernementale selon lequel ce projet de loi, d’une part, donnerait enfin un cadre légal respectable aux activités occultes des services de renseignement et, d’autre part, instaurerait un contrôle efficace de ces mêmes activités.

D’emblée, la CNCDH souligne au contraire que la façon dont ce projet de loi a surgi en dément totalement les intentions vertueuses proclamées. Elle souligne que ce texte est passé en conseil des ministres « à peine deux mois » après les crimes terroristes de janvier et « quelques jours seulement avant la tenue d’élections cantonales dont la campagne a été marquée par une forte présence du populisme et de l’extrémisme ». Qu’il a, de plus, été élaboré quelques mois après l’entrée en vigueur d’une énième loi antiterroriste, « consécutive à l’affaire Nemmouche », elle-même faisant suite à deux autres lois antiterroristes récentes, « consécutives, elles, à l’affaire Merah ».

Tandis que chômage, précarité, insécurités sociales et injustices économiques, mal-vivre et mal-être sont relégués en fond de décor de la notre vie publique, sans urgences ni priorités de nos gouvernants, plus de vingt-cinq lois relatives à la sécurité intérieure ont été adoptées ces quinze dernières années, entre 1999 et 2014. Déplorant « cette prolifération de textes législatifs relevant davantage de l’opportunité politique que du travail législatif réfléchi », la CNCDH « rappelle l’importance d’une politique pénale et de sécurité pensée, cohérente, stable et lisible, dont la qualité ne se mesure pas à son degré de réactivité aux faits divers et aux circonstances du moment ».

Traduite par la procédure accélérée imposée par le gouvernement, la « plus grande précipitation » a été voulue pour ce projet de loi, selon les mots de la CNCDH qui rappelle sa « ferme opposition » à cette procédure. Aucune urgence effective ne la justifie. C’est en fait une arme de pouvoir, un moyen de faire taire les oppositions, de prendre de court les protestations, d’entraver le fonctionnement normal du Parlement, de restreindre « considérablement le temps de réflexion et de maturation nécessaire au débat démocratique ».

Cette procédure arbitraire dévoile l’intention de ses promoteurs : jouer sur l’émotion pour imposer la régression. Le pouvoir exécutif réclame un chèque en blanc pour l’État profond, de surveillance et de police, sans expertise ni bilan, sans critique ni autocritique. Aucun débat préalable, aucune enquête parlementaire, aucune audition contradictoire pour évaluer les récents fiascos sécuritaires des services chargés de la lutte antiterroriste, alors même que les itinéraires de Merah, de Koulibali et des frères Kouachi le justifieraient amplement, révélant des failles de surveillance et des manques de vigilance.

Pis, la CNCDH relève « la pauvreté » de l’étude d’impact qui accompagne le projet de loi, son caractère succinct, ses formulations vagues, sa façon de procéder « par simple affirmation en s’exonérant de toute référence documentaire ». Car cette loi n’est pas seulement un mauvais coup, elle est aussi de mauvaise qualité, mal rédigée, imprécise ou incomplète. Voulu, ce flou cache évidemment mille loups : c’est un moyen d’échapper à l’exigence d’extrême précision pour toute disposition permettant de porter atteinte au droit au secret privé et familial, une ruse pour ne pas se plier à l’encadrement rigoureux d’un pouvoir de surveillance qui, toujours, s’accompagne du risque de l’arbitraire.

Appelant en conclusion à des « amendements du Gouvernement et Parlement [qui] permettent de renforcer la garantie des libertés publiques et des droits fondamentaux », la CNCDH ne va pas jusqu’au terme logique de son réquisitoire : le retrait ou la suspension de cette loi attentatoire à nos droits fondamentaux, au respect de nos vies privées et familiales, à nos libertés d’opinion, d’expression et d’information, à notre droit de savoir et de communiquer.

Car c’est bien « une surveillance de masse », écrit-elle, qu’autorise ce projet, par la collecte généralisée et la conservation durable de données collectées sur nos ordinateurs, nos téléphones, nos tablettes, tous les instruments électroniques qui, désormais, sont le quotidien de nos vies. À plusieurs reprises, son avis affirme que le dispositif de la loi contient « une violation flagrante de l’article 8 » de la Convention européenne des droits de l’homme énonçant le « droit au respect de la vie privée et familiale ».

« Le risque d’un “État panoptique” est à prendre au sérieux », ajoute-t-elle, autrement dit d’un État ayant à sa libre disposition des instruments technologiques qui lui donnent accès à une transparence totalitaire sur la vie privée des individus, leurs pensées secrètes, leurs personnalités intimes. Pis, en étendant le recours aux techniques de renseignement aux intérêts de la politique étrangère comme aux intérêts économiques et industriels, sans compter la surveillance préventive des violences collectives, le projet de loi offre un champ « potentiellement illimité » aux curiosités intrusives des services de renseignement.

Quant à la « Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement » que la loi entend instaurer, son indépendance, son impartialité, sa technicité et sa compétence sont radicalement mises en doute par la CNCDH pour qui elles « ne sont pas garanties ». Son contrôle, conclut-elle, « risque fortement de ne pas être effectif ». Ultime reproche, et non des moindres, de cette commission qui réunit l’ensemble des acteurs français de la promotion et de la défense des droits humains : en faisant basculer dans le champ de la police administrative des mesures répressives qui devraient bénéficier de garanties judiciaires, ce projet de loi « porte atteinte au principe de la séparation des pouvoirs ».

Faire payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse

Autrement dit, ce projet de loi est anticonstitutionnel, violant notre loi fondamentale, celle dont le président de la République est normalement le gardien. « Toute Société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution », énonce l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Comment François Hollande ou Christiane Taubira, qui ni l’un ni l’autre ne sont juristes, peuvent-ils rester inertes face à ce réquisitoire aussi rigoureux qu’implacable d’une commission éminemment représentative de la société dans sa diversité, dont l’efficace présidente, Christine Lazerges, est de ces professeurs de droit qui se font fort de « raisonner la raison d’État » ?

Si, d’une manière ou d’une autre, ils ne se mettent pas en travers de ce coup d’État à froid contre nos droits fondamentaux, leurs noms resteront définitivement associés à la pire régression de nos libertés individuelles et collectives depuis l’État d’exception de l’aveuglement colonial, ces pouvoirs spéciaux imposés à leur majorité par, déjà, des gouvernants de gauche. L’auraient-ils oublié ? Une République en est morte, gangrénée par des factieux et des tortionnaires, des hommes qui se voulaient gardiens sans contrôle d’une sécurité devenue un absolu au mépris de la liberté, promue fin en soi quels qu’en soient les moyens.

Voulu par le premier ministre Manuel Valls, qui s’en est fait symboliquement le rapporteur devant l’Assemblée, porté par le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, qui se comporte en représentant des services bien plus qu’en élu de la Nation, ce projet de loi est bien un Patriot Act français tant ses intentions et la méthode pour les imposer sont similaires à celles des néoconservateurs américains en 2001, après le 11-Septembre. Il s’agit bien d’autoriser une surveillance étatique de la société sans limites sérieuses ou solides en jouant sur l’affolement provoqué par les attaques terroristes.

Avec ses mots feutrés, la CNCDH souligne ce chantage dont la représentation nationale et l’opinion publique sont actuellement l’objet : « Tout se passe comme si la simple invocation d’une plus grande efficacité pouvait justifier l’adoption, sans aucune discussion, des mesures les plus attentatoires aux libertés. » C’est pourquoi elle prend la peine de « réaffirmer avec force que les États ne sauraient prendre, au nom d’intérêts considérées à juste titre comme primordiaux, n’importe quelle mesure ». « La plus grande victoire des ennemis des droits de l’homme (terroristes ou autres), ajoute-t-elle, serait de mettre en péril l’État de droit par l’émergence et la consolidation d’un État prétendu de sécurité qui se légitimerait par l’adoption de mesures de plus en plus sévères et de plus en plus attentatoires aux droits et libertés fondamentaux. »

Nous y sommes, et c’est pourquoi, d’ici le 5 mai, toutes les bonnes volontés doivent converger pour faire échouer ce projet de loi. Et, s’il est néanmoins adopté, continuer sans relâche à se mobiliser pour qu’il échoue sur d’autres obstacles, le Conseil constitutionnel, la Cour européenne des droits de l’homme ou, tout simplement, la société elle-même, soulevée par ce « droit de résistance à l’oppression » que lui reconnaît, depuis 1789, l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme.

Car, outre l’abandon par la gauche de gouvernement du terrain des libertés, de leur élargissement et de leur conquête, le plus stupéfiant dans cette régression démocratique est le spectacle d’un pouvoir qui prétend défendre la société contre elle-même. Il n’y a en effet aucune voix discordante parmi tous les acteurs sociaux : des avocats aux magistrats, des journalistes aux blogueurs, des Autorités administratives indépendantes au Défenseur des droits, des associations de défense des droits de l’homme aux organisations syndicales, des acteurs du numérique aux réseaux sociaux, etc., tous ont fait part unanimement de leur refus d’une loi liberticide.

Mais, pour les sachants qui prétendent nous gouverner, leurs cabinets et leurs communicants, cette expertise citoyenne ne compte pas, y compris quand elle s’exprime jusqu’à l’Assemblée nationale, au sein d’une commission sur le droit et les libertés à l’âge du numérique composée de parlementaires et de représentants de la société civile (lire là son avis). Pour eux, la société qui proteste a forcément tort. Elle est mal informée, mal éduquée, mal intentionnée. Il y a là une pédagogie antidémocratique au possible, où les représentants ignorent superbement ceux qu’ils sont supposés représenter, où le pouvoir exécutif s’affirme comme le tuteur autoritaire d’une société ignorante ou menaçante, dans tous les cas mise à distance et sous contrôle.

« La France a connu à plusieurs reprises, au cours de ce siècle, ces paniques provoquées par certains attentats, savamment exploitées par la réaction et qui ont toujours fait payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse. » Ainsi commence, en 1899, l’article du fondateur de la Ligue des droits de l’homme, Francis de Pressensé, contre les lois d’exception votées en 1893 et 1894 sous le choc des attentats anarchistes qui ensanglantaient alors la Troisième République.

Il s’intitulait « Notre loi des suspects », et s’en prenait à ceux qui, en l’ayant adoptée, abaissaient la République, son idéal et ses principes : « Un Président-parvenu qui joue au souverain, un premier ministre sournoisement brutal qui essaye d’adapter à sa lourde main la poignée du glaive de la raison d’État, un Parlement où tout est représenté, sauf la conscience et l’âme de la France. » Forgés par la haute bataille du dreyfusisme qui les occupait alors, Francis de Pressensé et ses pareils, dont Jean Jaurès, en concluaient qu’il revenait à la société, aux citoyens qui la composent, bref au peuple souverain, de relever cette conscience et cette âme, abandonnées et meurtries par la politique professionnelle.

Nous avons tous rendez-vous aujourd’hui avec la même exigence : le devoir de nous dresser contre ce crime légal, officiel, gouvernemental et, peut-être, parlementaire, puis présidentiel si la loi est adoptée puis promulguée. Un devoir qu’au temps des combats fondateurs de la République, à la fin du XIXe siècle, avait rejoint un jeune conseiller d’État qui, à la suite de Francis de Pressensé, dressait un réquisitoire contre les lois de 1893-1894 aussi informé que celui de la CNCDH contre le projet de loi qui nous occupe. Par obligation de réserve, il signait anonymement « Un Juriste ». Mais l’on sait, depuis, qu’il s’agissait de Léon Blum, le futur leader du socialisme français, l’homme du Front populaire, dont c’était le premier acte politique.

« Telle est l’histoire des lois scélérates, concluait-il avec des mots que nous n’hésitons pas à reprendre aujourd’hui : il faut bien leur donner ce nom, c’est celui qu’elles garderont dans l’histoire. Elles sont vraiment les lois scélérates de la République. J’ai voulu montrer non seulement qu’elles étaient atroces, ce que tout le monde sait, mais ce que l’on sait moins, avec quelle précipitation inouïe, ou quelle incohérence absurde, ou quelle passivité honteuse, elles avaient été votées. »

Mesdames et Messieurs les députés, d’ici le 5 mai, vous avez le choix entre la honte ou l’honneur. La honte d’être complices d’un attentat aux libertés. L’honneur d’être fidèles à la République véritable.

Source : Mediapart
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...