Recherche

6 mars 2015

Bye bye l'euro - Quand l'euro fera boom !


"Les Anglais sont très friands des 'What if...', explique sa productrice Simone Harari, et, à l'origine, nous avions pensé à : 'Et si la Grèce sortait de l'euro ?' Mais Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), que nous avons consulté, nous a conseillé de nous tourner vers le futur. Nous avons donc pensé à la France."

Grâce à une habile mise en scène, ce docu-fiction permet de comprendre un sujet d'une grande technicité. Et de voir très concrètement que l'abandon de la monnaie unique, brandi par certains politiques et économistes comme une solution, ressemblerait en fait à une catastrophe.

D'abord l'Italie

Le coup partirait d'Italie. Quatre banques ont fait faillite, les Italiens sont dans la rue, les capitaux fuient la péninsule, et le président du Conseil Matteo Renzi est contraint de demander l'aide de l'Europe. Le problème, c'est qu'elle n'en a pas les moyens : il faudrait injecter 300 milliards d'euros. Le populisme monte : l'Italie annonce sa sortie de l'euro.

Ce serait le début de la fin pour la France aussi. "Si on ne rattrape pas celui qui tombe, on tombe tous", explique l'économiste Jacques Attali. Les investisseurs craignent une contagion à la France : le CAC 40 s'effondre et les cotations sont suspendues à la Bourse de Paris. La classe politique s'interroge sur l'abandon de la monnaie unique. La frontiste Marine Le Pen et le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan sont pour, l'économiste Jacques Sapir estime qu'il n'y a pas le choix.

Selon le rapport secret "Black Swan", commandé par l'ex-ministre des Finances François Baroin en 2011, au plus fort de la crise grecque, ce qui attend la France est une dévaluation de 20% à 30%, une dette publique à 130%, une perte de pouvoir d'achat de 20% à 30% pour les salariés, la disparition immédiate d'un million d'emplois, et une nationalisation forcée des banques. "Ça, c'est pour la partie aimable et paisible du dispositif", explique François Baroin.

Puis la France

Dès l'évocation d'une possible sortie de l'euro, c'est le "bank run", les particuliers se précipitent aux distributeurs pour retirer un maximum de billets qu'ils cachent dans leurs congélateurs, les entreprises et les épargnants mettent leurs avoirs en lieu sûr, en dehors des frontières. Malgré le soutien de la BCE, dont le président Mario Draghi affirme qu'il "fera tout en son pouvoir", les banques se vident. Le gouvernement limite les retraits à 1.500 euros par mois et les sorties du territoire à 5.000 euros.

Pendant ce temps-là, l'agroalimentaire, la maroquinerie, l'automobile et le luxe français se retrouvent violemment concurrencés par l'industrie italienne, qui bénéficie de la dévaluation de la lire, un mois après sa sortie de l'euro. "C'est une catastrophe immédiate", explique un éleveur qui ne peut plus vendre sa marchandise. Les agriculteurs bloquent les routes vers l'Italie. Les grandes entreprises demandent au gouvernement une baisse de 20% à 25% du coût du travail ou une dévaluation.

Les investisseurs n'ont plus confiance en la France. Résultat : les taux d'intérêt auxquels l'Etat emprunte sur les marchés s'envolent à 12%. Intenable. Pour regagner la confiance, il faudrait porter l'âge de la retraite à 70 ans, réduire la durée d'indemnisation du chômage à trois mois ou baisser le Smic de 30%. A moins de pouvoir imprimer des billets. Après un vain sommet européen, l'Elysée publie un communiqué : "La France retrouve sa souveraineté monétaire..."
Les conséquences concrètes

"Voilà une nouvelle ère économique qui commence au moment où la France se réveille", entend-on au journal télévisé de France 3. "Un croissant, c'est 1,20 franc ce matin", dit un boulanger. Vous étiez payés 1.500 euros, vous toucherez 1.500 francs-euros. Le remboursement de votre emprunt à la banque vous coûtait 800 euros, il vous coûtera 800 francs-euros. Problème, personne n'a de francs-euros dans sa caisse. Il a fallu trois ans pour passer du franc à l'euro, cette fois, le gouvernement se donne 90 jours. En attendant, les billets en euros sont tamponnés pour être transformés en francs, et les deux monnaies coexistent. Le problème, c'est que très vite la monnaie française dégringole, notamment face à l'euro.

L'engrenage

Après trois jours, il faut payer 1,33 franc-euro pour avoir un euro. Les commerçants affichent deux prix : une cravate coûte 50 euros ou 66,50 francs-euros. "Ça veut dire augmentation de tous les produits importés d'au moins 20%", met en garde le PDG Michel-Edouard Leclerc. Le carburant, le kilo d'oranges... Gérard, retraité, perçoit 1.928 francs-euros, désormais ses frais fixes atteignent 93% de ses revenus, et il ne peut plus changer sa machine à laver tombée en panne.

A l'export, c'est l'inverse, la France retrouve un avantage compétitif. Mais attention, de nombreux produits manufacturés sont fabriqués avec des produits importés, ce qui complique la tâche des industriels. D'autres secteurs trouvent des freins dans les pays européens, qui n'ont pas l'intention de se laisser tailler des croupières par l'industrie française dévaluée. "En fait, la France s'est tirée une balle dans le pied", affirme tout sourire l'Allemand Otmar Issing, membre du comité exécutif de la BCE de 1998 à 2006. Le nombre de chômeurs de catégorie A atteint 5 millions.

La tension monte dans le pays

Moins de consommation, moins de croissance, plus de dépenses sociales : le déficit de l'Etat explose. Le gouvernement annonce des coupes franches : fermeture d'une centaine d'organismes publics, réduction des prestations sociales, bref, une austérité bien plus grande que ce qui aurait dû être fait pour ne pas sortir de l'euro. La tension monte dans le pays. "Quand on n'a plus rien à perdre, à un moment donné, on a envie de tout casser", explique Jean-Claude Mailly, secrétaire national de Force ouvrière. Le Parlement refuse de voter les lois, le pays devient ingouvernable...

Difficile de croire que c'est une solution. "On ne va pas trouver des solutions dans le passé, explique Ella Cerfontaine, la réalisatrice de ce documentaire, on ne peut plus se contenter de dire que c'était mieux avant. Il faut donc trouver des solutions dans l'avenir..."

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...